Blog de Raistlin

Mon dernier blog n'est plus. Vive mon nouveau blog ! Vous trouverez ici mes écrits. En espérant que cela vous plaira. Bonne lecture !!

Nom : LadyRaistlin
Lieu : Picardie, France

vendredi, octobre 10, 2008

Some news

Hello !!!

Merci nidith, valou92 et cend17 et toutes les autres pour vos gentils commentaires.
Je comprends que vous réclamiez la suite ...ça arrive, hé, hé !!
Le chapitre 19 est quasi terminé.
Mais j'ai été un peu bousculée dans ma vie professionnelle et personnelle ces derniers temps donc le temps me manque...et en plus j'ai une méga crève depuis 4 jours ...pfffff

Bises à tous de la part de Lola et de Jeanne ! :))

dimanche, septembre 21, 2008

Chapitre 18 : Retour sur Terre

J’avais regardé avec gourmandise Wentworth et SA serviette repartir vers la salle de bain, admirant une dernière fois SON large dos et SA nuque dégagée avant qu’IL n’aille revêtir une tenue plus décente.

Malheureusement, comme prévu, Pam avait frappé à la porte alors que je finissais à peine de lacer mes Docs. Ne voyant pas revenir le locataire des lieux, je m’étais dévouée pour aller jouer les hôtesses et la laisser entrer.

L’attachée de presse avait ouvert des yeux ronds comme des billes en me découvrant, échevelée et débraillée, dans l’encadrement de la porte. Je l’avais accueillie avec un sourire amical que bien entendu, elle n’avait pas daigné me renvoyer. Au contraire, elle m’avait grossièrement dévisagée, et détaillée de la tête aux pieds sans m’adresser une seule parole tout en avançant précautionneusement dans la pièce. Puis elle avait jeté un regard circulaire et inquiet à la recherche de son petit protégé, craignant probablement que je ne l’ai séquestré, ligoté sur une chaise m’apprêtant à perpétrer sur LUI quelque horrible rituel sacrificiel à la façon bien connue des fans de Deauville en folie.

Elle avait exhalé un ridicule soupir de soulagement lorsque Wentworth était enfin ressorti de la salle de bain, et qu’IL avait chaleureusement salué la jeune femme en s’excusant d’être en retard.

Rassurée Miss Pam ? Je ne suis pas une tueuse en série fan de série !

SA réapparition m’avait empli les yeux de paillettes et de flashs lumineux. Si j’avais été subjuguée par SA semi nudité quelques minutes plus tôt, j’avais été encore plus époustouflée par SON élégance, habillée, aussi naturelle qu’irrésistible.
IL avait enfilé une chemisette noire cintrée toute simple sur un pantalon de jean ajusté et IL semblait beaucoup plus à l’aise dans cette tenue que dans SON smoking étriqué.

Au secours, je craque totalement pour ce mec !

En maître de maison bien élevé, IL avait fait les présentations dans les règles de l’art et j’avais rougi de plaisir au terme « amie » qu’IL avait utilisé pour me désigner. Malgré tout, cela n’avait pas réussi à modifier d’une ride l’expression fermée de la surveillante générale qui n’exprimait rien d’autre qu’une complète désapprobation devant ma présence ici à une heure aussi matinale. Je me serais crue propulsée quinze ans en arrière, de retour à l’internat où il m’était déjà arrivé de me faire pincer au petit matin tandis que j’essayai de réintégrer ma chambre après une virée nocturne non autorisée.

Alors que je me demandai si j’allais me coltiner deux heures de colle, elle L’avait entraîné un peu à l’écart, ce qui m’avait légèrement vexée, et ils avaient échangé dans un américain à couper au couteau, quelques phrases dont il n’était pas très difficile de saisir le sens.

« … none of your business… »
« …meeting…waiting for you… »
« I know…work…priority… »
« …phone call… »

Je les avais observés discrètement du coin de l’œil tout en faisant mine de me recoiffer en me passant une main dans les cheveux. Les soupirs répétés de Wentworth m’avaient confirmé SON agacement flagrant, et j’avais bien senti qu’IL n’avait franchement aucune envie de se justifier devant cette assistante zélée. Néanmoins, j’espérais sincèrement ne pas être à l’origine d’un conflit entre eux car je devais bien garder à l’esprit qu’IL était là pour le boulot avant tout.

Finalement, ignorant Pam qui ne cessait de jeter des regards pressés sur sa montre, IL m’avait raccompagnée jusque dans le couloir.

Là, IL m’avait rapidement expliqué la situation, des rendez-vous imprévus s’étaient intercalés dans SON planning déjà surchargé et Pam avait un peu de mal à gérer. Mais IL m’avait assuré qu’IL aurait du temps à m’accorder en milieu de journée et qu’IL espérait réellement que je ne LUI ferais pas faux bonds.

Il faudrait m’enchaîner sur un rocher en pleine mer pour m’empêcher de venir LE rejoindre !

Avant de nous quitter, nous avions hésité quelques secondes, dans la pénombre du corridor, enveloppés des souvenirs des délicieux moments passés ensemble, nos cœurs battant à l’unisson. IL avait plongé ses yeux clairs dans les miens et m’avait offert un sourire dont LUI seul avait le secret et qui m’avait littéralement fait fondre. Puis, nous n’avions pas résisté à unir nos lèvres une dernière fois et à échanger le plus tendre des baisers.

L’union si parfaite de nos deux bouches n’avait fait que rendre encore plus cruelle l’obligation de leur inévitable séparation, et seule la perspective de nous revoir avait réussi à nous détacher l’un de l’autre.

C’est essoufflée et rêveuse que je L’avais laissé refermer la porte de SA suite et ce n’est que quelques secondes trop tard que j’avais réalisé que j’avais omis de LUI dire que j’avais mon propre passe me permettant d’assister à la conférence de presse.

Sur mon petit nuage, et me réjouissant à l’avance de la surprise qu’IL aurait à me découvrir là bas parmi tous les journalistes et photographes, j’avais rejoins en trottinant la chambre de Théo, impatiente de prendre une bonne douche et d’avaler un copieux petit déjeuner. C’était sans compter sur mon hystérique de copine frappadingue qui m’avait sauté dessus dès que j’avais passé la porte.

Adieu douche chaude, vêtements propres et croissants frais !

Elle m’avait, comme à son habitude, hurlé dessus, me reprochant d’avoir disparue sans laisser d’adresse.

Elle pouvait parler, lâcheuse !

Elle était soit disant revenue exprès dans la chambre tôt ce matin pour venir me chercher et avait failli s’évanouir en trouvant le lit intact sans aucune trace de moi nulle part. Elle avait harcelée les gens de l’hôtel qui lui avaient confirmé que j’étais bien rentrée la veille au soir et qu’ils ne m’avaient pas vu ressortir.
Du coup, elle s’était imaginée que je m’étais faite enlever par un client de l’hôtel, probablement le Sultan Arabe d’un lointain pays qui voulait m’ajouter à sa collection d’épouses et concubines, et me séquestrer dans son harem.

Lola, tu lis trop de romans Harlequin !


En riant, je l’avais rapidement rassurée, et je lui avais promis de tout lui raconter à la condition non négociable qu’elle me permette de me laver, de me changer et surtout de me restaurer. A contre cœur, mais voyant que je ne lui dirais pas un mot, elle avait fini par céder.


A présent, j’étais propre comme un sou neuf, et j’avais revêtu la seule tenue que j’avais embarqué en hâte en faisant mon sac, c’est à dire un vieux jean rapiécé et un petit pull noir col V, et nous étions toutes les deux confortablement installées à une table du somptueux restaurant de l’hôtel.

La pièce était spacieuse, habillée des mêmes couleurs rouge et or que celles du hall. Elle résonnait du léger cliquetis des couverts et du murmure poli des conversations avoisinantes. L’odeur intense et corsée du café qui embaumait l’endroit, me procurait un regain d’énergie, et m’ouvrait encore d’avantage l’appétit.

Avec un plaisir gourmand, j’avalai une bonne bouchée du croissant chaud et croustillant que j’avais pioché dans la corbeille débordante de viennoiserie que nous avions commandé. Puis j’essuyai consciencieusement mes doigts luisant de beurre sur ma serviette, tout en écoutant Lola, rongée par la curiosité, qui me déversait son torrent de questions.

« …t’étais passée où d’abord ?…t’aurais pu me prévenir …t’as pas dormi dans la chambre ?…mais … ? …si t’es pas ressortie de l’hôtel cette nuit, t’étais où à la fin … ? »

A intervalles irréguliers, elle entrecoupait ce furieux interrogatoire de rares pauses pour reprendre son souffle et picorer du bout des dents de minuscules morceaux de croissant qu’elle émiettait d’un geste impatient. Elle n’avait pas de mal à être aussi mince, comparée à moi qui entamai mon deuxième croissant, elle n’avait même pas réellement commencé à manger le sien.

Je fis durer le plaisir avant de tout lui dire, j’adorais la voir trépigner de la sorte.

« Lola, moins fort, on va se faire remarquer, et vu ce que j’ai à te raconter, mieux vaut être discrètes. »

« Quoi ?! Pourquoi ?! »

Elle réagit au quart de tour et se pencha vers moi en murmurant. Le murmure chez Lola s’apparentant plus au barrissement de l’éléphant qu’au bruissement d’aile du colibri.

« Discrètes ? Pourquoi ? Tu étais avec quelqu’un de …connu … ? Une star du Festival ? Dis moi pas que t’étais avec … ? »

Je la narguai avec un petit sourire énigmatique, puis toujours sans me presser, je sirotai calmement une gorgée de café fumant :

« Avec qui crois-tu que j’étais ? »
« Pas avec …? »

Reposant ma tasse et croisant les doigts sous mon menton, je dosai l’effet de ma réponse :

« Et bien si, avec … justement. »
« ManDieu !!!! T’étais avec Wen…»
« Chut !… »
« …oh, désolée…avec LUI … ? »
« Hu, hu. »
« Ici, dans l’hôtel ? »
« Hu, hu. »
« Toute la nuit ?: »
« Hu, hu. »
« Ben, ma vieille… ! »

Pour une fois, j’avais réussi à lui clouer le bec, et elle s’affala contre le dossier de sa chaise les bras ballants. Elle resta sans voix de longues minutes durant lesquelles je continuai à savourer tranquillement mon café tout en examinant avec jubilation son joli visage sur lequel se mélangeait une foule de sentiments divers et variés.
Etant donné son débit de paroles d’ordinaire excessivement rapide, il était évident qu’elle aurait été bien incapable d’exprimer verbalement, l’incrédulité, l’étonnement, l’admiration, l’excitation que ma révélation provoquait chez elle. Elle ouvrait la bouche bêtement et je m’attendais presque à voir un filet de bave sourdre d’entre ses lèvres.

J’allais lui demander si elle voulait que je lui commande un verre d’eau ou quelque chose de plus fort, quand elle retrouva enfin sa langue. D’une voix hésitante et peu habituelle, elle posa l’unique question qui, je m’en doutais, l’intéressait véritablement :

« Vous avez … ?Enfin, tu sais ? »

Elle fit un geste significatif avec la main et je secouai la tête en soupirant. C’était bien là le seul sujet qui nous différenciait. Lola vivait ses aventures amoureuses et sexuelles sans aucun tabous alors que moi, j’étais bien plus fleur bleue et secrète.

« Non, Lola. »
« Jeanne ! Tu as passée la nuit avec LUI, oui ou non ? »
« Oui, et j’étais dans SA suite il y a encore une demi heure. »
« Et tu veux me faire croire que vous n’avez rien fait ? »
« Pas tout à fait ‘rien fait’. »

La curiosité ralluma une lueur d’intérêt dans ses prunelles marrons.

« Et ? »

Devant son air de gamine impatiente, je capitulai avec un sourire, et lui offrit ce qu’elle attendait :

« Nous nous sommes juste embrassés. »
« Alléluia !! »

Son cri fit sursauter le couple qui déjeunait tranquillement à la table voisine, et attira l’attention d’un serveur qui tourna vers nous un œil accusateur. Ce n’était visiblement pas un lieu habitué à de telles effusions sonores.

Je ne saurai dire si le sourire désarmant et le petit signe d’excuse que mon amie lui offrit fut décisif ou si l’efficacité redoutable de son nouveau décolleté pigeonnant avait encore frappé, toujours est-il que le jeune homme nous adressa un signe de tête complaisant et nous laissa poursuivre notre discussion sans un reproche.

Revenant à moi elle demanda :

« Mais…? Embrassés, embrassés… ?»

Je ris :

« Oui, Lola, embrassés, embrassés.»
« Mais… je veux dire, sur la bouche ? »
« Ben oui, sur la bouche, idiote !! »
« Bah ma vielle ! Tu sais qu’il y a des milliers de nanas qui paieraient chers pour être à ta place. »

Je ne le savais que trop bien et cette pensée me fit légèrement tourner la tête.

« Et c’était comment ? »

Sans réfléchir, je balançai le premier mot qui me vint à l’esprit :

« Chaud ! »
« P**** ! »

Cette fois-ci j’éclatai franchement de rire devant l’air ravi et envieux de mon amie qui se mit à battre des mains, et à s’esclaffer attirant de nouveau les regards des autres clients.

« Oh, Jeanne, c’est trop génial !! »

Elle m’attrapa le poignet par dessus la table et le serra très fort.

« Je savais qu’IL avait flashé sur toi, je l’ai lu dans SES yeux quand tu t’es évanouie. Mais c’est du délire tout ça, du pur délire !! Par contre, maintenant, ma bichette, t’en as dis trop ou pas assez, alors, va falloir que tu me racontes TOUT dans le détail ! Parce que je voudrais bien savoir comment tu t’es retrouvée dans SA suite, moi ! »

Me laissant emporter par l’enthousiasme communicatif de Lola, j’entrepris de lui expliquer comment j’avais quitté le Palais des Festivals, après qu’elle m’eut traîtreusement abandonnée, et sans avoir revu l’acteur en question. Elle repoussa d’un geste évasif les reproches que je commençais à lui assener au sujet de son mot de billet, et je me promis intérieurement de lui détailler le fond de ma pensée à un moment plus opportun.

Elle explosa de rire quand je lui racontai l’arrivée inopinée de Wentworth sortant de l’ascenseur, et la position plutôt embarrassante dans laquelle IL m’avait surprise. La couleur de ma petite culotte n’avait plus de secret pour LUI dorénavant. Avec un clin d’œil coquin, elle suggéra qu’elle aurait peut être dû garder pour elle cette petite robe au potentiel inattendu.

T’inquiètes pas Lola, ton potentiel à toi se trouve plus haut.

Sur quoi, je me souvins brusquement que j’avais égaré les belles chaussures qu’elle m’avait prêtées, et j’en étais vraiment honteuse car elles ne devaient pas lui avoir coûté deux sous :

« Tu te moques de moi ?! Rien à foutre des ses fichues godasses ! Continue ! »

J’abordai ensuite la phase la plus délicate de ma narration. Bien sûr, je ne voulais pas trahir la confiance de Wentworth en répétant ce qu’IL m’avait confié. Mais Lola était ma meilleure amie, elle avait toujours été ma première confidente au sujet de mes histoires de cœur. Et j’avais absolument besoin de parler de tout cela à quelqu’un, d’avoir un avis extérieur, de savoir si je n’étais pas entrain de m’engager sur un chemin beaucoup trop périlleux.

A cet instant précis, ma première erreur fut d’oublier que dans cette histoire là en particulier, il était question d’un acteur célèbre et non d’un jeune homme lambda, et ma seconde erreur fut d’oublier dans quel milieu bossait Lola.

Elle m’écouta avidement décrire SON air embarrassé, SES excuses répétées, et l’invitation dans SA suite. Elle faillit s’étouffer quand je lui expliquai la douce folie qui nous avait envahi et le baiser passionné que nous avions échangé. Par pudeur, je gardai pour moi une bonne partie des détails de cette scène qu’elle essaya pourtant de m’extirper avec un acharnement que je trouvais extrêmement déplacé. Il y avait des limites à ne pas dépasser tout de même.

Frustrée et voyant qu’elle n’arriverait pas à en savoir plus sur la sensualité débridée et l’érotisme dévastateur de son acteur fétiche, elle afficha une moue boudeuse et haussa les épaules.

« OK, pas de détails alors !Pfff…Et sinon, après ça, vous avez rien fait de plus ? Juste parlé ? »
« Ben oui, et c’était absolument génial. »

Elle fronça un sourcil sceptique et croisa les bras sur sa superbe poitrine avec un énervement qu’elle avait du mal à contenir:

« Jeanne, t’es désespérante ! T’as le mec le plus canon de la ville à portée de mains, et qu’est ce que t’en fais ? Tu papotes avec LUI comme une petite mémé ! Ca a dû bien le faire rigoler ! »

Vexée par sa remarque, je voulus lui prouver qu’elle avait tort, et qu’il avait apprécié autant que moi ce calme tête à tête. Qu’il l’avait apprécié au point de me faire des confidences très personnelles sur SA vie privée, sur SA relation avec une femme mariée.

Forcément, je n’eus pas besoin d’en dire plus pour qu’elle devine aisément de qui il s’agissait. Elle lâcha un juron grossier qui me fit regretter aussitôt de lui avoir révélé ce secret qu’IL n’avait confié qu’à moi,…et qu’à ma grande honte, je venais bêtement de trahir.

En colère contre moi même, je mordis ma lèvre inférieure et m’empressai de faire jurer à Lola qu’elle ne dirait rien de tout ça à personne.

Elle jura mais bizarrement je n’aimai pas du tout son regard vague et intrigué, ni la main qu’elle porta à sa bouche d’un air songeur. Un mauvais pressentiment s’insinua désagréablement dans mon cerveau.

C’est Lola, je peux lui faire confiance.

Pourtant, elle se remit aussitôt à exiger de nouveaux détails avec une insistance grandissante qui me mettait de plus en plus mal à l’aise:

« Et IL t’a dit ça comment ? Et IL avait quelle intonation ? Et IL t’a regardé dans les yeux ? Et tu penses qu’IL était sincère ? »
« Je pense oui…j’en suis certaine. »
« Comment peux tu en être aussi certaine ? »
« A la façon qu’IL avait de m’embrasser, de me tenir dans SES bras, de me rassurer…IL ne pouvait pas mentir. »
« Ah, ouais, c’est sûr. Rappelle moi SON boulot déjà ? C’est pas un acteur par hasard ? »

Lola ravala sa salive et baissa les yeux. Si je ne l’avais pas si bien connue, j’aurais presque pensé qu’elle était jalouse et qu’elle essayait de me blesser. J’en venais à me demander si j’avais bien fait de lui raconter un seul mot de tout ça. Sans me laisser le temps de lui demander ce qui n’allait pas, elle reprit presque agressive :

« Et ensuite ? A quel moment vous êtes vous embrassés exactement ? Ca a duré combien de temps ? Pourquoi ça n’a pas été plus loin ? »
« Parce que je ne suis pas toi ! »

Et voilà ! Je me serais fichu des claques.

Je regrettai ma remarque à la seconde où je la prononçai mais ce déluge de questions indiscrètes m’avait proprement agacée. Je voulais bien partager avec elle certaines choses comme le font toutes les meilleures amies du monde, mais pas comme ça. Sa curiosité devenait limite malsaine et elle ne m’avait jamais habituée à cela. Ce que j’avais vécu avec cet homme était bien trop précieux pour que je laisse quoi que ce soit le gâcher.

« Lola excuse moi, je ne voulais pas dire ça, tu sais bien. Je ne te juge pas, et je ne te jugerais jamais juste parce que … »
« Je suis une fille facile ? »

NON !

« NON ! Bien sûr que non, Lola ! »
« Et pourtant c’est la vérité, je couche le premier soir moi …non ? », dit-elle sur un ton amer que je ne lui connaissais pas.
« Pas étonnant que je me retrouve toujours embarquée dans des histoires sordides avec des losers. Je n’ai qu’à m’en prendre qu’à moi-même finalement. »

Oh, là, là qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que j’ai fais ?

Elle fourragea dans son sac et en sortit un paquet de cigarettes.

« Vous n’allez pas fumer ici Mademoiselle, c’est interdit. », lança sèchement le monsieur assis à notre droite, et qui de toute évidence n’avait que modérément apprécié les débordements vocaux de Lola.

« OK, ça va, on se casse de toutes façons ! »

Elle m’indiqua de la tête qu’elle voulait partir, et attrapa la sangle de son appareil photo qu’elle avait posé près d’elle en prévision de rejoindre la conférence de presse.

De toutes évidences, ma réflexion bien qu’involontaire l’avait profondément touchée. Ou alors il s’était passé quelque chose avec Théo. Quoi qu’il en soit, j’avais été odieuse et je m’en voulais à mort. Je n’avais pensé qu’à moi, focalisée sur ma petite personne, abêtie par ce que je croyais être le début d’une belle histoire d’amour. Etais-je devenue à ce point égoïste que je n'étais même plus capable de demander à ma meilleure amie pourquoi elle était rentrée seule à l’hôtel ce matin ?

Il me paraissait à présent évident que quelque chose ne tournait pas rond. Abandonnant notre petit déjeuner qui n’avait d’un seul coup plus rien d’appétissant, je glissai mon sac en bandoulière, et penaude, emboîtai le pas de Lola qui s’empressa de quitter l’hôtel sans un regard pour les deux réceptionnistes pourtant subjugués par son opulente poitrine.

samedi, septembre 13, 2008

Chapitre 17 : Affamé(e)s

J’émergeai du sommeil en m’étirant comme un chat et clignai des paupières sous l’attaque joyeuse des rayons du soleil filtrant par les larges fenêtres béantes.

J’étais seule.

Je me sentais merveilleusement bien et il ne me fallut pas bien longtemps pour me rappeler pourquoi.

Je savourai en souriant le souffle d’air chaud qui caressa ma joue et ébouriffa mes cheveux alors que je me redressai.

Je notai les rideaux qui ondulaient gaiement au rythme du vent qui s’engouffrait dans la pièce.

Je reconnaissais le canapé en velours sur lequel j’étais assise et il me semblait aussi confortable et douillet qu’un lit de plume d’oie.

Je voyais la lumière du jour envahir les lieux en tournoyant et se refléter sur chaque objet leur donnant l’éclat éblouissant du cristal.

Telle la Princesse Aurore s’éveillant d’un sommeil de cent ans, je quittai ma couche royale et sautillai vers la fenêtre qu’une personne avait judicieusement laissée grande ouverte. Elle donnait sur le front de mer, et l’air iodé assaillit mes narines lorsque je me penchai au dehors. Le cri des mouettes, le ressac des vagues, et l’agitation de la vie en contrebas me donnèrent envie de rire.

J’étais heureuse, pleinement et simplement.

Je laissai mes yeux se repaître des couleurs bariolées des parasols sur la plage, et du bleu immaculé du ciel qui se mêlait indistinctement au bleu à peine plus foncé de l’immense étendue d’eau s’étalant à perte de vue.

Les volants de ma robe voletaient en corolle autour de ma taille me donnant l’impression de flotter telle une Fée Clochette amoureuse de son Peter Pan.

Ah ! Mon Peter Pan !

Wentworth, en l’occurrence. IL m’avait fait planer très haut vers les frontières d’un pays imaginaire, et je savais que dorénavant il me serait difficile d’atteindre à nouveau ces hauteurs enchantées s’IL n’était pas là pour m’y emmener.

J’inspirai une profonde goulée d’air marin dont les vertus euphorisantes me firent légèrement tourner la tête, et un agréable sentiment de plénitude se diffusa dans tout mon corps. Je rejetai la tête en arrière, et secouai mes cheveux, laissant la brise du matin rafraîchir ma peau et éclaircir mes idées.

La soirée d’hier avait été idyllique, et resterait à jamais inoubliable. Je fermais les yeux et les images affluèrent bien vivaces sous mes paupières closes, insufflant dans mes veines une incroyable sensation d’ivresse.

Un sourire séducteur, un regard ravageur, une bouche sensuelle, des mains aventureuses...

Et puis surtout, SA voix chaude et posée qui me parlait, me révélant les multiples facettes de SA personnalité, inconnues du grand public. Avec cette voix envoûtante, IL s’était confié, me livrant sans retenue SES espoirs, SES joies, SES peines sur le plan professionnel principalement mais aussi à demi mots, sur celui plus intime de SA vie privée. IL avait peu évoqué l’échec de SA dernière relation, mais j’avais plusieurs fois cru déceler un voile de tristesse au fond de SES yeux lorsqu’IL avait abordé le thème de SON travail et de SES collègues et acteurs.

J’avais résisté à l’envie de l’assaillir de questions au sujet de la série dans laquelle IL apparaissait. Par chance, IL avait involontairement comblé mes grandes espérances en racontant spontanément certaines anecdotes hilarantes vécues sur les différents lieux de tournage et qui nous avaient fait éclater de rire à l’unisson. IL était si naturel, si simple. C’était SON travail et le talent avec lequel IL l’accomplissait qui le rendaient hors du commun. A part cela, IL était juste un homme ordinaire.

IL m’avait longuement questionné sur mes goûts, mes passions, et avait voulu connaître les motifs de mon séjour à Deauville. J’avais essayé de cacher le plaisir avec lequel j’avais accueilli cet agréable interrogatoire. L’idée que ma petite vie de traductrice parisienne pouvait L’intéresser me dépassait totalement. IL m’avait pourtant écouté attentivement parler de mon travail, et des études que j’avais suivi pour atteindre mon but. IL m’avait complimenté de nombreuses fois sur mon accent et la facilité avec laquelle j’utilisais SA langue, m’avouant qu’IL n’avait jamais été très doué LUI même en langues étrangères. Je me souvenais qu’IL avait fait de grandes études à l’Université de Princeton et publié une thèse traitant d’auteurs féminins.
C’était quelqu’un d’intelligent et de cultivé ce qui avait rendu notre conversation plus passionnante encore.

Nous avions ri en découvrant à quel point nos goûts musicaux divergeaient mais qu’en revanche, nos choix littéraires se recoupaient totalement.

Au détour d’une question, IL avait subtilement réussi à me faire avouer que je n’avais pas d’homme dans ma vie depuis quelque temps déjà. J’étais restée muette devant l’expression presque soulagée qu’IL avait affiché quand je LUI avais confirmé que j’étais bien célibataire. J’avais ressenti un pincement au cœur en songeant combien IL avait dû souffrir de savoir celle qu’IL aimait mariée et dans les bras d’un autre.

Tout le temps, j’avais lu un intérêt sincère dans les yeux clairs qu’IL posait sur moi en m’écoutant. J’étais persuadée que j’avais eu raison de LUI répondre honnêtement, sans tricher et qu’IL avait fait de même.

Ainsi, alors que la nuit silencieuse avait continué à dérouler son voile opaque vers une aube inévitable, nous avions étanché une toute autre soif que celle du corps, rassasiant nos esprits d’une nourriture plus spirituelle.

Toutefois, nous n’avions pas réussi à nous séparer après notre première étreinte aussi spontanée que passionnée mais qui d’une certaine façon, nous avait tous les deux pris au dépourvu. Je savais qu’IL avait ressenti comme moi le besoin de ralentir, de réfléchir.
Néanmoins, IL avait insisté pour que je reste, IL m’avait enveloppé de SES bras protecteurs et nous nous étions allongés l’un contre l’autre sans que le spectre destructeur du désir ne vienne perturber la sérénité de ce moment unique.

Je m’étais lovée tout contre LUI, en sécurité, oubliant tout le reste, ma tête reposant sur SA poitrine. Et mon oreille avait perçu chaque battement de SON cœur, ressenti les vibrations émises par SA cage thoracique à chaque mot qu’IL prononçait. J’avais eu l’impression étrange et terrible qu’il n’y avait rien de plus naturel au monde et que c’était l’endroit où je devais être, exactement.

Je frissonnai mais le vent était loin d’en être la cause. J’encerclai ma poitrine entre mes bras croisés comme pour conserver en moi tous ces souvenirs inoubliables.

C’est alors qu’une voix grave, au timbre familier pénétra doucement la bulle de mes songes solitaires :

« Oh, Bonjour, tu es réveillée. Je ne t’ai pas entendu te lever. »

Me prenant une fois de plus par surprise, IL avait surgit de nulle part. Et ce nulle part devait fortement ressembler à une salle de bain à en juger par la tenue qu’IL portait. En effet, un simple drap de bain ceignait SA taille, m’offrant la vision sublime d’un torse dénudé, quasiment imberbe. Je L’accueillis avec un immense sourire qu’IL me rendit généreusement. IL termina de se frictionner vigoureusement les cheveux avec l’autre serviette qu’IL tenait à la main, et qu’IL jeta ensuite négligemment sur une chaise. Se faisant, IL n’avait cessé de me dévisager, avançant vers moi, pieds nus sur la moquette épaisse.

Mon œil affamé ne voulant pas raté une miette du spectacle, je détaillai avec un appétit grandissant l’homme qui marchait à ma rencontre, SA chevelure mouillée, la courbe appétissante de SES épaules légèrement musclées, juste à point. Mon sourire s’élargit devant les adorables poignées d’amour qui arrondissaient SA taille ne faisant qu’accentuer l’envie qui me tenaillait de LE dévorer tout cru.

IL était grand, et IL fut sur moi en trois enjambées. D’un geste possessif et sans un seul mot, IL enserra ma taille avec une douceur doublée de cette délicieuse touche de fermeté toute masculine que j’avais déjà expérimentée la veille, et qui me confirma, si nécessaire, qu’IL savait parfaitement doser SA force, et en user avec art.

Je me dressai sur la pointe des pieds pour rester à son niveau, et dus me cambrer afin de m’écarter suffisamment pour conserver un contact visuel. IL était rasé de près, sentait le savon de Marseille, et SA peau nue était fraîche et humide sous mes doigts.

A peine, avais-je posé deux mains timides sur SON torse qu’IL s’empara amoureusement de ma bouche, et m’offrit un baiser fabuleusement érotique qui me coupa le souffle, et faillit me faire perdre l’équilibre. Sans sommation, SA langue força délicieusement le barrage de mes dents, et imprégna mes papilles d’une saveur divine.

Je vacillai sous la vague de désir que ce baiser ensorcelant déversa en moi, et IL referma un peu plus l’écrin de SES bras pour me retenir contre LUI. Je savais qu’IL avait ressenti ma faiblesse et je maudis intérieurement, mais sans réelle conviction, ma fragile capacité à LUI résister. J’aurais été bien incapable de le repousser même si je l’avais souhaité. Or, pour être sincère, à ce moment précis, repousser SES avances était bien la dernière chose que j’aurais voulu faire.

Je devais bien admettre que les réticences que j’avais pu ressentir la veille s’étaient progressivement volatilisées lors de notre échange complice pour laisser place à quelque chose qui ressemblait fort à de la confiance. Aveugle et totale pour ma part. Je n’avais pas pour habitude de brader mes sentiments, c’était tout ou rien. Un petit drapeau s’agitait frénétiquement au fin fond de mon cerveau et il était de couleur verte, ce qui indiquait une absence de danger et un niveau de sécurité optimal.

C’est pourquoi, je me sentais à présent l’âme d’une geisha débridée, avide de découvrir entièrement ce que j’avais à peine touché du doigt la veille, et de voir s’IL ne cachait pas d’autres secrets merveilleux mais peut être moins avouables.

Mais à ma grande frustration, alors que tout mon corps n’aspirait qu’à assouvir la faim qui le tiraillait, IL choisit de libérer mes lèvres au plus fort de notre étreinte. Déboussolée, j’essayai de reprendre quelque peu mes esprits, tâche des plus ardue et loin d’être facilitée par la voix câline qu’IL utilisa pour murmurer au creux de mon oreille :

« Tu as faim ? »

Le double sens de cette question était des plus évident au vu des événements de la nuit passée, avant notre belle conversation, et surtout juste après la façon bien cavalière avec laquelle IL venait de me ‘dire’ Bonjour. Un sourire énigmatique éclairait SON beau visage aux traits racés.

Comment faisait-IL pour rester toujours aussi sûr de LUI ?

Etait-IL conscient de la puissance de SON charme, et de SON impact sur mes sens ? Surtout ainsi vêtu. Ainsi dévêtu, pour être plus exact.

En jouait-IL consciemment pour me mettre dans tous mes états ?

Je retrouvai finalement le souffle et l’équilibre qu’IL avait tenté de me dérober, et décidai d’entrer dans SON jeu. Mutine, je LUI susurrai avec un air faussement angélique:

« Bonjour. En effet, je meeeurs de faim, et toi ? Bien dormi ? La literie …hum…les coussins du sofa t’ont-ils donné entière satisfaction ? Il serait dommage qu’un vilain mal de dos vienne gâcher ton séjour à Deauville. »

Sans LUI laisser le temps de réagir, et rivant mes yeux dans les SIENS, j’aventurai une main coquine vers la cambrure de SES reins, sachant parfaitement que si l’envie m’en prenait, je n’aurais pas trop de difficulté à faire glisser la fine serviette de toilette enroulée autour de SA taille.

Ce coup-ci les rôles étaient inversés. J’étais habillée, courte vêtue, certes, mais habillée quand même, et j’avais un net avantage sur LUI. Pour une fois !

Je retins un petit cri de triomphe en le voyant ciller, et se raidir au contact de mes doigts baladeurs auxquels je venais d’intimer l’ordre de se diriger droit vers un point hautement stratégique et très convoité de SON anatomie. IL ne fit aucun mouvement pour m’empêcher de poursuivre mon petit bonhomme de chemin, mais souffla d’une voix étranglée :

« A vrai dire, j’ai peu dormi cette nuit…j’étais…préoccupé… »
« Ah vraiment… et par quoi?! »
« Je me demandais … »
« Oui ? »
« …ce que j’allais bien pouvoir… »
« Hum ? »
« …porter aujourd’hui… »

Ah, c’est comme ça !

En guise de vengeance puérile, je lui pinçai les fesses avec un sourire victorieux. Je devinai aussitôt que j’avais gagné à plate couture la première manche de cette joute coquine, lorsque je ressentie sous mes paumes la violence du frisson qui LUI parcourut le bas du dos, et qu’IL accompagna d’un grognement involontaire très significatif.
Continuant sur ma lancée, je faufilai ma main sous la serviette, et caressai furtivement l’épiderme frissonnant :

« Jeanne, tu vas me rendre fou … »
« Soyons fous alors. »

Relevant la tête, IL me regarda d’un air perplexe, hésitant sur le sens réel de cette dernière réplique. Je voyais bien qu’IL se demandait si je jouais encore. IL n’avait pas compris que ce qu’IL m’avait offert la veille était pour moi un cadeau inestimable et révélateur. IL m’avait ouvert les portes de SON intimité, là où IL rangeait SON cœur, et dès lors, je savais avec certitude que j’étais prête à LUI offrir en retour tout ce qu’IL voudrait me demander, voire bien plus.
Mon invitation était entière et sincère.

Ce corps éclaboussé de lumière, à demi nu devant moi était tout ce que j’avais toujours désiré.
Mon Prince Charmant. Mon Mister Darcy. Mon âme sœur. Mon Heathcliff.

Je le savais tout comme je savais que mes poumons avaient besoin d’air pour que je puisse respirer et vivre.

Je LUI lançai une œillade qui ne laissait aucun doute sur mes sentiments, et je vis SON regard s’embuer de désir.

C’est pourtant d’un air embarrassé qu’IL ajouta :

« Jeanne, je suis…encore …désolé, mais Pam ne va pas tarder. J’ai un emploi du temps hyper chargé aujourd’hui. Crois moi, j’adorerais rester ici avec toi et pousser plus loin notre …petite discussion

Le tendre sourire qu’IL me délivra fit danser une touche de regret sincère dans le cristal coloré de SES yeux clairs.

« Malheureusement, j’ai des obligations. D’ailleurs je suis déjà en retard, je suis attendu pour une conférence de presse dans … »

IL lança un rapide coup d’œil à la pendule accrochée au mur.

« …exactement vingt minutes ! Et je ne vais tout de même pas m’y rendre dans cette tenue ! »

Malgré ma déception bien légitime, je ne pus m’empêcher de rire devant SON air affolé qui me rappelait le mien quelques heures plus tôt quand je m’étais rendu compte que je n’avais rien à porter pour me rendre au cocktail.

« Jeanne, je dois m’habiller maintenant. »

Je réalisai que ma main était toujours posée sur une certaine partie de SA personne fort joliment rebondie, située juste sous les limites de la fameuse serviette. De plus, étant donné notre corps à corps plutôt collé-serré, s’IL tentait de se dégager avant que je me sois d’abord reculée, il y avait de forte chance pour que le bout de tissu en éponge se fasse la belle, et qu’IL se retrouve dans le plus simple appareil en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

La perspective de le voir en tenue d’Adam alluma dans mes yeux une lueur de convoitise qu’IL ne manqua pas de capter. Voyant la situation tourner en SA défaveur, IL lança :

« Jeanne, je t’en prie ! »
« Ben quoi ? »

IL se pencha et frôla mes lèvres d’un chaste baiser.

« Laisse moi partir pour le moment, et je te promets que la prochaine fois que tu seras entre mes bras, plus rien ne pourra m’empêcher d’assouvir tes désirs…et les miens. »
« Ah… ?!…Euh…d’accord… »

La toute petite voix avec laquelle j’avais répondu à cette déclaration enflammée fit naître sur SON visage un mystérieux sourire. J’aurais payé cher pour pouvoir le décrypter, mais il me faudrait pourtant attendre. A regret, je récupérai ma main tandis que mon front et mes joues se couvraient d’une belle couleur rosée.

Retrouvant SA liberté de mouvement, IL rattrapa de justesse la serviette qui avait déjà dangereusement amorcée sa descente vers le sol. Je ne sais pourquoi, je pensai alors à la vive émotion qu’une telle scène aurait provoquée dans les rangs féminins d’une certaine team, d’un célèbre café à l’enseigne américaine où j’avais bossé quelque temps pour arrondir mes fins de mois. La petite Nanou surtout aurait été terriblement déçue.

IL rit gentiment devant mon air dépité, puis retrouva un ton de conversation plus général, et me proposa :

« Tu peux rester ici durant mon absence, mais bien sûr, tu préféreras certainement sortir et profiter du beau temps. Je repasserais me changer après la conférence de presse, probablement aux alentours de midi. Si tu veux, on peut manger ensemble. Je peux arranger ça avec Pam. Ensuite, je crois que j’ai une séance photo sur le port. »

Et voilà, c’était ça, la vie trépidante d’une star du showbiz. Timing serré en permanence, déjeuné sur le pouce, rendez vous à n’en plus finir, au point d’avoir besoin d’une assistante pour gérer son agenda. Et si peu de temps à accorder à ceux qu’on aime. Etais-je prête à vivre cela ?

Devinant mon désarroi, IL se pencha vers moi :

« Ne t’inquiète pas, ce n’est pas toujours comme ça. Ici, c’est particulier, je suis en tournée promotionnelle, c’est très intensif mais ça ne dure que quelques jours… »

Décidément, nous étions en parfaite symbiose. IL comprenait tout, on aurait dit qu’IL lisait en moi comme dans un livre ouvert. Ca aurait dû me faire peur. Ca me procura au contraire une sensation de liberté inviolable. S’IL devinait vraiment toutes mes pensées, alors tout irait bien puisque je ne pensais qu’à LUI.
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‘Oh, hi, you are awake. I didn’t hear you.’


‘Hungry ?’


‘Yes, actually, I’m starving, and what about you ? Did you sleep well ? How was the bed…hum…I mean, the cushions on the sofa ? It would be a shame if you’d be disturbed by a back ache.’


‘I must say that I didn’t sleep long that night…I was…troubled…’
‘Really ? and what for ?’
‘I was wondering…’
‘Yes ?’
‘What I was going to…’
‘Hum?’
‘…wear today.’


‘Jeanne, you’re driving me crazy’
‘Let’s be crazy then.’


‘Jeanne, I am …still…sorry, but Pam is coming soon. My schedule is very tight today. Believe me, I would love to stay here with you and go on further with our little conversation.’
‘Unfortunately, I have obligations. And I am terribly late already, they are waiting for me for a press conference in about …’
‘…twenty minutes ! I can’t go there in my condition !’


‘Jeanne, I must get dressed now.’


‘Jeanne, please !’
‘What ?’


‘Just let me go now, and I promise that next time you’ll be in my arms, nothing will prevent me from fulfil your desir…and mine…’
‘Ah …?!...Hem…OK…’

‘You can stay here if you want while I’m out, but of course, you would prefer going outside and bath in the sun. I will come back here to change clothes after the press conference, probably around twelve o’clock. We can have lunch together if you please. I can fix this with Pam. After that I think I’ll have a shooting on the port.’


‘Don’t worry, it’s not always like that. Here, it’s special, I am on a promotional touring, it’s very intensive but it only lasts a few days.’

samedi, septembre 06, 2008

Chapitre 16 : Further

Et puis, nos lèvres se frôlèrent.

A peine.

Nous restions suspendu à quelques millimètres l’un de l’autre.

Impatients, immobiles.

Nos souffles se mêlaient au rythme haletant de nos respirations.

Nos visages étaient si proches que je ne pouvais quasiment plus détailler SES traits.

SES paupières étaient baissées, et IL regardait ma bouche avec envie.

Instinctivement, je passai la langue sur mes lèvres pour les humecter, et je vis tressaillir légèrement les narines de SON nez parfait. IL s’approcha plus près et nos fronts se touchèrent. Je me délectai de cette infime pression sur mon crâne et je frissonnai, me sentant grimper très haut, vers des sommets enivrant.

Je me demandai s’IL pouvait entendre les battements effrénés de mon cœur. Car moi, je n’entendais plus que cela. Ils cognaient dans mes oreilles avec une puissance phénoménale. J’avais l’impression que ma poitrine se soulevait et s’abaissait à une vitesse effrayante. J’allais succomber à une attaque, c’était certain !

J’essayais de ne pas penser à ce qu’IL venait de me raconter, je me focalisais juste sur SES dernières paroles. Celles qui me concernaient, celles où j’étais une bouffée d’air pur dans SA vie.

Je le sentie libérer SES deux mains restées jusqu’alors emprisonnées entre les miennes, tout doucement comme s’IL craignait que je L’en empêche. Puis, l’une d’elle frôla délicatement ma taille, chercha à se frayer un chemin vers mon dos, remonta lentement le long de ma colonne vertébrale et s’arrêta entre mes omoplates, me procurant un frisson prodigieusement exquis. Je fermai les yeux et songeai qu’il n’existait pas plus agréable sensation.

Avec douceur, IL accentua la pression sur mon front, SA respiration s’accéléra mais SES lèvres à demi closes restaient à l’orée des miennes, retardant l’ultime instant d’une union tant attendue. Sans me brusquer, IL me repoussa tendrement en arrière, SON autre main posée sur l’assise du canapé. Ainsi IL m’enveloppait entièrement, et je me laissai agréablement tomber à la renverse, sans retenue, L’entraînant avec moi.

Notre chute sembla infinie, délicieusement vertigineuse. Je m’enfonçais interminablement dans un nuage irréel et divinement moelleux. SA paume largement ouverte soutenait mon dos avec délicatesse, m’offrant un sentiment de plénitude et de sécurité inaltérable.

Mes épaules touchèrent le velours ras du sofa, et SA main se trouva immobilisée sous mon corps. IL ne tenta pas de la dégager. Au contraire, SES doigts effilés se faufilèrent habilement vers ma nuque qu’ils encerclèrent étroitement dans une subtile caresse. De SON autre main en appui sur le dossier, IL allégeait une partie du poids de SON corps au dessus du mien. Mais pas trop, juste assez. Je ne me sentais pas oppressée par la masse qui me dominait, j’en appréciai la force, la masculinité.

J’eus un fugace éclair de lucidité. C’était LUI. C’était SA force, SA masculinité, SON corps contre le mien. C’était SON souffle contre ma joue, SA main dans mon dos. C’était LUI…LUI…LUI !!!

C’est LUI !

Enhardie par cette vérité incroyable, je fis glisser mes doigts fébriles de chaque côté de SA taille, caressant au passage la ligne courbe de SES côtés qui se devinaient sous le tissu de la chemise.

C’est LUI !

Mue par une pulsion irrépressible, j’agrippai SON dos de mes doigts recroquevillés et plaquai farouchement mon ventre contre le sien.

C’est LUI !

Electrisé par mon contact, IL s’embrasa instantanément. N’y tenant plus, IL s’empara de ma bouche avec fougue, et nos lèvres s’unirent en un baiser enflammé.

C’est …LUI !

Je sombrai corps et âme. Me laissant submerger par la vague de plaisir qui m’emportait au loin, me ramenait plus près puis me basculait à nouveau vers le large. SON baiser était un délice sans fin, plus j’y goûtais et plus je cherchais à m’en rassasier.

LUI même semblait insatiable, Il se pressait contre moi presque férocement. J’entrouvris à peine la bouche et IL s’engouffra dans la brèche avec ardeur. Je l’accueillie avec exhalation et nos deux langues tourbillonnèrent à m’en faire perdre la raison. Je ne savais plus où j’étais, ni qui j’étais. Je me laissai envahir par cette félicité indescriptible.

Dans SON élan, IL avait resserré SON étreinte. Au rythme inlassable de SON baiser, SES longues mains agiles exploraient amoureusement toutes les parties de mon anatomie, le creux de mon cou, la cambrure de mes reins, descendant toujours plus bas. Je m’extasiai de la facilité déconcertante avec laquelle IL réussit à atteindre le haut de ma jambe, et je frissonnai de tout mon être lorsqu’ IL caressa délicatement ma peau nue du bout des doigts, et qu’IL s’insinua malicieusement un peu plus loin sous la soie froissée de ma robe.

Au détour d’un mouvement, je réussie à faire progresser ma main vers la base de SON crâne. J’aventurai mes doigts avec volupté dans SA chevelure rase. Je la découvris soyeuse, terriblement agréable au touché et je sus que jamais je ne pourrais m’en lasser.

Soudain, alors que SES doigts s’emparaient hardiment de ma hanche, je me sentie devenir audacieuse, et je ne pus m’empêcher de mordre voracement dans SA lèvre inférieure tout en attrapant SA tête à pleine main. IL tressauta et grogna faiblement, visiblement surpris. Mais IL ne me refusa pas cette morsure. Aussi, je conservai SA lèvre délicieusement prisonnière de mes dents un court instant. Je ne souhaitais pas LUI faire de mal, mais juste posséder complètement cette bouche sensuelle, aux lèvres pulpeuses dont j’avais rêvé tant de fois. Nos regards se croisèrent une fraction de seconde, et je lus le désir inscrit en lettres de feu au fond de SES pupilles brillantes. Je savais que les miennes LUI renvoyaient le même message.

D’un mouvement viril mais sans violence, IL reprit possession de SA bouche, et avec un soupir rauque enfouit SON visage dans mon cou, libérant un nouveau déferlement de sensations torrides sur ma peau. Je plaçais mes deux mains de part et d’autre de SES tempes, tandis qu’IL parsemait ma gorge et mes épaules de baisers brûlants, descendait de plus en plus bas vers la naissance de mes seins.

SES mains vagabondes avaient quitté ma taille pour rejoindre le vallon de ma gorge, et SES baisers se firent plus lents, légers comme le chatouillis d’une plume. IL effleura l’ovale de mon décolleté du bout des lèvres, faisant se hérisser mes poils sous l’effet de la chair de poule. Manifestement enchanté par ma réaction, IL entreprit de s’immiscer un peu plus dans l’échancrure du vêtement. Au supplice, je respirais difficilement, de façon totalement erratique.

Puis subitement, IL releva la tête, essoufflé. L’expression de SON visage reflétait le trouble et l’étonnement:
« Qu’est ce que c’est que ça ? »

SA main en dérivant avait touché un objet oblongue et dur, niché contre ma poitrine.

Oh, m*** Bip !!

Je sentie mes joues virer au rouge écarlate.

« Je…c’est …mon… rouge à lèvres… Je n’avais pas d’endroit où ... »

Déboussolée, haletante et par dessus tout affreusement gênée, je tentai tant bien que mal de me dégager, mais SES bras puissants me maintenaient gentiment mais fermement allongée. Aux premières loges, je n’aurais pas pu avoir de meilleur point de vue pour suivre le cheminement de SA réflexion sur SON superbe visage. Je devins encore plus écarlate lorsqu’au bout du compte, SON froncement de sourcils interrogatif laissa place à une mine franchement amusée, et qu’IL s’esclaffa joyeusement.

Avant que je ne puisse ajouter un mot, IL se mit à appliquer plusieurs petits bisous rapides sur mes lèvres déjà gonflées et humides de baisers.

« Jean…vous êtes…absolument…irrésistible ! …tellement …imprévisible ! …si fragile …et l’instant d’après…si …désirable… »

IL avait repris un ton sérieux pour prononcer ce dernier mot qui me fit rougir de plus belle. Cherchant une position plus confortable, IL se redressa complètement, et s’adossa au canapé sans pour autant me quitter des yeux. Le regard langoureux qu’IL laissa vagabonder avec gourmandise sur les courbes de mon corps était sans équivoque. Il faut bien dire que la transparence de ma robe dévoilait une bonne partie de mes charmes, et que surtout, durant notre étreinte passionnée, le léger tissu avait gaiement évolué vers le haut des cuisses tandis que les petites manches bouffantes avaient préféré migrer vers le bas, dénudant largement mes épaules.
Alors que quelques minutes plus tôt, je lui octroyais sans hésitation la permission de se servir à volonté, à présent, je me sentais étrangement mal à l’aise devant ce regard qui me détaillait. Dans le feu de l’action, les petits défauts pouvaient facilement passer inaperçus mais en pleine lumière, c’était une autre affaire.

Heureusement, IL me rassura de SA voix merveilleusement grave :

« Tu es magnifique. »

L’admiration sincère que je discernai dans SES yeux d’opaline me fit fondre littéralement, et je lui offris un sourire timide en guise de remerciement.

De SON côté, SA tenue vestimentaire impeccablement boutonnée n’offrait pas grand chose à me mettre sous la dent, hormis quelques malheureux centimètres carrés de peau révélés par SES manches retroussées. Ce n’était pas juste ! Je connaissais le goût de SES lèvres, savoureux à souhait mais je n’aurais pas été contre la possibilité de déguster en prime certains autres endroits de SON corps. Le souvenir des muscles de SON dos sous la paume des mes mains me fit frissonner d’envie.
Comme s’IL avait lu dans mes pensées, IL leva une main élégante vers SON cou, et d’un geste précis dénoua le nœud papillon qui enserrait SA gorge, puis déboutonna le col cassé de SA chemise.

Je me figeai net, soudain tétanisée. Allait-IL se dévêtir là devant moi, tel un Chippendale ?

Indéniablement, IL me plaisait. Il aurait été hypocrite d’affirmer le contraire. Ma peau appelait la sienne comme le chant des sirènes appelait Ulysse. Comment résister ? J’avais espéré plus d’une fois me trouver dans ce genre de situation, enfin plus ou moins ce genre de situation. Je m’étais abandonnée dans SES bras ardemment et sans pudeur. Sans vraiment réfléchir. Me laissant porter par le désir qui nous avait envahi tous les eux.

Néanmoins, à présent que je reprenais progressivement pieds dans la réalité, je savais que c’était impossible, je ne pouvais pas me laisser aller de cette façon. Je ne pouvais pas « coucher » le premier soir, ça ne me ressemblait pas. Même avec LUI.

Même avec n’importe qui d’autre d’ailleurs !

Mais encore moins avec LUI finalement, car demain, IL serait parti, et moi je resterai là, toute seule, malheureuse, anéantie. Une conquête oubliée parmi d’autres sur SA route de star adulée par les femmes. Un moyen pour LUI d’oublier celle qu’IL aimait et qu’IL avait quitté parce qu’elle ne pourrait jamais LUI appartenir.

Et puis quelle idée se ferait-IL de moi si je cédais si facilement ? J’allais passer pour une vulgaire Marie-couche-toi-là, ce qui était hors de question.

Paniquée mais décidée, je cherchai fiévreusement une façon adroite de LUI annoncer qu’après L’avoir aussi ouvertement allumé, j’allais le planter là insatisfait dans SA somptueuse suite 4 étoiles. Mais je n’eus pas à dire quoi que ce soit puisque sans le savoir, IL calma mon inquiétude quant à SON strip-tease supposé, en déclarant innocemment :

« Décidément, je ne suis pas fait pour porter ce genre d’accoutrement mondain. Toute la soirée, je n’ai pensé qu’à enlever cet attirail qui m’empêche de respirer convenablement. Dieu que ça fait du bien ! »

IL se massa la nuque en penchant la tête sur le côté.

Ouf !

J’aurai adoré apporter ma modeste contribution à ce massage improvisé, mais pourtant je préférai profiter de ces quelques secondes de répit fort bienvenus pour rabattre vivement les volants de ma robe sur mes cuisses, et remettre en place les manches sur mes épaules. Je frissonnai, et réalisai tristement que j’avais un peu froid depuis qu’IL ne me tenait plus dans SES bras.

Du coin de l’œil, IL avait noté mon comportement :

« Tu as froid ? » s’enquit-IL gentiment, et délaissant SES douleurs cervicales, IL se pencha de nouveau vers moi. Je sentais bien qu’IL était plus que volontaire pour venir me réchauffer.

Je devais absolument éviter qu’IL ne m’approche de trop près car je n’étais pas certaine d’arriver à LUI résister si d’aventure…

« Non, ça va, c’est juste nerveux. »
« Nerveux ? Pourquoi ? Qu’est ce qui ne va pas ?»
« Rien, rien… »

Je repoussai la main attentionnée qu’IL me tendait, et me rassis prestement sur le bord du canapé, crispée. Le plus loin possible de cet homme follement attirant dont le col de chemise à présent largement entrouvert laissait apparaître la naissance d’une gorge palpitante, dont je pouvais aisément deviner le goût délicieusement sucré.

Je fermai les yeux pour chasser cette pensée qui recommençait à affoler les battements de mon cœur. J’inspirai profondément en agrippant mes genoux à deux mains, contractant instinctivement les muscles de mes cuisses et de mes bras.

« Jean, quel est le problème ? »

IL accompagna SA question d’une infime caresse sur mon bras qui me fit tressaillir si violemment qu’IL recula de stupeur. Je LE vis indécis, se torturer l’esprit pour comprendre ce qui se passait, puis d’une voix hésitante, IL me demanda encore :

« Qu’est ce qui ne va pas ? Si j’ai fait quelque chose qui t’a déplu … ? Je n’ai pas voulu me moquer de toi pour le rouge à lèvres. J’ai été surpris…j’ai ri…je suis désolé. »

Oh, non !

J’étais attendrie et flattée par SON air coupable, mais je ne pouvais décemment pas LE laisser croire que je LE repoussais pour une bêtise pareille.

«Oh, ça n’a rien à voir avec ça. Ne t’excuse pas. Tu n’as rien à te reprocher, tu as été …parfait. »

Le rouge me monta aux joues lorsque je repensai effectivement à la perfection de chacun de SES gestes. Ma réponse sembla LE troubler d’avantage, et sans me laisser le temps de réagir, IL attrapa mon menton, et m’embrassa si fougueusement que je me sentie chavirer. Mais aussi vite, IL quitta mes lèvres et sans lâcher mon visage, ajouta tout bas, SA bouche tout contre la mienne :

« Alors dis moi ? »

Essayant de retrouver mon souffle et ma voix qui s’étaient envolés avec ce dernier baiser, je ravalai ma salive et répondis plaintivement :

« Je ne peux pas…je ne peux pas dormir avec toi cette nuit…c’est impossible. »

Je le regardais d’un air désespéré car je sentais malgré moi l’arrivée imminente d’un flot de larmes que je serais bien incapable de contenir, et qui LE ferait fuir aussi sûrement qu’une douche froide.

Les hommes détestent les femmes qui pleurent, c’est bien connu.


Je savais que j’allai LE perdre. Même s’IL ressentait un petit quelque chose pour moi, même s’IL m’avait dit toutes ces gentilles choses et qu’IL avait semblé sincère. Si je refusais de LUI donner ce qu’IL attendait, IL allait me remercier pour ce moment divertissant puis me reconduirait jusqu’à la porte de ma chambre. Ou pire, peut être qu’IL m’indiquerait juste la direction de la sortie sans se soucier de ce qu’il adviendrait de moi une fois dehors.

Les hommes n’attendent qu’une seule chose des femmes, c’est bien connu.


Je m’imaginais déjà entrain de errer comme une âme en peine dans les couloirs de l’hôtel lorsqu’ IL eut le geste le plus romantique qui soit. IL enlaça tendrement mon visage entre SES mains en coupe et frôla de SON pouce mes lèvres frémissantes. IL repoussa amoureusement une mèche de cheveux derrière mon oreille, tout comme IL l’avait déjà fait lors de notre rencontre sur la plage. Puis effleurant ma joue d’une caresse, IL murmura avec une extrême douceur :

« Jeanne, tout va bien. Tu n’as rien à craindre de moi. »

Peut être pas tous les hommes …

Pour la première fois, IL avait employé mon prénom sans lui appliquer de déformation, ni d’accent à l’américaine. Je ne savais pas si je devais m’en réjouir ou en être désolée, j’étais proprement incapable d’analyser quoi que ce soit. IL écrasa sous SON pouce la larme qui avait jailli de sous mes cils et qui commençait à rouler sur ma joue :

« Je ne te forcerai jamais à faire ce que tu ne veux pas. Mais je dois t’avouer que … »

Ah, nous y voilà.

«… J’aimerai beaucoup que tu restes avec moi cette nuit. En fait, je n’ai pas du tout envie que tu partes…pas après ce moment fabuleux que tu viens de me faire vivre. »
« Wentworth… »
« Reste…»

SA voix était suppliante et SON regard me transperça comme une flèche empoisonnée qui vint déverser son venin délicieux au plus profond de mon âme. Comment LUI résister ?

« Jeanne, je ne te demande pas de …Si je pouvais seulement te tenir dans mes bras, je serais comblé.»

Conquise, je capitulai sans plus me poser de questions, jetant au loin mes craintes et mes doutes, et je m’abandonnai totalement contre l’épaule rassurante de cet homme merveilleux.

*****************

Dieu que cette fille est désarmante !


Elle s’était finalement endormie dans ses bras, épuisée au terme d’une longue nuit d’insomnie et il était allongé sur le canapé, son corps chaud et apaisé, blotti contre le sien.

Il écoutait avec tendresse la respiration calme et régulière qui s’échappait de cette bouche délicieuse qu’il avait possédée avec tant de plaisir.

Il conservait cette image indélébile imprimée sur sa rétine, lorsqu’elle lui était apparue sur la plage, resplendissante telle une nymphe attirée par la lumière de la lune. Elle l’avait définitivement envoûté à ce moment précis et il aurait juré avoir vu deux ailes papillonner dans son dos.

Il resserra son étreinte autour de ce corps qu’il avait senti vibrer avec tant de passion sous ses caresses. Ce souvenir réveilla son désir pour elle toujours aussi présent et inassouvi.

Ils avaient peu dormis cette nuit et ce constat le fit sourire.

Il n’avait pas pu la laisser partir, mais pour rien au monde il n’aurait voulu la brusquer.

Alors, ils avaient parlé. Parlé pendant des heures et il s’était senti aussi avide de mieux la connaître, qu’il l’avait été de la couvrir de baisers.

Lui même s’était livré à cette jeune femme inconnue avec une confiance absolue.

Elle bougea dans son sommeil et frotta sa jambe contre la sienne. Il retint sa respiration, ne voulant pas risquer de la réveiller et pourtant terriblement tenté de la réveiller justement.

Il ne voulait pas gâcher ce moment et refusa de penser à ce que demain leur réservait.

Il caressa la chevelure en bataille qui chatouillait son menton et déposa un baiser délicat sur son front avant de sombrer à son tour dans un profond sommeil.

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‘What’s this ?’
‘I…That’s …my lipstick…I had no …’

‘Jean, you’re absolutly iressistible…so unpredictable… so fragile and all the same so …desirable.’

‘you’re beautiful…’

‘Well, I’m definitly not made to wear such clothes. I spent the all evening longing for take this off and breath more easily. God, it’s good !’


‘Are you cold ?’


‘No, I’m OK, that’s just nervous’
‘Nervous ? Why ? What’s wrong ?’
‘Nothing…’


‘Jean, what’s the problem ?’


‘What’s wrong ? If I did something you disliked…? I didn’t mean to laugh when I saw the lipstick. I was just surprised…I’m sorry.’


‘Oh, that’s nothing to do with it. Don’t apology. You have done nothing wrong, you’ve been …perfect.’

‘So, tell me.’
‘I can’t…I can’t sleep with you tonight…it’s impossible.’

‘Jeanne, it’s OK, you don’t need to be afraid of me.’

‘I will never ask you to do something you don’t want to. But I got to admit that …’

‘…I would love you to stay with me tonight. Actually, I don’t want you to leave…not after the fabulous moment you’ve just offered me.’
‘Wentworth…’
‘Stay…’


‘Jeanne, I am not asking you to …If I could only hold you in my arms tonight I would be delighted.’

samedi, août 30, 2008

Chapitre 15 : « Allons-y »

« Ah non alors ! »
Il était hors de question qu’IL me fasse encore un coup comme celui-là, et qu’IL disparaisse sans crier gare en me laissant mariner dans mon jus, dans l’attente d’une hypothétique future rencontre au détour d’un hasard incertain. Ca n’allait pas se passer comme ça, cette fois ci !

Aussi, en LE voyant détaler comme un lapin, j’avais retroussé mes jupes, enfin façon de parler, hein, parce qu’elles étaient déjà bien courtes mes jupettes, et je l’avais poursuivi toutes voiles dehors, fendant la foule telle Le Black Pearl aux trousses du Flying Dutchman.

Malheureusement, je L’avais perdu de vue après qu’IL eut bifurqué à l’angle du couple Pitt, où la silhouette largement évasée de la future maman m’avait caché la direction qu’IL avait emprunté.

Damn it !

Ensuite, j’avais tenté en vain de retrouver SA trace ou celle des Potter, parmi cette masse informe de stars babillant et gravitant en tous sens. J’étais loin de posséder l’instinct de pisteuse de la belle Kate de Lost, que ce soit dans la jungle ou ailleurs. Mon sens de l’orientation était aussi réduit que celui d’un mollusque. Et encore ! Peut être que si Sawyer avait été là pour me guider …sans sa chemise bien sûr

Bref, dans mon errance, j’avais dépassé Julia R. et Mélanie G. qui grignotaient leurs petits fours avec parcimonie, régime et ligne Hollywoodienne obligent, bousculé par mégarde quelqu’un qui ressemblait vraiment, mais vraiment beaucoup à Hugh Jackman, non, ce n’est pas lui quand même… ?, et après avoir fouillé le moindre recoin de la salle comble, au point que j’avais même fini par retomber sur la vieille dame des années trente, abandonnée de tous, et en train de s’octroyer la dernière tartelette au citron du buffet, j’avais bien dû admettre qu’IL ne se trouvait plus entre ces murs.

Une fois cette inexplicable vérité assimilée, je m’étais aussi rendu compte que dans ma course effrénée, façon Anne Elliot volant vers le Captain Wentworth, j’avais en plus semé Lola en chemin, zut ! et son photographe minable, pas grave. Et pour couronner le tout, j’étais toujours pieds nus, et sans la moindre idée de comment j’allais bien pouvoir rentrer à l’hôtel sans les clés de mon amie.

C’est alors que j’avais vu s’avancer vers moi, mon nouveau meilleur pote, j’ai nommé securitman, il ne peut plus se passer de moi ou quoi ? Et alors que je m’attendais à ce qu’il me demande un fois de plus de bien vouloir sortir, ou payer une amende pour tenue incorrecte, ou je ne sais quoi d’autre, il m’avait au contraire tendu un mot de billet, plié en quatre. « Pour vous, Mademoiselle. » et tourné les talons sans autre forme de procès.

Va mon frère, va trouver une autre souffre douleur !

Le cœur battant j’avais déplié la missive inattendue dans l’espoir d’y lire quelques lignes rédigées de la main de mon héros disparu en mer, enfin pas dans la Manche hein ! mais seulement dans la marée humaine de ce cocktail mondain, mais le message suivant griffonné à la hâte sur une vulgaire serviette en papier, m’avait mis les nerfs en boule.

« Jeanne, on ne reste pas, désolée, Théo veut rentrer à mon hôtel. On te laisse sa chambre, tes affaires y sont restées. Demande la clé à la réception, on les a prévenu. On se retrouve demain là bas. Bises. Lola »


******




J’étais absolument furax. Lola m’avait lâchement abandonnée pour aller à n’en pas douter s’envoyer en l’air avec son bonhomme germanique ! Et moi, j’étais là, seule délaissée par tous, telle une vieille chaussette dépareillée. Non pas que je regrette de ne pas avoir été conviée à venir partager leurs ébats amoureux. Mon Dieu non ! Mais quand même, elle aurait pu m’attendre !

Je sentais presque la fumée sortir de mes oreilles tandis que je traversai le hall du Palais des Festivals pour rejoindre la sortie. Bizarrement, que j’emprunte les portes vitrées dans ce sens là ne gêna aucunement le service de sécurité. Personne ne m’interpella pour me demander mon multi-pass. Je sortais, donc je n’intéressais plus les vigiles, ouf !

Il était très tard et il ne restait plus qu’une minuscule poignée de photographes aux abords du tapis rouge. Certains fumaient une cigarette, leurs énormes zooms au repos, d’autres discutaient avec quelques fans, fidèles au poste, toujours à l’affût du moindre visage célèbre à immortaliser sur photo argentique ou numérique. Bien sûr ils ne firent même pas attention à moi, vu que je ne servais plus d’accessoire d’ornement à une Very Important Personne, dont un simple cliché couleur leur aurait rapporté de quoi mettre du beurre dans leurs épinards. Mais je me fichais qu’ils m’ignorent, je les ignorais aussi de toutes façons.

Par contre, une fois que j’eus posé mes pieds nus sur le bitume dur et glacé des trottoirs de Deauville, je sentie mes orteils se recroqueviller sous cette nouvelle agression. Je regrettai amèrement d’avoir égaré les chaussures prêtées par Lola. Même si elles m’avaient paru apparentées à un instrument de torture lorsque je les avais enfilées un peu plus tôt dans la soirée, au moins m’auraient-elles permis d’isoler ma voûte plantaire du sol inhospitalier que j’allais devoir emprunter sur plusieurs mètres.

N’ayant pas d’autre choix, je m’armai de courage et tout en maudissant Lola intérieurement, j’entamai ma difficile progression vers l’Hôtel Royal. J’eus la chance de ne pas rencontrer d’obstacles odorants de type déjections canines, et je me retrouvai finalement assez rapidement devant l’hôtel de Théo.

La façade à colombages, typiquement normande était largement illuminée, lui donnant l’apparence étrange d’un paquebot. J’hésitai un court instant avant d’entrer dans ce luxueux bâtiment. Allait-on me mettre dehors comme une mal propre ? Je n’avais pas tellement envie de revoir le cerbère qui m’avait si peu gentiment accueilli le matin même et qui n’avait cessé de lorgner sur mon pauvre vieux sac.

Mais Lola avait écrit dans son message que je devais récupérer les clés à la réception et qu’ils étaient au courant. Je décidai donc de lui faire confiance mais tout de même, j’échafaudai en secret quelques ignobles plans pour me venger au cas où elle m’aurait menti. Bombant courageusement le torse, je poussai la lourde porte carrousel du bâtiment.

J’étais en train d’élaborer une technique de torture terrifiante, à faire pâlir les anciens de l’Inquisition, plus efficace que Jack Bauer lui-même, quand le réceptionniste tiré à quatre épingles qui m’avait regardai de la tête aux pieds, surtout les pieds, me tendit enfin la clé promise non sans avoir très professionnellement consulté son registre. Lola, bénie sois-tu ! Je rangeai mes idées de tortures machiavéliques dans un coin de mon cerveau, ça pourrait peut être bien resservir un jour.

Je retrouvai sans mal le chemin des ascenseurs. Devant les portes d’acier, je soupirai au souvenir de ma rencontre avec Wentworth à ce même endroit quelques heures plus tôt, un siècle plus tôt. Où pouvait-IL bien se cacher à présent ? Malgré mes recherches assidues dans toutes les parties accessibles du Palais des Festivals, je ne l’avais pas revu avant de partir, ni les Potter d’ailleurs. Ils semblaient s’être volatilisés dans la faille cosmique.

Pourtant, il n’y avait eu aucun courant d’air, et je n’avais pas entendu le vrombissement très particulier, presque musical, qui accompagnait systématiquement l’arrivée et le décollage du Tardis. Donc, il était impossible qu’ils se soient réfugiés à l’intérieur du fameux vaisseau spatial intemporel.

Oui mais alors, où était-Il donc passé ? Tout en appuyant sur le bouton lumineux qui fit grimper l’ascenseur vers les étages supérieurs, je songeai qu’IL avait probablement été alpagué par quelques journalistes, ou professionnels du cinéma. IL était quand même là pour le boulot. Pour faire la promo de la série et du prochain film dans lequel on LE découvrirait à l’automne, d’après ce que j’avais pu lire dans la presse spécialisée. Certes, mais IL m’avait quand même joliment snobé tout à l’heure. IL s’était subitement évanoui dans la nature sans un mot alors que la seconde d’avant IL m’offrait un sourire ravageur, et montrait tous les signes d’un homme concerné par mon bien-être. Et mon bien-être dépendait grandement de LUI. Franchement, c’était à n’y rien comprendre ! De plus, je commençais à être franchement fatiguée, et tout cela me prenait la tête gravement !

Après avoir foulé avec plaisir l’épaisse moquette des couloirs de l’hôtel, un vrai bonheur pour mes pieds nus, je refermai enfin la porte de la chambre derrière moi. Je m’appuyai épuisée contre le panneau de bois, et le silence apaisant de la pièce m’envahit agréablement. Elle était restée exactement dans l’état où nous l’avions laissée. Personne n’était venu faire le ménage durant notre absence. Théo avait sûrement exigé du personnel de l’hôtel que l’on ne touche à rien chez lui, c’était tout à fait son genre.

Les vêtements que Lola avaient portés dans la journée étaient éparpillés sur le sol et sur le lit. Le sac qui avait contenu la robe griffée offerte par Théo gisait à demi arraché sous la fenêtre. J’avançai lentement au milieu de tout ce bazar qui m’était familier vu que je n’étais pas non plus la reine du rangement. Sans avoir besoin de trop chercher, je repérai mon sac ADIDAS, intact. Je retrouvai aussi mes chaussures, ainsi que mon jupon noir et mon haut du même coloris Je les avais négligemment abandonnés sur le dossier d’un fauteuil avant d’enfiler la robe prêtée par ma fofollette de copine.

Ah ! celle là, malgré tout, si elle n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. Finalement, sans Lola et son boulot de photographe, jamais je n’aurais eu la chance de me trouver ici, ni de porter ce genre de fringues hors de prix. Ni par ricochet de vivre ces instants uniques avec LUI.

Avant de commencer à me dévêtir de ma robe de Cendrillon pour redevenir une simple petite souillon, je caressai une dernière fois le tissu soyeux du vêtement. Le noir était assurément ma couleur favorite, néanmoins je ne garderais que de bons souvenirs de cette petite robe rose poudrée qui m’avait fort bien rendue service, et qui avait été témoin de tant de choses aujourd’hui. J’eus un léger pincement au cœur au moment de la dégrafer.

C’est alors que je réalisai horrifiée que mon décolleté ne contenait plus le fameux bâton de rouge à lèvre. Malheur ! Il avait dû glisser à mon insu et je l’avais bêtement perdu. Une lueur d’espoir me fit espérer qu’il se trouve quelque part entre ici et le hall de l’hôtel. Car je ne me voyais vraiment pas ressortir dans la rue et revenir sur mes pas pour le retrouver.
En un éclair, j’enfilai ma vieille paire de Docs usées dans laquelle je me sentis aussi à l’aise que dans des chaussons, et je fonçai dans le couloir. Je débutai sans tarder mes investigations, le nez rivé sur le sol à la manière d’un Sherlock Holmes du Dimanche. Chemin faisant, je pestai contre moi-même et surtout sur ces tenues de soirée, certes jolies, mais totalement dénuées de poches, et dont le côté pratique laissait grandement à désirer. Peut être que je n’en garderais pas de si bons souvenirs en fin de compte.


Hourra
! La chance était avec moi car je découvris rapidement l’objet du délit qui avait roulé dans un coin face à l’ascenseur. Je me penchai prestement pour le ramasser et le renvoyer illico dans sa cachette, au moment précis où le bruit de la cage d’ascenseur se fit entendre, assorti du « ding » annonciateur de l’ouverture des portes.

Ce n’était pas vraiment le Tardis, mais avec un peu d’imagination, ça aurait pu y ressembler. Toujours est-il que ce ne fut ni Rose, ni le Doctor qui émergèrent de la cabine de métal, mais LUI, seul, sans Converses, ni T-Shirt aux couleurs de l’Union Jack. Evidemment, pile au moment où le petit courant d’air produit par le mouvement des portes souleva malicieusement le bout de tissu ridiculement court censé dissimuler ma petite culotte. Je me redressai juste une seconde trop tard et à en juger par la mine réjouit de mon unique spectateur, IL n’avait rien manqué de la scène.


Ben voyons, rince toi l’œil, mon gaillard. Tu ne perds rien pour attendre !


Malgré l’effet de surprise provoqué par SON arrivée inopinée, j’étais bien décidée à ne pas craquer devant SES beaux yeux et SA bouche en cœur, mais je voulais LUI faire comprendre qu’IL n’avait pas le droit de jouer avec moi comme ça. IL ne pouvait pas éternellement apparaître et disparaître, concept très Whoesque, en me laissant croire que quelque chose pouvait naître entre nous. IL avait beau être célèbre, IL n’était pas pour autant exempté de bonnes manières.

Après m’être assuré que ma robe avait bien repris sa place, je croisai les bras et m’efforçai d’arborer mon air le plus inamical, celui que Lola appelait pour me taquiner mon légendaire air aimable. IL comprit instantanément et quitta l’expression amusée qu’IL avait affiché en matant mon popotin à la sortie de l’élévateur. Dès qu’IL commença à parler, le son de SA voix fabuleusement sensuelle faillit me faire perdre mes bonnes résolutions, mais je tins bon.

« Jean, je pensais justement à vous. Je me demandais comment vous retrouver. Et une fois de plus, le destin vous met sur ma route… »

En même temps mon Coco si tu ne t’étais pas débiné comme tu l’as fait, t’aurais pas eu besoin de me chercher !

« Je tenais à vous dire que je suis vraiment désolé… »
« Ah,… encore ? C’est la deuxième fois que vous êtes désolé ce soir. Est-ce une habitude chez vous, Wentworth ? »

IL encaissa ma remarque sans broncher, et je sentie ma détermination vaciller légèrement devant SON air coupable.

« Je vous présente mes excuses. Vous avez toutes les raisons d’être fâchée car je n’aurais jamais du partir comme ça tout à l’heure… »
« Non, en effet, ce n’était pas très poli. »

J’enfonçai un peu plus le clou. Après ce qu’IL m’avait fait endurer émotionnellement aujourd’hui, je n’allais pas LUI faciliter la tâche. Visiblement embarrassé, IL frotta la paume de SA main gauche avec SON pouce droit, comme s’IL tentait d’en chasser une douleur imaginaire.

« Croyez moi, ce n’est pas dans mes habitudes. C’est juste que…je…devais partir… »

Et c’est tout ? Va falloir faire mieux l’ami. C’est pas très efficace là !

Je restai muette et au lieu de lui tendre la perche salvatrice qu’IL attendait, je me contentai de hausser un sourcil interrogateur. Je LE vis baisser la tête, puis la relever presque aussitôt, bravement comme s’IL se préparait à affronter SES pires angoisses.

« Jean, je devais passer un coup de fil important. Je ne pouvais pas continuer à vous voir et à …échanger tous ces moments avec vous tant que je n’avais pas réglé certaines choses. Vous comprenez ? »

J’avais peur de comprendre, en effet. IL poursuivit et SA voix n’était plus qu’un souffle imperceptible :

« J’ai une… amie …chez moi, aux Etats Unis. Elle s’appelle…Sarah. Nous sommes très proche et nous avons…une histoire en commun, mais …elle est mariée et … » IL stoppa SA phrase comme s’il LUI devenait trop pénible d’en dire plus.

Mon Dieu, ça y est !

J’étais suspendue à SES lèvres, abasourdie qu’IL se livre à moi aussi sincèrement. Les traits de SON visage étaient sillonnés d’une tristesse que je me sentis terriblement coupable d’avoir provoqué en L’obligeant à me fournir des explications sur SON comportement fuyant. Je quittai mon attitude austère et décroisai les bras en disant :

« Je suis vraiment désolée, je n’aurais pas dû… »
« Voilà que c’est vous qui êtes désolée à présent ! »

IL ébaucha un semblant de sourire triste qui acheva d’abattre complètement les murailles bien fragiles que j’avais érigé contre LUI. Sans avertissement, IL enveloppa délicatement mes mains entre SES deux larges paumes, fraîches et douces comme du satin.

« Ne le soyez pas. Vous n’avez rien à voir dans tout cela. C’est ma faute. Je voulais être sincère avec vous. Je ne pouvais pas vous mentir alors que votre regard…est si pur, si honnête. Jean, vous me déstabilisez. Je ne comprends rien à ce qui m’arrive.... »


Et moi donc !


IL était dangereusement proche de moi, et je sentais SON haleine légèrement citronnée contre ma joue.

« J’aimerais vous parler, si vous voulez bien. Mais pas ici, pas dans cet endroit. Puis-je … vous proposer un verre ? Ma suite est juste au bout du couloir. »
IL m’indiqua une porte située complètement à l’opposé de celle de Théo.

IL m’invite dans SA chambre ?Baboum !

Mon cerveau se mit à travailler à cent à l’heure, mais il ne me fut d’aucune utilité car il était bien incapable de produire une seule pensée raisonnable.
Devais-je accepter son invitation ? Je n’en savais rien. Etait-Il sincère ? Je voulais le croire mais je ne pouvais pas en être sûre. Qu’est ce qui m’attendait là bas ? Je l’ignorais mais je mourrai d’envie de le découvrir. D’une toute petite voix timide, je m’entendis LUI répondre :

« Pourquoi pas. Je vous suis. »

IL sembla se détendre d’un coup, et recula pour me laisser passer en déclarant dans un français attendrissant :

« Allons-y. »

Je fus heureuse de constater que ma réponse LUI avait rendu un semblant de gaieté Nos mains se quittèrent et je me dirigeai confiante vers la porte qu’IL m’indiqua d’un signe.

En marchant à ses côtés, je LE vis jeter un œil sur mes Docs dont je n’avais même pas pris le temps de nouer les lacets. IL ne fit aucun commentaires et j’eus la sensation qu’IL craignait de me vexer.

Voilà ce qui arrive quand on veut jouer à la femme froide et insensible.

Le trajet jusqu’à SA chambre ne fut pas bien long, et une fois devant la porte, Il extirpa une clé de SA poche de pantalon, et glissa l’objet dans la serrure pour enclencher le mécanisme d’ouverture. J’étais fascinée par SES longues mains en mouvement. J’aurais pu LES regarder bouger pendant des heures sans me lasser, tant leur grâce et leur finesse me transportaient.

Prévenant et complètement inconscient de l’effet que SES gestes anodins produisaient sur moi, IL alluma la lumière dans la pièce avant de me laisser entrer la première. Ainsi, je pénétrai dans SON intimité avec une prudence mâtinée d’une bonne dose d’émotion. Si la chambre de Théo était un désordre monumental, celle de Wentworth était impeccablement rangée. Pas un seul vêtement froissé ne traînait par terre, aucun magazine n’était resté ouvert sur la table, pas non plus de bouteille vide ou de sac déchiré. Tout était parfaitement nickel.

J’admirai le mobilier d’une grande élégance. Une superbe commode et deux fauteuils de style Empire encadrés un somptueux canapé en velours carmin. De lourdes tentures de velours foncés masquaient les immenses fenêtres. J’étais médusée devant tant de luxe et de raffinement. IL avait parlé d’une suite bien sûr et non pas d’une simple chambre. Quelque part je me sentie plus à l’aise avec l’idée que le lit ne trônait pas au centre de la pièce.

« Asseyez vous, je vous en prie. Qu’est ce que vous buvez ? »
« Oh, un simple jus de fruits, ça sera très bien. »

Les deux coupes de champagne que j’avais bu durant le cocktail étaient largement suffisantes pour la soirée, je me sentais déjà un tantinet grise et je préférai éviter les mélanges douteux pour garder la tête froide le plus longtemps possible.

D’un geste gracieux, IL ôta SA veste de smoking, et mes épaules frissonnèrent au souvenir du récent contact de ce tissu onéreux. IL la déposa soigneusement sur le dossier d’un fauteuil, puis entreprit de retrousser SES manches l’une après l’autre. Je notai mentalement qu’aucun tatouage n’ornait SES avant bras musclés. Encore un aspect de SON personnage dans la série qui n’avait rien à voir avec SA véritable personnalité. IL capta mon regard et devina aisément ma pensée. IL sourit :

« Et non… pas de tatouages. Déçue ? »
« Non, bien sûr que non. Je n’ai jamais cru que … »

Quelle idiote ! Etais-je vraiment obligé de lui dévoiler que j’étais incontestablement fan de SA série et du détenu qu’IL y interprétait, tatoué sur la totalité des bras et du torse ? Oui, après tout, c’était la vérité et je ne me voyais pas LUI mentir.

« Ben, en fait, j’adore votre personnage dans la série. Je trouve que vous jouez super bien et que vous avez su le rendre attachant…émouvant même. »


Quelle originalité ! T’es bien la première à lui dire ça !! Ma pauvre Jeanne…


« Oh ? Vous le pensez réellement ? Et bien, merci, ça me touche. Mais vous savez, le scénario est tellement bon que ça facilite beaucoup mon travail. »
« Oui, je suppose mais quand même… »

Banalité quand tu nous tiens…

IL ouvrit la porte du mini bar et en sortit deux petites briquettes de jus d’orange qu’IL secoua énergiquement avant de s’emparer de deux verres judicieusement préparés par le personnel de l’hôtel, toujours désireux d’anticiper les besoins des clients. Je m’étais assise sur le canapé, et je l’observai. A vrai dire, je LE dévorais des yeux, ne voulant pas perdre une miette de SES mouvements. IL déposa verres et bouteilles sur la table basse qu’IL contourna ensuite pour venir s’installer à mes côtés.

« Je vais boire la même chose que vous Jean, je crois que ça vaut mieux … » avoua-t-IL avec une pointe d’ironie embarrassée.
Se pouvait-IL vraiment qu’IL soit aussi intimidé que moi ? LUI, Wentworth Miller ? Le charmeur de ses dames ?

« Bon, en même temps vous n’avez pas à prendre le volant pour rentrer chez vous. Ca devrait aller. » dis-je en riant, et je mimai Mister Bean tenant un volant imaginaire, et zigzaguant de droite et de gauche. IL rit devant ma tentative navrante pour détendre l’atmosphère qui commençait à devenir un peu trop chargée à mon goût.

« Et puis, tant que vous ne vous comportez pas comme le goujat imbibé d’alcool qui sort avec mon amie ! »
« Oh, le photographe allemand ? Oui, j’ai cru remarquer qu’il avait un petit souci avec la boisson. » rétorqua-t-IL poliment tout en remplissant nos verres de jus d’orange.
« Vous ne l’appréciez pas beaucoup on dirait ? »
« Théo ? » je fis mine de réfléchir avant de répondre « Non, je ne l’aime pas, et finalement je n’ai pas vraiment envie de parler de lui en ce moment. »
« C’est parfait parce que moi non plus. »

IL me tendit mon verre et nos doigts se frôlèrent au passage. Je sus qu’IL avait ressenti le même frisson que moi à ce contact car IL riva SES yeux dans les miens et murmura :

« Jean… »
« Oui ? »
« Vous me troublez. Je suis certain que vous aussi vous ressentez ce …sentiment. Comme un lien invisible entre nous. Je ne sais rien de vous et pourtant … »
« … »

SA voix tremblait et SA main aussi, à peine, mais suffisamment pour qu’IL soit obligé de détourner la tête et de reposer SON verre sur la table basse. IL se frotta les paumes l’une contre l’autre comme pour se donner une contenance.

« Mon Dieu, vous ne direz donc rien pour m’aider !? » lâcha-t-IL avec un petit rire forcé qui en disait long sur son mal-être.

Pour toute réponse, je me débarrassai aussi de mon verre. J’enveloppai doucement SES deux mains dans les miennes et les serrer tendrement.

« Je crois…je crois que c’est pareil pour moi mais …je n’ose pas …vous êtes…tellement… »
« Tellement …?… Je suis un lâche, voilà ce que je suis !… » s’emporta-t-IL subitement.

… ? J’ai dû rater un épisode.

Je ne comprenais pas vraiment ce retournement de situation des plus imprévisibles que j’accueillis avec perplexité. Moi qui me voyais déjà goûter à la douceur d’un baiser, j’eus en compensation le privilège d’une confession qu’IL débita comme on se libère d’une souffrance trop longtemps contenue.

« Tout à l’heure, l’amie dont je vous ai parlé…Sarah…je l’ai appelé pour lui annoncer que c’était terminé et que nous ne pouvions plus nous voir. Hormis dans le cadre du travail. Je lui ai dit cela par téléphone ! » IL semblait bouleversé. « Depuis, elle n’arrête pas de m’appeler et je…ne réponds pas… »


Oh !?… Ooooh…


C’était donc cela, et je ne m’étais pas trompée IL avait passé la soirée à penser à elle et ils avaient échangé plusieurs coups de fil. Mais j’avais du mal à assimiler la partie la plus importante de SA révélation. IL l’avait quitté ?! Justement aujourd’hui ?!

Par téléphone par contre, hum… pas très galant tout ça.

Mais au lieu de m’apitoyer sur la pauvre Sarah qui avait dû morfler sévèrement, c’était Wentworth Miller quand même, je me demandais curieuse, à quel moment précis IL lui avait annoncé cette triste nouvelle ? Avant ou après notre presque baiser sur la plage ?

Tu m’étonnes que SON téléphone n’arrêtait pas de sonner !

J’étais sidérée et néanmoins incroyablement flattée qu’IL se livre ainsi à moi. La fissure qui venait d’apparaître dans la belle armure argentée de mon chevalier n’était pas pour me déplaire. IL n’était pas l’homme parfait que s’obstinaient à nous présenter les magazines People. L’image en papier glacé qui s’étalait sur la double page n’était que la partie visible de l’iceberg, une infime partie de cet être vivant, complexe, vulnérable, avec SES imperfections, SES chagrins, SES regrets…IL bougea les doigts et je frémis sous la caresse de ce simple geste.

« Vous devez me trouver bien insensible. Je ne suis pas celui que vous imaginiez… »


Oh que si …


Je me gardai bien de dire un seul mot, LE laissant continuer.

« Pourtant, mes sentiments pour elle ont toujours été sincères. J’ai cru…si elle avait été libre. Mais ces derniers temps notre relation, », IL reformula SA phrase, honteux, « notre liaison devrais-je dire, s’est dégradée. C’était trop compliqué. La presse…devoir se cacher, se justifier sans cesse. Je ne pouvais plus endurer tout cela, mais elle n’a pas compris. »

Oh, là ! J’appréciai énormément SES confidences mais en réalité, je n’étais pas vraiment certaine d’avoir envie de L’entendre me relater tous les détails de leur amour contrarié. Je sentais la pointe acérée de la jalousie me titiller avec insistance.

« Jean, si je vous raconte tout cela c’est que… »


Mon Dieu, que s’apprête-IL à dire à présent ?!


J’étais profondément troublée par l’intensité de SON regard qu’un éclair de lumière artificielle venait frapper, provoquant un effet de transparence sur l’iris nacré, aussi clair et scintillant qu’une pierre précieuse. Je n’aurais su dire avec certitude quels sentiments s’y reflétaient mais à n’en pas douter, ils étaient nombreux et contradictoires.

« …Lorsque mon agent m’a annoncé que j’avais des engagements à tenir ici, j’ai profité de cette occasion pour…fuir. Je vous l’ai déjà dit, je suis arrivé dans cette ville, désabusé, et sans but mais j’avais pourtant ce sentiment étrange que quelque chose m’y attendait. Et puis, je n’ai pas cessé de vous croiser. Vous, si radieuse, si différente au milieu de tous ces gens qui jouent un rôle en permanence autour de moi, qui attendent tous quelque chose de moi, qui ne sont jamais naturels. Oh, Jean, vous êtes une bouffée d’air pur dans ma vie … »

Baboum, baboum, baboum !!


IL se pencha vers moi…

Baboum, baboum, baboum !!


IL sentait terriblement bon…

Baboum, baboum, baboum !!

Et puis ...

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“Jean, I was thinking of you. I was wondering how I would find you. Then, once more, you jumped in front of me…”

“I need to tell you how sorry I am…”

“Ah ? …Again ? It’s the second time you’re sorry tonight. Are you used to it, Wentworth ?”

“I must apology to you. You’re perfectly right to be angry at me, for I should never have left you like I did…”
“No, indeed, it was not very polite”

“Believe me, it’s not in my habits. That’s just that …I…had to go…”

“Jean, I had an important call to give. I couldn’t go on and meeting you,…exchanging all these moments with you since I had not fixed something. Can you understand ?”

“There is this friend of mine, back home, in the United States. Her name is…Sarah. We are very close and we…have a history, but she is married and…”

“I am truly sorry, I shouldn’t have…”
“Here, you’re the one to be sorry now…”

“Don’t be. You have nothing to do with it. It’s all my fault. I wanted to be sincer with you. I couldn’t lie to you while your eyes are so pur, so true. Jean, I don’t understand what’s happening to me…”

“I’d liked to speak to you if you agree. But not here, not in this place. May I …offer you a drink ? My suite is just at the end of the corridor.”

“Why not, you lead.”
“Allons-y”

“Sit down, please. What will you drink ?”
“Oh, a fruit juice would be fine.”

“No...no tattoos. Disappointed ?”
“No, of course not. I never thought...”

“Actually, I love your character in the show. I think you’re very good at giving him emotional aspect.”
“Oh, you really think so ? Well, thank you, I appreciate that. But you know, the scenario is so good that it makes things easier.”
“Yes, I suppose so, anyway...”

“It’s better if I drink the same as you do, Jean...”

“Well, you don’t have to drive to go back home anyway. It should be OK.”
“As long as you don’t behave like the alcoolic boyfriend of my friend.”

“Oh, the german photograph ? Yes, I noticed that he has a little problem with drinking. You don’t like him very much, do you ?”
“Théo, no, I don’t like him but I don’t really want to talk about him right now.”
“That’s perfect for I don’t either.”

“Jean…”
“Yes?”
“You trouble me. I’m sure that you feel it too...that feeling. It’s like a link between us. I don’t know you, and even...”

“God, won’t you say something to help me out ?”

“I think...I feel the same but...I’n not sure...you are so...”
“So what ?...I’m a coward, that’s what I am!”

“Later on, I called my friend, Sarah, to tell her that it was over, and that we could not see each other anymore, except for our work. And I told her this on the phone. Since then, she keeps calling me but I don’t answer the phone...”

“You must think I’m bad. You’re not the one I thought...”

“Nevertheless, my feelings have always been sincere towards her. I thought, if she had been single. But lately, our story, I mean, our affaire started to fall appart. It was too complicated. The medias...hiding and lying constantly, I could not bear it anymore but she didn’t understand.”

“Jean, if I’m telling youthis it’s because...”

“When my agent asked me to come here for promotion, I took this opportunity to runaway. I already told you that when I arrived in this city, I felt lost, I had no real goal, but I knew that something was waiting for me here. Then I kept meeting you. You’re so lovely, so different from all these people around me, playing a role, just expecting something from me, never true. Oh, Jean, you’re like a breath of fresh air in my life...”

lundi, août 25, 2008

Chapitre 14 : Tu t’es vu quand t’as bu ?

Note : Afin de faciliter la lecture des non-anglophones, les dialogues sont traduits en anglais à la fin du chapitre.

J’avais toujours l’appareil téléphonique entre les mains lorsque mon copain le vigile déboula vers nous d’un air qui ne disait rien qui vaille. Je pensai qu’il venait pour nous interdire d’utiliser ce démon sonore miniature, et je fourrai rapidement le combiné dans une poche de la veste. Ne voulant pas lui laisser le loisir de nous sermonner, je lui offris aussitôt un sourire enjôleur en lui promettant que j’avais coupé le son, et que je ne risquai plus de gêner quiconque avec la sonnerie. Mais mon sourire pourtant accompagné du décolleté plongeant de Lola, ne dut pas être suffisamment convaincant pour ce gorille hors de sa cage car sans desserrer les dents il me lança :

« Mademoiselle, on m’envoie récupérer la veste de Mister Miller. Si vous voulez bien… »

Il tendait déjà un bras impératif et non équivoque.

On l’envoie récupérer la veste de Mister Miller ? Trop surprise pour réagir, je restais inerte, les bras ballants. Qui ?…mais bien sûr, SON attachée de presse…qui d’autre ?

Pressentant la riposte acérée de Lola que je devinais fulminante près de moi, je me dépêchai de poser une main apaisante sur son bras. Il n’était pas nécessaire de se faire encore remarquer ce soir, je commençais vraiment à avoir ma dose d’affrontements perdus d’avance avec cette armée de vigiles sans cœur. Je me parai donc cette fois de mon sourire le plus respectueux, et tout en lui répondant poliment qu’il n’y avait aucun soucis, j’entrepris de me délester de SA veste. J’admets que je n’en avais plus vraiment besoin, bien au contraire, je commençais plutôt à avoir trop chaud. Néanmoins, mon cœur se serra et je ne pus retenir un plaisant frisson lorsque le satin de la doublure glissa sur ma peau nue pour quitter définitivement mes épaules. Alors que je lissais machinalement le précieux vêtement avant de le remettre au gentil monsieur en noir, une effluve de SON odeur qui s’était nichée dans le tissu vint sournoisement titiller mes narines. Je me surpris à fermer les yeux et à respirer à fond cette bouffée de LUI.

Instantanément, je fus propulsée de nouveau sur la plage. IL était là, face à moi, mes deux mains étaient posées sur SON torse et la chaleur de SON corps se propageait sous mes doigts. SON visage se penchait lentement vers le mien, et cette odeur, SON odeur m’enveloppait avec délice, me portait vers un univers de douceur, m’enivrait tel un parfum capiteux.

« Jeanne ? »

La voix gênée de Lola me fit rouvrir les paupières, et c’est rouge de honte que je tendis la veste à l’homme de la sécurité qui me regardait d’un air atterré. Je me comportais comme une fan transie et stupide en possession d’un objet sacré appartenant à son idole. C’est peut être bien ce que je suis en réalité…une simple fan …car si j’étais plus que ça, IL serait là avec moi, et IL me demanderait LUI-MEME de lui rendre SA veste, ou de la garder…

Avant que je n’ai pu demander si Mister Miller avait, par le plus grand des hasards, laissé un message à mon attention, ou demandé de mes nouvelles, ou juste prononcé mon nom, la grande brute insensible tourna les talons sans même me remercier, emportant avec lui ; veste, téléphone portable, et odeur suave. Même la poitrine généreuse de Lola n’eut pas droit au traditionnel coup d’œil masculin appréciateur. Le boulot, c’est le boulot ! Mon amie pinça le nez en regardant s’éloignant ce malotru sans intérêt.

« Qu’il s’en aille avec SA veste après tout ! T’inquiète pas Jeanne, je suis certaine qu’IL saura venir te retrouver LUI MEME dès qu’IL le pourra. IL doit être accaparé par les journalistes et les gens du métier, c’est pour ça qu’IL a dû partir tout à l’heure. »

Clairement, elle essayait de me rassurer, elle avait bien compris que je me posais tout un tas de questions, et même si elle ne connaissait pas réellement toute l’histoire de ma rencontre avec Wentworth, elle me connaissait moi. J’avais toujours été hyper sensible dans tous les domaines, je pleurais très facilement, mais je m’enflammais aussi très vite, ce qui m’avait valu moult déprimes et plus d’un cœur brisé.

Le « Oui » mal assuré que je lui renvoyai ne fut que le reflet de mon désarroi. J’étais sur le point de tomber amoureuse de LUI, en chair et en os, et non plus seulement du personnage public que j’avais connu jusqu’alors. Je l’avais côtoyé de près, j’avais cru L’approcher dans son intimité, LUI, sans artifice, au naturel. L’admiration que j’avais connu pour LUI s’était transformée en autre chose. Je voulais LE connaître, mais pas parce qu’IL était célèbre, ni pour frimer auprès de mes amies, ou narguer les autres fans en me pavanant à SON bras. Non, je voulais mieux LE connaître car je devinais qu’IL était exceptionnel et qu’IL recelait au fond de LUI des trésors insoupçonnés. Sur la plage, j’avais pratiquement touché du doigt, enfin frôlé du bout des lèvres, une infime partie de SES merveilles cachées. J’avais eu la sensation étrange mais réelle qu’IL était près à me laisser L’atteindre, et LE découvrir. Comme s’IL était près à s’ouvrir à moi, et en même temps désireux de me connaître aussi.

Serais-je assez prétentieuse pour croire que je pouvais LE combler, et LUI apporter une once de ce dont IL pouvait avoir besoin ? De quoi avait-IL besoin d’ailleurs ? IL avait déjà tout : réussite, argent, talent, célébrité, amour… Amour ?

Tous ces coups de fils. C’était elle, Sarah. SA partenaire à l’écran, SON amie dans la vie. Et aujourd’hui, j’avais eu plusieurs fois la preuve qu’elle essayait de le joindre. J’étais absolument persuadée que c’était elle à l’autre bout du fil quand je L’avais vu téléphoner derrière le pilier, puis quand SON portable avait sonné sur les planches. De plus, SON attachée de presse LUI avait dit que quelqu’un d’important cherchait à LE joindre, et là encore quelques minutes plus tôt, cet appel.

« Arrête tout de suite de te torturer, t’as compris ! »

Lola me secoua le coude énergiquement. Elle avait probablement vu mon visage se décomposer et deviné le cheminement de ma pensée. Décidément, j’étais incapable de cacher mes émotions ou alors elle me connaissait vraiment trop bien.

« Je te dis que je suis sûre qu’IL va essayer de te revoir. Crois-moi, j’étais là quand tu jouais à La Belle au Bois Dormant, et j’ai vu avec quels yeux IL te regardait. Franchement, ma Vieille, je sais pas si tu m’as tout raconté sur votre rencontre… »

La pointe de soupçon qui filtrait dans sa voix me fit baisser les yeux, elle était redoutablement perspicace mais je refusai obstinément de lui parler du presque-baiser.

Après tout, IL n’avait pas voulu répondre à cet appel qui avait gâché notre moment d’intimité, IL avait même pesté contre cette interruption. Qu’avait-IL dit ensuite : « Ce n’est pas important ». Pas important, est ce que cela voulait dire : moins important que d’être avec moi ?

Un franc sourire réussit miraculeusement à se faufiler hors de mon cerveau tortueux, et vint éclore sur mes lèvres. Il fallait que je positive, que je me focalise sur le bon côté des choses, et que je profite !

Lola et moi étions toutes les deux au Festival de Deauville, dans l’enceinte même du Palais. Nous avions réussi à nous faire inviter à cette soirée, au milieu des stars, ce qui était déjà plus qu’inespéré. Bon si on occultait le fait que c’était grâce à Théo, c’était juste génial !

Par dessus le marché, j’avais traversé le tapis rouge aux bras de mon Prince Charmant devant la France entière. Que dis-je !? Devant le monde entier !

Ensuite, nous avions croisé Antôôônio, et bénéficié de la meilleure vue possible sur son irrésistible sourire ibérique.

Puis, bien que les toilettes du Palais ne soient pas répertoriées comme l’endroit le plus approprié où se forger des souvenirs uniques, j’y avais rencontré la fabuleuse Julia Roberts qui m’avait généreusement offert son bâton de rouge à lèvres, et prodigué quelques bons conseils très féminins. Je portai la main à mon décolleté, et tâtai en souriant la forme allongée du tube de maquillage que j’y avais glissé. Rien que ces petits moments exceptionnels vécus en l’espace de quelques heures auraient pu suffire à rendre ce séjour inoubliable.

Or, il y avait eu LUI, la cerise sur le gâteau. J’étais venue à Deauville avec l’espoir fou de LE voir en vrai, tout simplement, et d’assister à la conférence de presse qu’IL donnerait le lendemain. Mais le destin m’avait réservé bien mieux que cela. Beaucoup mieux que cela. Et la suite ne pouvait que s’annoncer encore meilleure. La nuit était loin d’être terminée, et d’après ce que m’avait dit Lola, IL était censé rester 2 jours dans cette ville. C’était court mais suffisant pour qu’on arrive à se revoir. Et j’étais sûre à présent que Lola avait raison, et qu’IL allait essayer de me revoir. J’en étais certaine !

Souriant de toutes nos dents, Lola et moi volâmes tels deux papillons vers la lumière qui inondait la salle du cocktail, attrapant au passage deux coupes de Champagne disposées sur un plateau de service. Nous papotions joyeusement, profitant du moment tout en observant les célébrités qui nous entouraient.

Woody Allen était là en grande conversation avec une jeune et jolie blonde à la coiffure sophistiquée que je me souvenais avoir déjà vu dans plusieurs de ses films. Elle riait à ce qu’il lui racontait et il semblait ravi de sa réaction. D’autres invités dont Madame Allen accompagnée du Président du Festival, Clint Eastwood et de sa tendre moitié au visage moins célèbre, s’approchèrent du couple, et prirent part activement à leur discussion.

Un peu plus loin, je remarquai Edouard Baer, qui avait fait rire tout le monde en jouant impeccablement le rôle de maître de cérémonie pour cette soirée d’ouverture. Il répondait aux questions d’une journaliste qui lui braquait sous le nez un micro à l’effigie d’ARTE.

J’avais l’impression de rêver, et je songeai qu’en règle générale je n’assistai à ce genre d’événement que par le biais de mon petit écran.

Lola ajouta une dose d’incrédulité à mon état d’euphorie, en me montrant du doigt un groupe de personnes à notre droite. Le couple le plus people du moment se tenait parmi eux, et j’admirai, rêveuse et un brin envieuse, le ventre vraiment très rebondi de la magnifique femme brune qui se tenait aux côtés de son vraiment très canon de mari. Je ne les avais pas vu arpenter le tapis rouge, ni poser pour les photographes mais de toute évidence Mr and Mrs Smith étaient bien là à quelques pas de moi. On ne peut plus épanouis et à l’aise, devisant avec leurs semblables.

Je distinguai aussi dans la masse de visages tous plus connus les uns que les autres, la tignasse rouge et bouclée de ma donatrice en maquillage. Je racontai alors à Lola mon passage aux toilettes, et lui montrai pour preuve l’objet en question que j’avais extirpé tant bien que mal de sa cachette. Elle se retint difficilement de hurler, et me fit promettre que je lui permettrais de l’utiliser, ce que je lui accordai bien volontiers étant donné que je n’avais jamais été une fana de rouge à lèvres, et que je ne m’en servirais certainement pas très souvent.

J’étais entrain de ranger le tube à sa place en tâchant d’être le plus discrète possible au milieu de cette foule de personnalités, quand une voix familière nous interpella.

« Alors les filles, ça gaze ?! »

Théo nous rejoint, et s’agrippa aussitôt à Lola en affichant son air de propriétaire satisfait qui me hérissa les poils des bras. Il jeta un œil curieux vers ma poitrine.

« Qu’est ce que tu farfouilles là dedans, Jeanne ? Si tu crois pouvoir rivaliser avec Angelina Jolie, t’as encore de la marge !!! » crut-il bon de lancer en rigolant, et en s’enfilant une rasade de Champagne.

Espèce de débile profond va !

« Oh, Théo, ne soit pas méchant s’il te plait. Tu m’as dit toi même tout à l’heure que tu trouvais Jeanne très jolie dans cette robe ! »

Ma pauvre Lola, c’était avant qu’il soit complètement bourré. J’avais tellement honte pour elle. Comment ne pouvait elle pas se rendre compte du type exécrable avec lequel elle sortait ?

« Mouais, peut être…l’est pas mal…mais toi, t’es bien mieux roulée ma puce ! » ajouta-t-il en lui fourrant ostensiblement la main aux fesses.

Mon Dieu, je vais vomir !

Lola eut la décence de m’offrir un regard gêné mais une fois n’est pas coutume, ne repoussa pas les avances de son amant qui devait pourtant avoir une haleine plutôt chargée. Honnêtement, je ne comprendrais jamais ce qu’elle pouvait lui trouver, et de toutes façons, je ne souhaitais pas le savoir. Ce qu’ils vivaient à deux ne m’intéressait pas, mais pas du tout !

« Théo, mon cœur, tu voudrais bien aller nous chercher à boire ? Nos verres sont vides.» demanda Lola dans une tentative évidente pour l’éloigner de moi.

« A boire ! Mais oui, c’est à boire qu’il nous faut ! » chantonna-t-il vulgairement en levant sa propre coupe vide.

Non, pas ça, pas de scandale, pitié ! Sans avoir besoin de lever la tête, je sentais déjà les regards de reproches fuser dans notre direction.

Je m’apprêtais à filer à l’anglaise lorsque mes oreilles se mirent à bourdonner au son d’une voix merveilleusement charmeuse qui s'adressa à moi en américain :

« May I offer you a drink ? »

Mon attention détournée par le manège ridicule de Théo, ne m’avait pas permis de L’entendre arriver dans mon dos. IL était accompagné d’Alan Potter, le réalisateur de la série et de sa femme que nous avions déjà croisés devant l’ascenseur de l’hôtel Royal. A première vue, IL avait bien récupéré SA veste, et je ne pue m’empêcher d’admirer une fois de plus SON élégance racée. IL émanait de toute SA personne une aisance naturelle encore accentuée par la nonchalance de SA posture. Une main négligemment glissée dans la poche de SON pantalon de smoking, et l’autre munie d’un verre de champagne, IL avait toute l’apparence d’un aristocrate.

Mon cœur s’envola et je me sentie toute chose devant le magnifique sourire qu’IL m’offrit en ajoutant :

« Je vous cherchais. Mais que vois-je en vous trouvant enfin ? Votre verre est vide …Ttttt…»

De toute évidence, ils avaient tous les trois suivi une partie du mauvais numéro d’alcoolique joué par Théo, et IL secoua la tête amusé en me tendant SON verre, ce qui tira un sourire de connivence à SES deux compatriotes. Tandis que j’attrapai machinalement la flûte au breuvage pétillant, IL poursuivit aussitôt en s’adressant à SES amis :

«Alan, Janyce, je vous présente Jean, dont je vous ai parlé. Nous nous sommes rencontrés …devant La Manche… ».


Ces cinq mots « dont je vous ai parlé », flottèrent dans ma petite cervelle, m’enivrant plus sûrement que de véritable bulles de champagne.


«…et je ne suis pas près d’oublier notre charmant cours de géographie française…»


IL planta SES yeux droit dans les miens et je me sentie rougir jusqu’à la racine des cheveux au souvenir de la remarque de collégienne, tellement banale, que je LUI avais sortie sur le front de mer.


Du coin de l’œil, je pouvais voir la tête de Lola qui semblait prête à exploser, et celle de Théo totalement amorphe et désabusée. Les deux américains me saluèrent chaleureusement.


« Ravis de faire votre connaissance, Jean ! C’est vous la jolie française qui s’est évanouie dans les bras de Went ? »


Oh, IL leur avait raconté ça aussi ?


« Non…enfin, oui. J’ai eu un malaise mais ça va mieux. Je devais avoir un peu faim… »


Tu parles, j’étais affamée comme un chien errant, oui !…jolie française ?…


Alan et son épouse me regardaient avec une sollicitude sincère, ce qui me les rendit vraiment très sympathiques. J’aurais adoré savoir ce que Wentworth avait bien pu leur dire sur moi, mais je ne voyais pas comment les questionner sans avoir l’air trop curieuse.


Lola n’eut pas le même genre de scrupules et mit les pieds dans le plat, très largement et sans même ôter ses gros sabots.


« Alors comme ça, Wentworth vous a raconté la frayeur que Jeanne nous a faite ?! La vilaine ! »


Lolaaaaa ! C’est pas vrai !


Je la fusillai du regard mais elle m’ignora ouvertement, tournée vers Janyce, attendant une réponse. Cette dernière s’exécuta volontiers, et si elle se doutait du stratagème, elle n’en laissa rien paraître.


« Et bien, en effet. Nous étions étonnés de ne pas l’avoir revu dans la salle de projection. Lorsqu’il nous a rejoint, il ne portait plus sa veste et il nous a expliqué qu’une jeune et jolie française avait eu froid au bord de l’eau… »


Elle sourit en me regardant avec bienveillance, et c’est Alan qui poursuivit en se moquant gentiment de son ami :
« C’est tout Wentworth ! Il donnerait sa chemise pour rendre service ! Mais maintenant que je vois ce qui l’a motivé, je comprends mieux. »


Janyce hocha la tête, Lola rit un peu trop fort, et Théo continua d’afficher un air stupide. Wentworth quant à LUI arborait un petit sourire en coin et ne me quittait pas des yeux. Je toussotai, flattée de ce compliment détourné, et malgré tout un peu confuse d’être ainsi le centre de la conversation.


Lola vint involontairement à mon secours. Elle demanda aux Potter s’ils étaient déjà venus en France, ce à quoi ils répondirent que non et elle en profita pour proposer un toast en l’honneur de leur première visite au Festival de Deauville.


Wentworth choisit ce petit interlude pour s’adresser exclusivement à moi, SON visage affichait une mine sérieuse et concernée.


« Je suis sincèrement soulagé de voir que vous allez mieux, Jean. J’étais affreusement désolé de devoir vous laisser tout à l’heure…mais… »
« Non, non, ne le soyez pas ! C’était tout à fait normal. Vous avez des obligations…votre métier. Et puis, vous m’aviez laissé entre de bonnes mains. »


J’indiquai Lola et son poivrot allemand.


« Oui, j’ai effectivement fait connaissance avec vos amis lorsque j’étais à votre chevet. »
IL sourit en évoquant ce moment puis d’une voix aussi douce qu’un murmure, IL insista :
« Réellement, je suis soulagé de vous voir complètement rétablie. J’étais très inquiet… »

« Merci, oui, je vais mieux… »

A cet instant, il n’y eut plus que nous deux. Les autres invités, Lola, Théo et SES amis n’étaient plus que des silhouettes floues planant à l’orée de notre champ de vision. Je le regardais tout simplement et IL me renvoyait mon regard avec une intensité extrême qui aurait dû me mettre en transe mais que j’accueillais pourtant sereinement, naturellement.

IL était devant moi et je me sentais bien, en harmonie totale avec moi-même et avec chaque parcelles, chaque sensations de mon corps et de mon esprit. Je n’avais pas peur de faire un faux pas, de dire une nouvelle ânerie ou de bafouiller. Je ne craignais pas d’être mal coiffée, mal maquillée, ou mal fagotée dans une robe que je n’avais pas l’habitude de porter. Mon instinct me soufflait que tout cela n’était rien, et que je n’avais pas besoin d’être parfaite car IL savait déjà qui j’étais et que je LUI plaisais ainsi. Cette vérité m’envahit totalement et je sue qu’IL ressentait exactement la même chose comme deux êtres qui se connaissent depuis de longues années et qui n’ont plus besoin de communiquer oralement pour se comprendre. Je me sentais terriblement légère et belle…

« Jean… »

IL essaya de dire quelque chose mais SA voix se brisa étrangement, et je vis SON magnifique regard vaciller imperceptiblement. IL baissa subitement la tête en se passant une main aux longs doigts fébrile sur le visage. Je fus légèrement déstabilisée par cette réaction qui me ramena brutalement dans la réalité.

Durant notre moment ailleurs, Lola et les Potter s’étaient mis à discuter ensemble de la soirée, de la projection du film, et de leurs plannings respectifs. Au moment où je récupérai totalement l’usage de mes oreilles, ils étaient entrain de se donner rendez-vous le lendemain un peu après la conférence de presse pour que Lola prennent quelques clichés du couple pour ramener à son patron. Elle était quand même là pour le boulot, elle.

J’ignorais combien de temps Wentworth et moi étions restés muets et immobiles à nous observer mutuellement, mais pour que nos amis en soient déjà arrivé à se fixer un rendez-vous, de nombreuses minutes avaient probablement dû s’écouler.

Wentworth s’était reculé et restait à présent obstinément silencieux et étrangement soucieux. Sur le moment, je n’osai pas le déranger dans SON mutisme, et me contentai de me tenir sagement près de LUI, en attendant que les autres terminent leur discussion professionnelle. Finalement, moi non plus je n’avais pas trop envie de parler, j’avais besoin de digérer un peu les émotions que nous venions d’échanger, et je supposai que LUI aussi.

Pourtant, je notai avec étonnement qu’IL contractait les mâchoires, et semblait délibérément éviter de croiser mon regard.

Laissant son mari discuter avec Lola, Janyce me sourit poliment en demandant d’une voix grave à l’accent américain très prononcé :

« Vivienne Westwood ? »

Heureusement pour ma réputation, et grâce aux longues journées de shopping parisien en compagnie de Lola, je compris aisément qu’elle m’interrogeait sur la marque de ma robe, et non pas sur l’arbre généalogique de mes ancêtres. Tu ne gagneras pas ce soir Roi des Démons ! Et je ne me couvrirais pas de ridicule devant SES amis.

« Oui, c’est elle. J’aime beaucoup ce qu’elle fait. ».

Je tentai le tout pour le tout et me lançai sans filet en montrant sa propre tenue : « Armani… ? »

« Oui ! J’ai craqué en la voyant dans la boutique de l’Hôtel ce matin. Absolument fabuleuse vous ne trouvez pas ? »

En effet, sa robe était divine et très certainement divinement coûteuse. Ca allait souvent de paire dans le milieu de la mode.

Durant notre court échange, Wentworth n’avait pas bronché, et je me demandais même s’IL nous avait entendu. IL paraissait perdu dans SES pensées, et j’aurais donné n’importe quoi pour m’y perdre avec LUI. Je me creusais les méninges pour trouver quelque chose d’intelligent à ajouter quand Alan annonça d’une voix un peu plus forte :

« Et bien, Lola, c’est noté. On se voit donc demain avec plaisir pour les photos. »

Le réalisateur serra énergiquement la main de mon amie qui rayonnait littéralement. Puis le couple d’américains annonça poliment qu’ils avaient deux ou trois personnes à saluer. Ils se tournèrent vers Wentworth qui à ma grande surprise sauta sur l’occasion pour s’éloigner avec eux, non sans m’avoir lancé un dernier regard coupable qui me jeta dans un trou noir sans fond et dans la plus totale incompréhension.







“I was looking for you, and what do I find eventually ? You with an empty glass…Tttt…”


“Alan, Janyce, let me introduce you to Jean, whom I talked to you. We met…in front of La Manche…and I won’t forget that pleasant lesson of french geography…”


“ Nice to meet you Jean ! You’re the pretty french girl who fainted into Went’s arms ?”
“No...in fact, yes, I am. I was not feeling very well, but I’m OK now. I was probably just hungry...”

“So, Wentworth told you about how scary we were when Jeanne fell ? The nauty girl !”


“Indeed. We were surpised not to see him back to watch the movie. When he came back without his jacket on, he told us about a young and pretty french girl who was cold by the sea...”


“That’s really Wentworth ! He would give his shirt if it could help ! But now that I can see the object of his decision, I surely understand why he did that.”


“I’m glad to see that you’re going quite well, Jean. I was awfully sorry but I had to leave you later…”
“No, no, don’t be ! That’s absolutely normal. You have obligations…your job. And, you left me into good hands anyway.”


“Yes, we met indeed while I was lying beside you.”


“Really, I’m relieved to see you’re fully recovered. I was very worried…”
“Thank you, yes, I feel better…”


“Yes, exactly. I love what she does. Armani ? “
“Yes ! I couldn’t resist when I saw it in the shop of the hotel this morning. Absolutely fabulous, don’t you think ?”


“Well, Lola, it’s a deal. We’ll be glad to see you tomorrow for a shooting.”

vendredi, août 22, 2008

Chapitre 13 : “If it’s a dream...

…then let me sleep. Only wake me when, I’m in your arms again.”

La voix fluette et presque enfantine de Vanessa avait insidieusement infiltré mon esprit embrumé et me susurrait ces paroles qui semblaient écrites pour nulle autre que moi ce soir. Mais je ne voulais pas l’écouter, je refusais d’analyser quoi que ce soit au risque effectivement de réaliser que tout cela n’était qu’un rêve.

Pourtant, une autre voix, masculine celle-là, chanta dans ma tête, et mon sang se glaça lorsque les paroles déprimantes de Vinnie Cavanagh énoncèrent une vérité que je redoutais ; « …my fragile dreams would be broken… »

La mélodie magnifique et envoûtante de cette chanson d’Anathema que j’adorais explosa sans crier gare dans mon cerveau déjà complètement déboussolé, provoquant une effusion de sensations différentes ; tristesse, plaisir, souffrance, jouissance. Je sentie un sanglot gonfler ma gorge et j’entendis cette fois ma propre voix qui soufflait un « Non » misérable.

Que se passait-il ?

Alors, j’entrouvris les paupières et une lumière aveuglante agressa mes pauvres yeux. Je levai une main pour me protéger mais aussitôt quelqu’un l’attrapa et la serra délicatement, stoppant mon geste.

« Elle reprend connaissance. »

C’était Lola. Enfin, c’était bien sa voix mais je ne l’avais jamais entendu émettre de sons d’une tonalité aussi faible. Quelque chose clochait. Que signifiait cette note d’inquiétude que j’avais décelée dans sa phrase ? Qui donc reprenait connaissance ? Je ressentie une légère douleur dans la hanche qui me fit brusquement prendre conscience que j’étais à demi allongée sur le sol, le haut du corps adossé sur les jambes dénudées de mon amie à genoux par terre.

« Lola, qu’est ce que… ? » J’essayai de me redresser mais mon amie appuya doucement sur mes épaules pour m’obliger à rester immobile.

« Ne bouge pas ma chérie. Ca va aller mieux, quelqu’un est parti chercher de l’eau. »

« Hein ? Mais c’est quoi ce délire ?! »

Ma lucidité refaisait peu à peu surface, et je mis plus de conviction dans un second effort pour me relever, réussissant à m’arracher des bras sur-protecteurs de ma Lola. Je devinai sa totale désapprobation accentuée par le long soupir qu’elle laissa échapper mais elle me permit néanmoins de m’asseoir, sans prétendre pour autant me lâcher la main. Tu veux prendre mon pouls ou quoi, Abby ?

« Bah, tu nous as joué la scène de la jeune damoiselle qui tombe dans les pommes. Tu m’as foutu une de ces trouilles ! » Je devinai qu’elle était sincère et me sentis gênée sans trop savoir pourquoi.

« Moi, tombée dans les pommes ? Mais on est où ? »

Je jetai un œil hagard aux alentours. Nous nous trouvions dans le hall du Palais des Festivals. Ma vue se réhabituait lentement aux éblouissantes lumières qui ricochaient sur les balustrades rutilantes. A quelques pas de nous, je distinguai deux ou trois personnes, vêtues de smokings et robes de soirée. Ils nous observaient à la dérobée en chuchotant. Deux silhouettes sombres nous surplombaient et je dû me tordre le cou pour regarder leurs visages. Yark ! je ne pus retenir une grimace. Nous avions là, Théo, dans toute sa splendeur inutile, et …

« Mesdemoiselles, vous ne pouvez pas rester par terre, ce n’est pas correct. »

C’était l’un de ces vigiles en costume noir et oreillette greffée au tympan que je commençais à bien connaître.

« Mais enfin vous voyez qu’elle ne va pas bien ! Vous croyez qu’elle l’a fait exprès de s’évanouir ? C’est pas une droguée, non mais ! Vieux chnoque ! »

« Mademoiselle, voyons, je n’ai jamais pensé… »

« Ouais, c’est sûr, je ne crois pas que vous ayez jamais pensé de votre vie !! Franchement !! »

J’écoutais Lola défendre mon honneur bec et ongles et invectiver le vigile, tout en prenant à témoin Théo qui bien entendu ne bronchait pas. Je commençais à comprendre ce qui m’était arrivé. De toute évidence, j’avais été victime d’un malaise. Déjà un peu plus tôt, en quittant la salle de ciné, je ne m’étais pas sentie bien, puis plus tard dans SES bras…Dans SES bras !!! Je me redressai affolée, tournant la tête en tous sens. J’avais arraché ma main de celle de Lola coupant net sa conversation mondaine avec le charmant Monsieur qui n’appréciait pas notre sitting.

« Où est-IL ?! », criai-je. A présent, je me souvenais. IL aurait dû être là près de moi ! IL avait été là avec moi sur la plage, c’était vrai, et j’étais rentré avec LUI dans le hall. Ce n’était pas possible, ce n’était pas un rêve ! « NON ! »

Lola et le vigile avaient cessé leur querelle de cour de récréation et recentré leur attention sur moi. Mais, si la première tentait vainement de me reprendre la main en me demandant de me calmer, le second se contentait de presser fébrilement son oreillette en inclinant la tête, comme si Dieu lui même lui soufflait à l’oreille des conseils pour gérer la situation. Je repoussai presque violemment la pauvre Lola et me remis debout avec difficulté. Le froid glacial du marbre sur le sol avait légèrement tétanisé mes jambes dont les cuisses, il faut bien l’avouer, avaient bien peu de tissu pour se tenir au chaud.

J’étais toujours pieds nus, et je me fichais totalement de savoir où se trouvaient mes chaussures. C’était LUI que je voulais. LUI. Je me mis à regarder frénétiquement autour de moi, à la recherche de SA haute silhouette, de SES magnifiques yeux noisettes, de SA bouche que j’avais failli goûter. Je m’attendais à entendre SA voix suave et tendre prononcer mon nom. Mais rien, nulle part, IL n’était plus là. IL n’avait jamais été là, j’avais rêvé ! J’avais rêvé !!

« Jeanne, calme toi ! Ce n’est rien, calme toi ! » Les mots de Lola me firent exploser en larmes et je m’effondrai dans ses bras, épuisée, et malheureuse. M’abandonnant à ma détresse, je m’agrippai à ma meilleure amie, comme à une bouée de sauvetage dans ce monde injuste. Elle était la seule qui pouvait me comprendre. Je débitai une série de mots hachés, déformés par des sanglots irrépressibles.

«J’ai cru …qu’…IL était …là. Je L’ai…vu…j’é…j’étais…a…a…vec LUI…non…non… »

« Jeanne…Jeanne…Chut …calme toi… »

Je secouai la tête, m’agrippant à elle de plus belle, et je remarquai alors avec horreur le regard de connivence, un brin moqueur qu’elle lança à Théo. Oh non, Lola, pas toi, tu ne peux pas te moquer de moi toi aussi. Si je la perdais elle aussi, j’allais sombrer. Je me sentais prête à basculer dans le vide.

« Jeanne…regarde, Jeanne. »

Elle me repoussa doucement et me montra quelque chose qu’elle venait d’attraper sur moi. Une manche. Une manche reliée à une veste. Une veste qui pesait sur mes épaules et qui me tenait chaud. Qui me tenait soudain vraiment merveilleusement chaud. SA veste…

Je souris bêtement à mon amie et sentie deux colombes blanches me décharger du fardeau de ma détresse et s’envolaient très haut et très loin.

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Lola m’avait entraîné vers la salle où se tenait le fameux cocktail. Un nombre incalculable de personnalités diverses était déjà réuni là bas. Acteurs, cinéastes, photographes, opportunistes…on aurait cru qu’ils avaient tous volé là, à peine la projection du film terminée, comme s’ils n’avaient attendu que cet instant. Les uns papotaient et souriaient tandis que les autres sirotaient du Champagne et hochaient leurs célèbres têtes d’un air entendu.

A la vue du buffet croulant sous les pâtisseries de chez Fauchon, j’avais senti gronder mon estomac, et enfin compris la raison de mon malaise. Un corps affaibli, privé de nourriture, et maintenu sous extrême tension pendant de nombreuses heures, plus de 12 heures dans mon cas, envoie les seuls signaux d’alerte dont il dispose, en l’occurrence ; tête qui tourne et évanouissement. J’avais été stupide de négliger de la sorte mon organisme pour ne privilégier que l’excitation produite par ce lieu et ces événements exceptionnels.

Aussi, je m’étais littéralement jeté sur les petits fours que j’avais englouti sans vergogne, sous les yeux médusés d’une vieille dame qui avait du connaître ces heures de gloire cinématographique à la période de l’entre deux guerres. J’avais soulagé ma faim tout en écoutant avidement Lola, the storyteller, me racontait dans le menu détail ce que j’avais raté durant mon sommeil involontaire de Belle au Bois Dormant au Palais des Festivals.

Elle m’avait cherché un bon moment et se trouvait dans le hall du Palais quand elle m’avait aperçu dehors par les portes vitrées, émergeant de la foule de fans hystériques, Wentworth me tenant la main. Elle L’avait vu m’aider à passer les portes du bâtiment, puis m’effondrer subitement dans SES bras.

« T’imagines pas ma surprise, j’ai rien compris de ce qui se passait ! Déjà j’ai halluciné de te voir avec LUI et ensuite voilà que tu tombes dans les pommes sans prévenir ! J’ai foncé vers vous comme une dingue ! »

Sa voix montait un peu plus dans les aiguës à mesure qu’elle progressait dans son récit. Elle redevenait elle-même.

« Bref, Lui et moi, on s’est retrouvé à genoux, toi au milieu, vautrée par terre, inconsciente… », merci Lola, je me passerais de ce genre de précisions, « …tu m’as foutu une des ses trouilles, ma vieille. En fait, tu nous as foutu une sacrée trouille à tous les deux, car je peux te dire que de là où j’étais, c’est à dire juste devant LUI. Mes yeux planté dans les SIENS. Excuse moi, mais malgré tout fallait que j’en profite ! Ben, IL avait l’air super angoissé et paniqué LUI aussi. IL a appelé à l’aide, et justement, SON attachée de presse a déboulé en une seconde. Elle devait être planquée pas bien loin, celle là ! »

J’en étais à mon 6e mini-éclair au café et je me préparais à engloutir une mini-tartelette à la fraise quand elle ajouta en me tirant par le coude :

« Tu vas enfin me dire ce que tu foutais avec LUI, ou quoi ?! »

« Raconte moi d’abord ce qu’IL a fait. »

Plus mon ventre se remplissait et plus les limbes de mon esprit se clarifiaient. Je n’avais plus qu’une seule pensée en tête : Savoir ce qu’il s’était passé.

« T’es vache !! Ce qu’IL a fait ?! IL a commencé à discuter sec avec la nana. Pam, elle s’appelle. D’après ce que j’ai pigé, elle voulait pas qu’IL reste là, elle a parlé d’un coup de fil qu’elle avait reçu, de quelqu’un d’important qui cherchait à LE joindre. IL a répondu qu’IL verrait ça plus tard. Mais elle a insisté en disant que ça allait pas être bon pour SON image et qu’IL avait un contrat à respecter. Parce que tu sais, ton petit spectacle inopiné n’est pas passé inaperçu, les photographes dehors se sont rincés l’œil, enfin l’objectif surtout. »

Je préférais ne pas penser aux photos qui risquaient sûrement de pulluler dans les magasines. Quelque chose me disait que mon meilleur profil serait loin d’être mis en valeur, avachie sur le sol telle une serpillière. Je priais pour que les flashs contre les vitres des portes rendent les clichés inutilisables.

« Et pis ça n’a pas eu l’air de plaire non plus aux vigiles du coin même si finalement, il y en a un qui est parti te chercher un verre d’eau. Bah, d’ailleurs, heureusement qu’on n’a pas attendu après lui parce qu’il est jamais revenu celui-là !! Le gars n’aurait pas bougé si Wentworth n’avait pas insisté lourdement. Oh, ça me fait trop bizarre de parler de Lui comme ça …En tous les cas, je L’ai senti très énervé à un moment. »

Elle ronchonna contre la galanterie masculine qui se perdait et j’acquiesçai tout en me léchant les doigts couvert de sucre glace. J’étais suspendu à son discours et je ne pensais qu’à LUI, et un peu aussi quand même à mon estomac qui se remplissait avec bonheur, et à mes forces qui revenaient.

« IL t’a dit quelque chose à mon sujet ? Pourquoi n’est-IL pas resté ? »

Lola arqua un sourcil et me lança un regard faussement vexé.

« Bah oui, IL m’a parlé, quand même. Il n’y en a pas que pour toi non plus ! » Je rougis, un peu gênée mais elle m’offrit un sourire assorti d’un clin d’œil, et poursuivit, « On a échangé nos identités si tu veux tout savoir. Mais on n’était pas vraiment dans une situation propice au badinage. En fait, quand IL a su que je te connaissais, IL m’a demandé si ça t’arrivait souvent de t’évanouir, et si tu avais des médocs à prendre. IL semblait sincèrement inquiet et concerné par ton état. » Elle fit une pause et me regarda d’un air interrogatif. « Tu peux m’expliquer pourquoi … ? »

« Après, promis. Mais s’il te plait, raconte moi la suite ! »

J’avais fini de contenter ma faim, et mon amie m’emmena près d’un pilier à l’abri du regard inquisiteur de la vieille star du noir et blanc qui commençait à nous agacer légèrement.

« J’ai failli LUI répondre que tu avais une maladie très rare, et que tu n’en avais plus pour très longtemps à vivre »

Elle pouffa devant mon air effaré.

« Mais SON attachée de presse est revenue à la charge, elle était super insistante, limite grave. Toi, tu bougeais toujours pas d’un cil, et je commençais vraiment à baliser ! Heureusement que j’ai vu arriver Théo, Ouais, heureusement, tu parles ! Un autre vigile s’est pointé aussi. Celui qui était là quand tu es revenue à toi. Il a dit à l’attaché de presse que tout était « under control » et que « Mister Miller » pouvait aller rejoindre les autres invités. Mais le Mister Miller, je te jure, Jeanne, IL avait vraiment l’air d’un enfant perdu. On aurait dit qu’IL, ben…comment dire, qu’IL …tenait trop à toi pour te laisser là…»

Elle fit une pause, et scruta mon visage en plissant les yeux comme si elle essayait de lire dans mes pensées. J’eus un geste de recul imperceptible. Elle émit une sorte de « hum… » significatif avant de poursuivre.

« C’est à ce moment là qu’IL s’est penché vers toi, IL a murmuré un truc, … « Jean », je crois. Il a caressé tes cheveux avec une délicatesse que jamais aucun homme n’a eu envers moi… Et pis, IL a déposé un baiser juste là. » Elle me toucha le front avec son index, « Ensuite, IL s’est adressé au vigile et a parlé d’un Doctor. IL m’a demandé de prendre soin de toi en attendant le gars au verre d’eau. Puis, IL s’est levé, et a suivi SON attachée de presse sans se retourner. Mais j’ai bien vu qu’IL avait l’air presque aussi désemparé que moi, et c’était évident qu’IL partait à regret… »

Cette fois, Lola se tut définitivement.

Je restai muette moi aussi, essayant d’imaginer SES lèvres sur mon front. Je n’avais absolument rien senti, rien entendu. Je m’adossai contre la colonnade de marbre en soupirant. Je n’arrivais toujours pas à croire que tout cela était vrai, seul le veston hors de prix que je portais toujours, et qui devait me donner l’air d’une clocharde, me prouvait pourtant que je n’avais pas rêvé.

Au bout de quelques secondes, je mis fin à la torture que mon silence infligeait à Lola. Je me mis à lui relater lentement, et en soignant les détails ma rencontre avec Wentworth sur le bord de mer. Revivant avec elle notre courte discussion, SA présence électrique, SON regard sur moi, SA délicate attention lorsqu’ IL avait remarqué que je grelottais et qu’IL m’avait prêté SA veste. Puis, la séance d’autographes musclée quand nous avions rejoint le Palais.

Lola ponctuait mon récit de petits cris, de soupirs, et de battements de mains hystériques. Je jubilais face à son air éberlué mais malgré toute l’affection que je lui portais, j’omis volontairement d’évoquer le baiser que nous avions failli échanger. Je souhaitai conserver pour moi ce souvenir intime. Ce moment magique, ce lien entre LUI et moi qui avait failli exister. Juste failli…

Par contre, j’allais lui parler du coup de téléphone lorsque justement une sonnerie de portable interrompit une fois de plus le déroulement de mon conte de fée. La source sonore ne devait pas se trouver bien loin de nous, et je reconnu la même mélodie que celle que j’avais entendu sur la plage. Plusieurs personnes tournèrent la tête dans notre direction, agacées par ce son malvenu. Ra !! ces gens qui ne peuvent pas vivre sans leur téléphone portable ! Lola leur renvoya leurs regards en haussant les épaules d’un air innocent. Mais la petite musique poursuivait sa rythmique et semblait décidément provenir de l’une d’entre nous. J’eue comme un déclic. Je réalisai subitement que SON téléphone était probablement resté dans la poche de SON veston. Je glissai alors discrètement une main à l’intérieur du vêtement, et ressorti le petit objet lumineux, offrant au monde entier la preuve que j’étais bien la coupable, celle par qui le bruit arrive.

Instinctivement, je baissai les yeux sur l’écran de l’horrible appareil où s’inscrivait en lettres bleutées le nom du correspondant en mal d’appel : Sarah W.C.

Sans réfléchir, je cliquai sur le bouton « off ».

jeudi, novembre 01, 2007

Time goes by...

Bonjour à tous mes lecteurs et lectrices avides !! ^^

Je viens pour vous remercier de vos nombreux et fréquents commentaires, tous tellement sympathiques !!

Je comprends que vous soyez impatients et déçus que je ne poste pas la suite de mon histoire et j'avoue que moi même je m'en veux un peu et je culpabilise :((

Mais, je n'ai plus trop de temps libre ces derniers mois suite à l'arrivée d'un adorable petit bout d' chou qui occupe bien mes journées, mes nuits et mes pensées !! lol

Peut être retrouverais-je bientôt le temps et l'inspiration pour terminer d'écrire les aventures de Jeanne à Deauville. Je vous tiendrais au courant soyez en sûrs !!!!

Bonne fête à tous puisqu'aujourd'hui c'est la Toussaint :))

Tchuss ! Raistlin the Almighty.

lundi, décembre 11, 2006

Chapitre 12 : Hystérie fanatique

Note : Les dialogues en anglais sont à la fin du texte. Merci à jndb et Sophie pour leurs conseils !

IL avait énoncé mon prénom à l’américaine, Jean, le prononçant avec un accent raffiné qui me plut énormément. En quelque sorte, IL s’appropriait mon nom, le modifiant selon l’image qu’IL se faisait de moi, pour mieux me le renvoyer et j’en étais flattée plus qu’il n’aurait été raisonnable de l’admettre.

J’aurais eu du mal à exprimer par de simples mots l’effet que produisait chez moi le son de SA voix. D’ailleurs, je devais bien avouer que toute SA personne exerçait sur moi un attrait puissant et indéfinissable que j’acceptais sans trop me poser de questions. Du moins, ne m’étais-je pas posée de questions tant qu’IL n’avait été qu’un nom sur un magazine, une image sur papier glacé ou un petit personnage haut comme trois pommes qui gesticulait à l’intérieur de mon écran d’ordinateur. Mais, à présent qu’IL était là, en chair et en os, et bien que je sache parfaitement que c’était la même personne qui se tenait en face de moi, j’avais l’étrange sensation qu’IL était différent, qu’IL n’était pas celui que je connaissais, ou plutôt que je croyais bêtement connaître, admiratrice idiote que j’étais. Je comprenais enfin qu’ici et maintenant, IL était LUI plus que jamais.

Je me demandais s’IL avait conscience de SON charme et si chacune de SES paroles n’étaient pas méticuleusement étudiées dans le but de séduire la gente féminine. Je songeais à ce coup de fil dont j’avais été témoin et qui attestait de SON attachement indéniable envers une autre femme. Cette actrice superbe qu’IL côtoyait quotidiennement dans SON univers auquel je n’appartenais pas. De toute évidence, IL avait de profonds sentiments pour elle, si j’en croyais les intonations qu’IL avait employées en lui parlant au téléphone. Je devais bien garder cela à l’esprit et ne pas me laisser envoûter par cet homme, dans ce décor tellement romantique.

Je tentais de reprendre le contrôle de mes sens et de la situation :

« Enchantée, Wentworth. »

Je lui offris un sourire maladroit qui sembla le ravir. Puis concentrant toute mon attention sur le col de SA chemise afin de contenir tant que possible l’envie qui me tiraillait de LE dévorer des yeux, et pas que des yeux, pour être honnête, je poursuivis :

« Vous n’êtes pas resté avec les autres pour regarder le film? »

IL rit et se débarrassa de SA veste qu’IL posa soigneusement sur la barrière derrière LUI. Puis écartant les bras, IL lança :

« Et bien, non, comme vous pouvez le constater, je suis là. Je n’ai pas pu résister à l’appel du grand air et je dois dire que l’atmosphère dans cette salle était assez…électrique. »

IL souligna ce dernier mot d’un regard lourd de sens qui me fit détourner la tête, gênée. Je me remémorai l’intimité du regard que nous avions échangé et me sentant rougir, je m’empressai d’ajouter :

« Oui, c’est vrai qu’il faisait plutôt chaud dans cette salle. C’est pour ça que je suis sortie moi aussi »

J’omis volontairement de lui parler de mes voisins et de mes ronflements disgracieux. IL répondit avec un air malicieux qui fit battre mon cœur un peu plus vite :

« Il faisait très chaud effectivement … »

Je voyais bien qu’IL tentait de m’entraîner vers une pente que je n’étais pas sûre de pouvoir remonter seule. Face à lui j’avais l’impression de perdre tous mes moyens et de ne sortir que des banalités affolantes. Si je ne faisais ou ne disais pas quelque chose d’intelligent très vite, IL allait se rendre compte de ma débilité profonde et finirait par me souhaiter une bonne fin de soirée en me plantant là sur les Planches.

Mais qu’attendait-IL de moi exactement ? Peut-être rien justement. Avant d’être acteur, IL était un étranger loin de chez LUI, peut-être juste en quête d’un moment agréable, dans un cadre plaisant, en compagnie d’une française. Dans une ultime tentative, bien entendu dénuée de toute originalité, je lui montrai l’étendue bleue-nuit dont les vaguelettes clapotaient dans l’obscurité.

« Vous aimez la mer ? Ici, c’est la Manche que vous voyez. »

« La Manche » répéta-t-IL en faisant chanter le mot de SA voix suave qui me faisait perdre la tête. Songeur, IL fixa SON magnifique regard sur l’immensité sombre et inquiétante qui se perdait dans les ténèbres bleutées. Ma remarque était banale et sans intérêt, franchement j’avais devant moi le héros qui hantait mes rêves depuis des mois et je lui sortais un cours de géographie française. Lola en aurait pleuré de désespoir ! Mais c’était sans compter sur la bonne éducation de mon compagnon qui me répondit poliment :

« Je n’ai pas eu l’occasion de venir l’admirer en pleine lumière et je le regrette. Mon emploi du temps a été très serré depuis mon arrivée. J’adorerais voir à quoi elle ressemble sous le soleil. »

J’ébauchai une moue dubitative, exprimant mon doute sur cette idée peu judicieuse :

« Je vous le déconseille. En journée, la plage est bondée de monde et vous n’auriez pas le temps de faire un pas sans être assailli par des hordes de fans, surtout en cette période de Festival. Ils sont tous aux aguets »

« Oh ?! » Souriant, IL ouvrit de grands yeux étonnés. « Je n’imaginais vraiment pas être aussi célèbre ici ! Mais, je veux bien vous croire. Justement, j’ai été suivi toute la journée par un groupe de jeunes filles plutôt…insistantes. J’ignore comment elles ont appris dans quel hôtel j’étais descendu mais elles m’attendaient lorsque je suis sorti du taxi et n’ont pas cessé de me suivre même après que je leur ai accordé les photos et autographes qu’elles réclamaient. Ca rend dingue, Pam, mon attachée de presse ! »

IL rit en secouant la tête avec complaisance. Je me rappelais que Lola m’avait décrit par téléphone le matin même cette fameuse scène de l’acteur débarquant à l’hôtel sous les cris hystériques de SES fans. Puis je songeai à cette femme, SON attachée de presse qui ne cessait de regarder sa montre la première fois où je L’avais entrevu dans le hall de l’hôtel Royal. Plus tard, je l’avais vaguement aperçu sur le tapis rouge. D’ailleurs, où était-elle passée ? Si ça tombe, elle était actuellement tapie dans l’obscurité entrain de nous épier pour s’assurer que son petit protégé ne risquait rien en ma compagnie, qu’IL respecterait l’horaire de SON agenda overbooké et ne rentrerait pas trop tard à la maison.

Je réalisai alors qu’IL avait certainement peu de temps à LUI quand IL participait à ce genre de festivals. IL ne venait pas pour faire trempette dans l’eau froide de la Manche, mais pour présenter SON travail. IL devait en permanence se conduire poliment et se rendre disponible pour les journalistes qui LE sollicitaient à longueur de temps, quémandant interviews, photos, ou déclarations en tout genre, sans se soucier vraiment de l’homme lui-même et sans rien donner en retour.

IL était acteur, très célèbre, et IL devait assumer. C’est LUI qui devait donner et les gens trouvaient parfaitement normal qu’IL soit ainsi exposé et qu’IL ne se plaigne jamais. Même lorsqu’IL avait évoqué les fans un peu collantes, c’était avec gentillesse et sans aucune méchanceté. Je l’admirai de plus en plus car je comprenais que ce moment que je partageais avec LUI était un cadeau inestimable de SA part, qui ne se reproduirait sans doute pas de si tôt. IL était venu s’isoler sur cette plage pour y trouver un peu du calme et de la solitude que SON statut de star LUI avait interdit toute la journée, et moi, avec mes gros sabots, je venais piétiner SON moment à LUI. J’eu honte et je restai muette quelques secondes incapable de LE regarder. Pourtant, je notais du coin de l’œil qu’IL m’observait à la dérobée.

« A quoi pensez-vous, Jean ? Vous semblez bien soucieuse. Quelle genre de soucis pourrait bien habiter une si jolie tête ? »

Baboum !! Mon cœur se mit à tambouriner comme un furieux dans ma poitrine, à une rythme qui aurait fait pâlir de jalousie Dave Lombardo derrière sa batterie, et je sentis la chair de poule se répandre sur ma peau telle une traînée de poudre s’enflammant. Jolie, moi ?

« Je…j’ai peur que vous m’associez à ces fans qui vous harcèlent. Je crains d’avoir gâché votre moment d’intimité…face au soleil couchant… »

IL stoppa ma phrase d’un doigt autoritaire mais prodigieusement délicat qu’IL posa sur mes lèvres, me prenant totalement par surprise et faisant exploser une myriade de sensations miraculeuses le long de ma colonne vertébrale.

« Chut ! Jean, vous n’avez rien gâché, bien au contraire. Vous avez rendu ce moment encore plus précieux. Je vous avouerais même que j’aurais souhaité le partager avec vous depuis le début. Vous ne gâcherez notre rencontre que si vous ajoutez un mot de plus. »

Tout en me parlant, IL avait rapproché SON visage du mien. SA voix était un murmure grave et sensuel qui s’infiltrait dans mes tympans et se diffusait dans tout mon être comme un alcool fort et enivrant. IL leva SON autre main et caressa une mèche de mes cheveux encore humide. IL sembla la contempler avec dans le regard une expression proche de l’admiration. Puis IL la glissa avec douceur derrière mon oreille, me faisant frissonner au contact de SA peau contre la mienne.

SON doigt était toujours là où IL l’avait posé et je ne saurais dire combien de temps nous restâmes ainsi à nous fixer les yeux dans les yeux. Je lisais de l’indécision dans les SIENS alors qu’IL devait probablement lire de la terreur dans les miens. Nos souffles s’étaient imperceptiblement accélérés, mais nous ne bougions pas, savourant cette limite, cette frontière que nous n’osions pas franchir. Il aurait été si facile pour moi de lâcher les chaussures que je tenais toujours à la main et d’appuyer mes deux paumes sur SON torse pour me hisser sur la pointe des pieds et l’embrasser. Dans le silence de cette nuit extraordinaire, IL aurait penché la tête pour accueillir mon baiser et le plus naturellement du monde nos lèvres se seraient unies. Je savais que ce genre de moment aussi intense qu’éphémère ne se vit qu’une fois. Quoi qu’il arrive par la suite, le premier baiser restait unique. Il ne fallait rien précipiter, mais au contraire retarder pour mieux savourer.

Je devinai au léger tremblement de SA main qu’IL avait la même pensée que moi. Nous hésitions à rompre le charme qui nous enveloppait, conscients que tout pouvait basculer. Je le vis accentuer l’intensité de SON regard comme s’IL sondait mon visage en quête d’une réponse, d’une confirmation de ma part. Pourtant, je restai inerte, incapable d’exprimer autre chose qu’une peur incontrôlable. Peur de tout gâcher, peur de m’abandonner, peur de souffrir…

SON doigt glissa comme à regret, libérant mes lèvres qui ne demandaient pourtant qu’à rester prisonnières de SON toucher. IL ne recula pas et je détaillai SA bouche à quelques centimètres de mon visage, ourlée et sensuelle, bien réelle, trop réelle, entrouverte sur un appel muet. J’avais l’impression de LA voir palpiter, impatiente, dans l’attente de baisers passionnés. Mes baisers ?

Mon cerveau bouillonnait de questions qui s’entrechoquaient en tous sens. Je ne connaissais pas cet homme, je ne l’avais jamais vu autrement que derrière un écran de télévision et aujourd’hui, j’étais à deux doigts de l’embrasser. Comment pouvais-je croire que quelque chose pouvait naître ce soir entre nous ? IL était une star internationale, je n’étais probablement rien qu’une conquête de plus dans SON escarcelle de séducteur. Mais non, je savais qu’IL n’était pas comme ça, pas comme Théo, ce n’était pas SON genre. Vraiment ? Qu’est-ce que j’en savais ? J’avais lu quelques interviews, d’accord des tas d’interviews, et je l’avais écouté s’exprimer à l’écran et avec ça, je prétendais le connaître ? SON cœur appartenait forcément déjà à une autre, bien qu’IL persiste à déclarer le contraire en public. IL préservait SA vie privée, IL préservait celle qu’IL aimait et qu’IL avait appelé tout à l’heure. Sarah.

Si je me laissais aller et s’IL m’embrassait, où cela allait-il nous mener, me mener ? Cela signifierait tellement pour moi, mais pour LUI ? La tête se mit à me tourner et je me sentis totalement incapable de raisonner logiquement plus longtemps. Mon esprit me hurlait de ne pas réfléchir, de tout oublier et de répondre sans délai à SON appel, d’assouvir ce désir qui me déchirait le ventre et d’embrasser voracement cette bouche offerte. Je vacillai légèrement et me laissai aller à poser une main timide contre SON torse. Aussitôt, je sentis vibrer sous mes doigts les pulsations de SON cœur et je m’émerveillai des ondulations régulières qui soulevaient SA poitrine au rythme de SA respiration un peu plus rapide que la normale. J’appréciai la texture soyeuse de SA chemise et testai avec délice la douce chaleur qui émanait de toute SA personne et qui s’insinuait sous ma paume largement ouverte.

Je sentis SES muscles se bander légèrement lorsque j’accentuai la pression de mes doigts et je vis frémir SES narines lorsque lentement je me dressai sur la pointe des pieds pour me rapprocher de LUI. Au moment précis où nos lèvres s’effleuraient, une petite mélodie au son robotique déchira le silence, nous faisant sursauter et relever la tête à l’unisson, totalement déboussolés.

A mon grand étonnement, je l’entendis jurer : « Damn it ! »

Malgré l’immense déception qui m’envahissait, je ne pus m’empêcher de songer que je ne L’aurais jamais imaginé utilisant ce type de vocabulaire plutôt vulgaire.

« C’est mon portable. Je suis désolé, je pensais l‘avoir éteint après … »

IL ne termina pas SA phrase et me jeta un regard gêné. IL s’éloigna pour piocher dans la poche intérieure de SA veste de smoking toujours posée sur la barrière où le nom d’Harrison Ford s’étalait en lettres peintes pour la postérité. Ignorant tristement Indiana, je regardai SES belles mains fouiller avec agacement et extraire le petit appareil qui continuait à émettre une mélodie que je ne reconnaissais pas mais qui détruisait sans aucune pitié l’atmosphère calme et romantique de ce lieu enchanteur. Le son de cette machine était aussi insupportable que celui de mon propre téléphone, si ce n’est encore plus horripilant, si l’on considérait qu’il avait choisi le moment le plus inapproprié pour se manifester à nos oreilles.

Désespérée, j’observai avec passion l’homme séduisant et terriblement attirant qui me tournait à présent le dos. J’aurais tout donné pour que ce téléphone n’ait jamais sonné. IL regardait avec hésitation le cadran lumineux qui affichait le nom de son correspondant et après une seconde de réflexion, je fus stupéfaite de le voir éteindre l’appareil sans le décrocher, stoppant ainsi les notes de musique artificielles.

« Ce n’est pas important »

Il enfourna l’appareil dans SA poche et se décida enfin à poser les yeux sur moi. Le charme était définitivement rompu et nous étions tous les deux mal à l’aise, indécis et, déçus. Je savais qu’il fallait absolument que je dise quelque chose pour empêcher qu’un silence affreux s’installe entre nous. Mais, je frissonnais incapable de dire un mot.

« Vous avez froid ? »

En parfait gentleman et avant que j’ai pu protester, IL avait déployé SA veste et je fermai les yeux lorsqu’IL m’enveloppa de SES bras immenses pour passer le vêtement dans mon dos. Un rêve, tout cela n’était qu’un rêve et j’allais bientôt me réveiller, en train de ronfler, j’en étais certaine ! Pourtant, je ne me réveillai pas et lorsque je rouvris les yeux, IL était toujours là, SA large stature me surplombant et me donnant une sensation de sécurité nouvelle et terriblement agréable que j’aurais voulu ne jamais quitter. Un éclair de lucidité me ramena soudain à la raison et comme IL finissait d’ajuster la veste sur mes épaules, je lançai :

« Je pense que je ferais mieux de retourner là bas, mon amie doit commencer à s’inquiéter de mon absence »

Ôtant doucement SES bras de mes épaules frissonnantes, IL acquiesça sans un mot et se mit aussitôt en marche. La mort dans l’âme mais sans un regard en arrière, je LUI emboîtai le pas et nous quittâmes les Planches, ce lieu magique où nous nous étions rencontrés, nous dirigeant vers le Palais des Festivals, ce lieu impersonnel où nous allions nous séparer. LUI, réintégrerait SON rôle d’acteur célèbre et moi celui de « rien du tout ».

Nous marchions côte à côte silencieusement. La tête basse et le cœur lourd, je fixai mes pieds toujours nus et couverts de sable. Je n’avais pas envie de remettre mes chaussures et d’ajouter une torture supplémentaire à mon corps déjà suffisamment abîmé pour la soirée. Les volants aériens de ma courte robe dépassaient à peine de la veste bien trop grande pour moi et qui pesait lourdement sur mes épaules. Elle était délicieusement imprégnée de SA chaleur, de SON odeur et j’avais un mal fou à me concentrer sur autre chose que sur son propriétaire près de moi. A quoi pensait-IL ? Regrettait-IL ? Je risquai un oeil dans sa direction. Comme moi, IL fixait le sol, les mains dans les poches. Perdu dans SES pensées, IL était à des milliers de lieux de moi et je ne l’avais jamais trouvé aussi sexy. La large ceinture-bandeau d’un noir satiné qui lui ceignait la taille contrastait avec le blanc immaculé de SA chemise, lui donnant une allure folle. Je dus me mordre la lèvre pour ne pas pleurer et me retenir de me jeter dans SES bras pour sentir encore SON corps contre le mien.

Les lumières de la ville commençaient à se faire de plus en plus présentes comme nous approchions du Palais, et des photographes qui avaient élus domicile au pied des barrières. Un hurlement strident nous fit brusquement lever la tête et je découvris avec effarement le groupe de fans que j’avais repéré en sortant du bâtiment et qui actuellement fonçait droit sur nous. Ou plutôt, droit sur LUI, à en juger par le « Wennnnt !!!! » hystérique que ces charmantes demoiselles hurlaient sans vergogne. L’une d’elle plus rapide que les autres déboula sur nous tel un Highlander chargeant à la bataille de Culloden. Mon compagnon se figea instantanément et je m’arrêtai derrière LUI, un peu effrayée, je dois dire. Je l’entendis me conseiller calmement de ne pas m’inquiéter et qu’IL allait régler ça sans esclandre. IL accueillit gentiment la première nana complètement allumée et leur échange me confirma qu’elle faisait partie des filles qui L’avaient poursuivi de leurs assiduités toute la journée. Poliment, IL lui demanda ce qu’elle faisait encore là aussi tard et la groupie surexcitée et qui sautillait littéralement sur place, baragouina dans un anglais minable qu’elle et ses amies passaient par hasard devant le Palais quand elles l’avaient aperçu de loin revenant du front de mer. Par hasard, mais oui, bien sûr … Je me demandai si elles LE prenaient vraiment pour un demeuré. Les autres filles rejoignirent la première et commencèrent à jacasser toutes en même temps sans vraiment LUI adresser la parole directement, ni même essayer d’engager une véritable conversation. Elle me jetèrent à peine un regard mais me bousculèrent généreusement et grossièrement dans leur tentative pour s’approcher le plus possible du jeune homme. Elles étaient trop occupées à le prendre en photo et à pouffer comme des greluches sans LE quitter des yeux pour songer à se tenir un tant soit peu décemment. Ce n’était que :

« C’est LUI, t’as vu ?! », « Oh, là, là, qu’est ce qu’IL est beau ! », « Oh, Went ! Un autographe, pliiiize ! »

L’acteur se plia sans rechigner à leurs exigences et se lança dans une série de signatures exécutées quasiment à la chaîne. Il leur fallait combien d’autographes à ces nanas ?! A ma grande inquiétude, le groupe semblait grossir à vue d’œil et les fans agglutinés commençaient à réclamer des photos chacun leur tour quand l’un des gorilles du Festival qui avait enfin repéré notre attroupement se détacha de son poste de surveillance et arriva vers nous, prestement, une main sur son oreillette, appelant sûrement du renfort.

« Mesdemoiselles, Mesdemoiselles !!! Reculez s’il vous plait !! »

Les jeunes filles s’éparpillèrent telle une nuée de mouche devant une tapette fendant l’air pour mieux revenir aussitôt s’agglutiner autour du pot de miel alléchant qu’elles n’étaient pas prêtes de lâcher si facilement. Au milieu de tout ça, l’objet de leur engouement semblait légèrement dépassé par les événements. Sans tergiverser plus longtemps, Securitman, à l’efficacité redoutable, attrapa fermement le bras de l’acteur pour l’aider à se libérer de ces femelles en transe.

Une seconde, je me vis abandonnée, laissée en arrière, oubliée au milieu de cet essaim d’insectes bourdonnants et incommodants. Mais juste avant que l’homme de la sécurité ne L’emmène, mon héros s’empara de ma main libre, l’autre tenait toujours mes superbes chaussures à talons hauts, et je fus propulsée à la suite des deux hommes, vers le tapis rouge et l’entrée du Palais, laissant sur le carreau le groupe de nanas hystériques que l’équipe d’hommes en noirs essayait vainement de repousser et qui continuait à hurler le nom de leur acteur fétiche. Ce dernier, toujours calme et posé et une fois en sécurité, leur offrit généreusement un dernier signe de la main.

« Mister Miller, je suis désolé, je ne vous avais pas vu sortir et je n’ai pas surveillé votre retour. J’aurais dû vous éviter ça. »

« Ce n’est rien, ça ira, merci. J’avais réussi à passer inaperçu en sortant, dommage que ce n’ait pas été le cas en revenant. »

L’homme taillé comme une armoire à glace s’éloigna, affichant l’air coupable de celui qui n’a pas fait son travail correctement et j’eu presque de la peine pour lui. Je jetai un regard vague et incertain vers la foule qui se pressait contre les barrières et qui semblait grossir de façon exponentielle. Est-ce que c’était toujours comme ça quand IL sortait dans la rue ? Je n’osais m’imaginer vivre une telle pression au quotidien et ne pas pouvoir circuler tranquillement sans être assaillie de la sorte. Je remarquai que les photographes n’avaient pas raté une miette du spectacle et je réalisai qu’ils avaient du me prendre en photo avec SA veste sur le dos. Il n’en faudrait pas plus pour confirmer la rumeur née cet après midi sur le tapis rouge. J’allais sûrement devenir la French Girlfriend du célibataire le plus convoité du Festival de Deauville. Et si Sarah tombait sur nos photos dans les magazines ?

Je sentis un bras entourer mes épaules et une voix rassurante me chuchoter au creux de l’oreille :

« Are you OK Jean ? J’ai eu peur que vous ayez été malmenée dans la cohue.”

Je tournai les yeux vers LUI et lus une inquiétude sincère teinter SES prunelles vert-noisette.

« Je vais bien, merci. Tout va bien…Wentworth. »

Les muscles de mon corps démentirent pourtant mes paroles et je me sentis flancher complétement alors que toutes mes forces me fuyaient. N'y tenant plus, je me blottis contre LUI, et je sentis SON étreinte, solide et rassurante se resserrer autour de moi, tout naturellement. Je plissai les yeux et LE laisser me guider vers l'intérieur du bâtiment, la tête posée sur cette épaule que je pensais avoir définitivement perdue. Mais avant de passer les portes vitrées, je captai l'image fugace mais détonante d'une Lola éberluée aux yeux écarquillés comme deux soucoupes et qui du hall illuminé nous regardait avancer dans sa direction. Ma Lola, si tu savais ...

_________________________

" Pleased to meet you, Wentworth "

“You are not watching the movie with the others ?”

“As you can see I’m not. I’m here right now. I couldn’t resist to come and have a deep breath of fresh air. I must say that the atmosphere inside this building was quite … electrical

“Yes, it was quite warm in there. That’s the reason why I chose to go out too”

“Quite warm indeed …”

“Do you like the sea ? This one is called La Manche”

“La Manche”

“I missed the opportunity to come and admire it in full light and I regret it. My agenda has been much tight since I arrived. I’d love to see what it looks like when the sun shines.”

“I wouldn’t advice you to do so. During the day, the beach is crowded with people and you wouldn’t have time to walk without a bunch of fan running after you. Particularly during the festival which catches everyone’s attention”

“Oh ?! I didn’t imagine that I was that famous here ! But, I’m willing to believe what you say, because actually I’ve been followed the all day long by some young ladies, quite … demanding. I don’t know how they knew my hotel but they were waiting for me when I stepped out of my taxi and they kept spying on me even after they got the pictures and autographs they were asking for. It drives crazy my press attaché, Pam.”

“A penny for your thoughts Jean. You look worried. What kind of problem can bother such a pretty face ?”

“I…I’m afraid that you think I am the same kind of disturbing fan that runs after you. I’m afraid I spoiled your intimacy…watching the sundown”

“Hush ! Jean, you didn’t spoil anything, on the contrary. You made this moment even more precious to me and I wish you were here since the very beginning.”

“That’s my cellular. I’m sorry, I thought I had turned it off after …”

“That’s not important”

“You’re cold ?”

“I think I’d better go back there, my friend is going to worry about me.”

“Mister Miller, I am sorry, I didn’t see you going out, neither coming back. I should have prevented such an incident.”

“It’s OK, it’s nothing. I managed to be invisible when I went out but unfortunately I couldn’t do the same while coming back.”

“Are you Ok Jean ? I got scared that you were hurt by the crowd.”

“I’m fine, thanks. Everything’s fine … Wentworth.”

dimanche, décembre 03, 2006

Chapitre 11 : Moonskin

Note : Pour des raisons de facilité de lecture, les dialogues censés se dérouler en anglais sont rédigés en français dans le corps du texte. Mais vous trouverez les dialogues en version orginale à la fin du chapitre. Bonne lecture !


Il me fallut plusieurs longues minutes pour émerger de ma torpeur et de mes larmes. Ce furent finalement les élancements douloureux de mes genoux nus sur le sol froid et dur qui m’obligèrent à me relever. Je ravalai un dernier sanglot et prenant une grande inspiration, je rejetai mes cheveux en arrière.

Allez ma vieille, comme dirait Lola, reprends toi ! Une fois debout sur mes deux jambes, en équilibre précaire sur mes éternelles chaussures de torture, je fis tourner le bouton du robinet et un filet d’eau fraîche me coula entre les doigts. Je plaçai mes deux mains en coupe et m’aspergeai le visage du liquide bienfaiteur que j’avais recueilli, ce qui soulagea sur le moment la fièvre qui me consumait. Je pressai mes deux mains sur ma peau brûlante en quête d’un peu de fraîcheur. J’avais faim, j’avais sommeil, j’étais malheureuse, je n’allais tout de même pas tomber malade par-dessus le marché ?! C’était sûr qu’avec la robe que j’avais sur le dos, je ne risquais pas d’être habillée pour l’hiver mais quand même, nous étions encore en été et il faisait très bon. Non, je n’avais pas pris froid, j’étais juste trop bouleversée par tous ces événements et mon organisme accusait le coup à sa manière.

Je restai sans réaction devant l’image de moi que me renvoyait le miroir. Le rimmel et le mascara avaient coulé et dessiné des rigoles noires le long de mes joues me donnant l’apparence gothique idéale pour apparaître aux côtés de la somptueuse Sharon dans un clip de Within Temptation. Malheureusement ce n’était pas au programme.

Mes yeux bouffis étaient aussi rouges que mes lèvres encore légèrement colorées des vestiges de son maquillage originel et en m’aspergeant j’avais trempé une bonne partie de mes cheveux qui se retrouvaient à présent collés sur mon front. Je refusai d’en voir plus et je plongeai à nouveau les mains dans le lavabo pour remplir le creux de mes paumes à cette source artificielle. Je m’éclaboussai le visage encore et encore, me frottant vigoureusement les joues, les paupières et la bouche. Je voulais redevenir Jeanne, celle que je connaissais, celle qui avait quitté Paris ce matin le cœur battant mais le pied léger et l’esprit guilleret.

Les couleurs du maquillage se diluaient au contact de l’eau, glissant entre mes doigts telle une cascade bigarrée achevant sa chute sur la faïence blanche du lavabo. Rouge, noir et marron se mêlaient sans distinction dans la cuvette, filant vers le siphon qui avalait cette mixture sans même un glouglou. Après avoir réitéré l’opération une bonne dizaine de fois, je m’arrêtai enfin, considérant que si je continuais, j’allais commencer à attaquer la peau elle-même et que je risquais de finir en lambeaux, ce qui n’était pas forcément la meilleure des solutions alternatives à mon humeur morose.

Avec un soupir, je posai mes deux mains sur le rebord du lavabo et m’autorisai un regard dans le miroir. Mes cheveux emmêlés et mon visage rougi dégoulinaient, mais c’était bien moi que je reconnus, Jeanne, et j’en fus rassurée. Imitant Julia, j’attrapai une serviette en papier avec laquelle je me tamponnai le visage. Je me mouchai au passage expulsant par ce geste hautement symbolique tout mon chagrin et mes idées noires.

Je n’avais pas de baise-en-ville, ce petit sac traditionnel qui contenait l’attirail de survie de la femme type qui se rend en soirée. Je n’avais pas suffisamment l’habitude de sortir pour y avoir pensé et Lola m’avait catégoriquement interdit d’emporter mon sac besace. A l’hôtel, elle me l’avait arraché des mains et l’avait fourré dans la penderie de Théo à côté de mon vieux sac Adidas. J’étais partie munie uniquement de ma carte-pass. Je l’avais glissée dans mon décolleté et je vérifiai d’ailleurs qu’elle s’y trouvait toujours. Je n’avais donc pas de peigne ou de brosse et j’utilisai mes doigts pour démêler mes mèches rebelles, que je plaquai en arrière. De toutes façons, je savais très bien qu’en séchant ma chevelure prendrait comme d’habitude le pli qu’elle souhaiterait, quelque soit l’effet que j’essaierais de lui donner. Nature-Jeanne était de retour !

Mes yeux se posèrent sur le tube de rouge à lèvres abandonné à mes bons soins par Julia. J’avais encore du mal à y croire. J’attrapai l’objet et le fis rouler entre mes doigts, déchiffrant sans grand étonnement la marque Revlon qui s’étalait en lettres calligraphiées sur le capuchon. Pas de doute, les stars avaient du goût, et des moyens surtout. Je glissais le tube dans mon décolleté, il commençait à y avoir du monde là dedans, mais je ne voyais pas d’autre endroit où le dissimuler et le tenir à la main risquait de réchauffer et de ramollir son contenu. Même si j’avais eu ma dose de maquillage pour la soirée, peut-être aurais-je un jour l’envie d’utiliser ce petit présent et de me sentir Pretty Woman l’espace d’un moment. Il était hors de question que je ne le garde pas sur moi.

Prenant mon courage à deux mains et prête à affronter l’homme qui devait certainement m’attendre derrière la porte, je sortis en bombant le torse et en avalant une grande bouffée d’air pour ré-oxygéner mon cerveau embrumé.

Déception. Il n’y avait plus personne dans le hall. Personne qui m’attendait derrière la porte, ni derrière la colonne de marbre. IL avait probablement terminé son appel téléphonique et rejoint SA place dans l’auditorium. Avait-IL seulement attendu ne serait-ce qu’une minute que je ressorte des toilettes ? J’ignorai avec férocité la boule qui recommençait à croître au fond de ma gorge et je décidai rageusement qu’IL devait arrêter d’être maître de mes émotions. Après tout, IL n’était rien, personne, et s’IL ne s’intéressait pas à moi, tant pis pour LUI.

Certes, IL m’avait gentiment offert SON aide sur le tapis rouge quand j’avais tenté et raté un superbe double-loop piqué fort peu opportun, c’est juste qu’IL était un vrai gentleman.

OK, IL m’avait invitée à l’accompagner, faisant de moi SA cavalière devant les caméras du monde entier, c’est juste qu’IL n’avait trouvé personne d’autre, et que Sarah n’était pas là.

D’accord, IL avait dit qu’IL me retrouverait au cocktail, c’est juste qu’IL devait penser que je voulais l’interviewer entre deux verres.

Bon, IL avait semblé touché par la poésie de notre contact visuel dans la salle de cinéma, c’est juste qu’IL s’était souvenu brutalement qu’IL devait appeler cette femme, celle qu’IL aimait.

Je ne voyais pas d’autre explication et tout me paraissait de plus en plus évident. Je n’avais été qu’une sombre idiote durant toute cette pathétique soirée. Cette idée fit émerger au creux de mon estomac, une pointe de colère qui ne demandait qu’à croître et à s’alimenter de toutes mes frustrations accumulées.

Je n’avais plus envie, mais alors plus du tout envie de retourner m’asseoir dans cette salle obscure aux côtés des deux faux tourtereaux, désolée Lola, des voisins ronchons qui ne manqueraient pas de faire encore des remarques si j’osai remettre les pieds dans leur rangée, du couple Potter et surtout, surtout !,de leur compagnon sans intérêt.

Décidée, j’empruntai d’un pas assuré le gigantesque escalier qui remontait vers l’entrée du palais. L’hôtesse du début de soirée me servit un sourire neutre alors que je passais les fameuses portes principales qu’on avait voulu m’interdire quelques heures plus tôt. Visiblement, comme je sortais, cela ne posait plus aucun problème à personne. Tout ceux qui avaient un quelconque intérêt, en l’occurrence, les stars, étaient actuellement enfermés dans les profondeurs obscures du palais.

Une fois dehors, je pus vérifier que foule en délire et effervescence journalistique n’étaient plus de mise. En effet, même si une poignée de photographes gravitait encore en périphérie de l’allée dans l’espoir de glaner une dernière photo, cela n’avait plus rien à voir avec ce que j’avais expérimenté plus tôt dans la journée. Les gardes de la sécurité avaient eux aussi quasiment tous disparus, hormis un ou deux strictement vissés à leurs postes de surveillance. Sérieux et concentrés. Je compris leur crainte en repérant sur le trottoir d’en face un groupe de jeunes gens, principalement des filles qui squattaient le bitume dans la traditionnelle posture du fan à l’affût. Je n’enviais pas leur position ingrate bien que la mienne ne soit pas plus glorieuse. Ils espéraient entrevoir leurs idoles, peut être obtenir un autographe et moi qui avait eu la chance au moins ce soir, d’être admise dans le cercle fermé des stars, je ne songeai qu’à m’en éloigner. Ironie du destin et injustice de la vie.

Etouffant un bâillement, je me faufilai entre deux barrières sans me faire remarquer. Mais j’avais à peine fait deux pas sur le trottoir inégal et bosselé, que je compris que je n’irai pas bien loin si je conservai mes talons hauts. Je ne résistai plus à l’envie qui me démangeait d’ôter ces objets de torture inhumains. Avec un soupir d’aise, je massai légèrement la plante de mes pieds, puis me remis en marche, le pied nu et léger, enfin libre. Tenant les jolies chaussures à la main, je me dirigeai d’un pas connaisseur vers le front de mer. Je me souvenais avoir souvent déambulé par là à l’époque où j’avais travaillé à Deauville. Je retrouvai donc facilement mon chemin et bifurquai au coin de l’imposant bâtiment que je venais de quitter.

Je n’eus qu’à traverser la rue pour l’apercevoir. La mer. Par chance, nous étions à marée haute et je reconnus avec plaisir le murmure familier des vagues venant s’échouer sur la plage. Inconsciemment, j’accélérai le pas, pressée de m’approcher de cette immensité qui m’avait toujours fascinée.

La nuit était tombée, prenant largement ses quartiers dans les moindres recoins de la ville. Le combat nocturne avait commencé, qui opposait les ombres envahissantes aux lumières artificielles des lampadaires. Qui gagnerait cette nuit ? Je songeai avec amusement que seule une panne de courant pourrait faire basculer de façon conséquente le dénouement de cette bataille éternellement répétée.

Heureuse sans raison, je m’éloignai du champ de bataille en sautillant pour pénétrer dans la partie du monde déjà conquise par les ombres de la nuit et, je posai les pieds sur les Planches. Cette célèbre allée recouverte de lattes de bois longeait la plage d’un bout à l’autre. Elle était bordée de cabines aux couleurs et aux mosaïques de style marin, séparées par des barrières blanches sur lesquelles s’étalaient les noms d’acteurs, actrices et cinéastes qui avaient participé au Festival et gagné leurs places au Panthéon des plus grands. J’avais toujours aimé venir lire ces noms évocateurs de souvenirs, mais ce soir, mon esprit voguait déjà sur l’étendue d’eau bleue nuit qui s’étalait à perte de vue sous mes yeux éblouis.

Bien que la lumière ait en partie délaissé ce royaume de bord de mer, je discernai tout de même parfaitement les rangées de parasols multicolores plantés dans le sable, repliés sur eux mêmes et fermés d’un gros nœud. Je savais qu’ils seraient redéployés dès le lendemain matin pour accueillir les nombreux touristes. Cet endroit me plaisait, il m’avait toujours plu. Je respirai à plein poumons l’air iodé et m’emplis les oreilles du son doucereux et apaisant du ressac.

Je m’approchai et fermant les yeux, je m’imprégnai de cette atmosphère nocturne marine si particulière. N’y tenant plus, j’enfonçai mes pieds dans le sable encore gorgé de la chaleur du soleil emmagasinée dans la journée. Rouvrant les yeux, je vis avec ravissement que l’astre solaire n’était pas totalement couché à en juger par l’arc de cercle rouge-orangé encore visible sur la ligne d’horizon. Ses couleurs vives tranchaient au loin, mouchetant magnifiquement l’eau bleue pétrole telle une coulée volcanique mouvante et en fusion. Je laissai échapper un soupir de bien être et écarquillai les yeux afin de photographier dans ma mémoire le plus d’images possibles qui m’aideraient à supporter la grisaille parisienne que je retrouverai bien trop vite. Je me sentais merveilleusement bien, en totale harmonie avec les éléments qui m’entouraient. Une brise légère ébouriffa mes cheveux humides mais je les laissai s’éparpiller autour de mon crâne, me souciant peu de mon apparence dans ce lieu où je me croyais seule.

Seule ? Dans mon dos, une voix sortie de la nuit me prouva le contraire en me faisant sursauter. Elle était grave et posée, masculine. Elle s’exprimait dans un anglais dont l’accent américain singulièrement doux sonnait agréablement à mon oreille. Elle s’adressait à moi :

« Vous avez manqué le coucher de soleil. Comme c’est dommage ».

Je pivotai sur moi même avec une lenteur étudiée, comme au ralenti. IL se tenait dans l’ombre, de l’autre côté des Planches, près d’une cabine de plage. Appuyé contre l’une des barrières blanches, une main dans la poche et l’autre serrée autour du col de sa veste de smoking qu’IL avait ôté et tenait nonchalamment par dessus l’épaule. IL fixait l’horizon et ajouta sans me regarder :

« C’est un moment tellement pur, tellement fascinant. Le genre de moment qui donne l’impression de toucher l’essence même des choses. D’être proche de la Vérité. Ne trouvez-vous pas ? ».

Une question simple, et pourtant si personnelle, qui touchait au cœur même des sentiments humains révélés par la magie d’un coucher de soleil. En prononçant ces quelques mots, IL venait de me livrer spontanément un bout de LUI même. Ce qu’IL ressentait au fond de LUI en cet instant magique. Et je savais sans le moindre doute qu’IL ne m’en aurait pas voulu si je n’avais pas accepté de me confier en retour.

Pourtant, tout à fait naturellement, comme si la situation n’avait rien d’extraordinaire, j’employai SA langue que je pratiquais couramment et LUI offris sans hésiter la seule réponse qui me vint à l’esprit :

« Je me suis toujours sentie toute petite devant les innombrables beautés que recèle notre planète. Je comprends et je partage votre fascination ».

IL détacha SON regard de la ligne écarlate qui finissait de disparaître dans les profondeurs marines pour s’en aller renaître de l’autre côté de la Terre. IL était à demi invisible dans la pénombre et je me tenais à plusieurs mètres de LUI, néanmoins, je vis nettement SES prunelles lumineuses se poser sur moi. Je fus étonnée de ne pas ressentir l’habituelle décharge électrique qu’elles provoquaient toujours chez moi. Au contraire, je sentis chaque muscle de mon corps se détendre tandis qu’une douce chaleur se diffusait dans mes veines tel un sérum de vie éveillant de multiples sensations plus agréables les unes que les autres. Comme envoûtée, j’avançai alors vers LUI. Mes pieds couverts de sable crissèrent sur les Planches et m’arrêtant à quelques pas de LUI, je LE vis jeter un œil vers mes orteils et ébaucher un sourire.

« Je vois que vous avez ôté vos chaussures ? Vous deviez être plus à l’aise dans l’autre paire, n’est-ce pas ? ».

Je rêvais ou IL faisait vraiment allusion à mes Docs entrevues dans l’ascenseur ? Cette conversation ne pouvait pas être réelle. LUI, ici devant moi. Nous deux, seuls, dans ce lieu terriblement romantique. Je bafouillai « N…No…Yes…» et, baissai vivement les yeux sur mes pieds. Je fus honteuse du vernis qui recouvrait mes ongles et qui commençait à s’écailler. Instinctivement, mes orteils se recroquevillèrent et je rougis, bénissant l’obscurité qui dissimulait mes petites imperfections. Lorsque je relevai la tête, ce fut pour accueillir la caresse de SES pupilles posées sur moi. Je me sentis vaciller et dû faire un effort surhumain pour ne pas défaillir. Certainement habitué à faire ce genre d’effet sur les femmes, en plus je ne devais pas être des plus discrètes, et devinant mon trouble, IL arqua un sourcil moqueur et lança en montrant SES propres pieds chaussés de mocassins vernis :

« Moi aussi je souffre le martyre là dedans, croyez moi ! ».

Spontanément, nous éclatâmes de rire, transformant ce moment un peu gênant en une complicité absolument délicieuse. Je m’émerveillai devant SA franchise et cette façon tellement sincère de s’exprimer, sans artifice, comme une personne normale malgré SON indéniable statut de star. Je me sentis complètement en confiance face à cet homme incroyable. Oubliant toute gêne, j’osai :

« Je voulais vous remercier pour tout à l’heure, sur le tapis rouge. Vous savez… ».

« Oh, ça ? » IL laissa échapper un adorable petit rire « Il faut que je vous avoue quelque chose. Lorsque je me suis retourné et que je vous ai vue, j’ai cru voir un ange tombé du ciel. C’est vous qui m’avez sauvé de tous ces photographes insistants. Et puis, Mon Dieu, votre robe… Qui n’aurait pas voulu voler à votre secours ? ».

Interloquée, je vis le sourire coquin qui s’étalait sur SES lèvres mais ne pus manquer de remarquer aussi le regard appréciateur qui glissa imperceptiblement sur le fameux vêtement puis remonta très vite vers mon visage. J’avais la gorge aussi sèche que le désert du Sahel.

« Oh !? ».

IL sortit la main de SA poche et se gratta d’un air gêné la base du cou. Geste familier qu’IL effectuait souvent dans la série. Je ne pouvais détacher mes yeux de SES longs doigts ainsi occupés. Finalement, se rendait-IL vraiment compte de SON pouvoir de séduction ? Peut être le faisait-IL exprès après tout. C’est pourtant d’une voix bien timide et mal assurée, à l’opposé de celle d’un séducteur confirmé, que je l’entendis poursuivre :

« C’est étrange mais, dès mon arrivée ici, j’ai eu la sensation que quelque chose m’attendait. Je veux dire, autre chose, plus qu’une simple reconnaissance professionnelle. Et puis, étrangement je n’ai pas arrêté de vous croiser. Et même ici, sur cette plage, où je pensais pourtant être seul…».

SON regard paraissait on ne peut plus sérieux. A quoi jouait-IL ? J’étais perdue, je ne comprenais plus rien. J’avais la sensation de m’envoler loin, très haut, à des milliers de lieux de moi-même. C’était totalement irréel.

« Je suis désolée, je ne pensais pas non plus que vous seriez ici.».

Je paniquai soudain à l’idée qu’IL puisse croire que je l’avais suivi et je m’empressai d’ajouter :

« Je…je ne voulais pas vous déranger, ne croyez pas que je vous espionne ! Tout à l’heure non plus, dans le hall, je ne voulais pas entendre votre conversation. C’est vrai, je vous le jure ! ».

IL me regarda avec étonnement, sans rien dire. J’étais incapable de déchiffrer ce que je lisais dans SES yeux qui me fixaient avec une intensité presque insoutenable. J’en étais à me dire que s’IL ne brisait pas très vite ce silence insupportable, j’allais m’enfuir en courant, lorsque enfin, d’une voix suave et enivrante, IL déclara poliment :

« Au fait, je me nomme Wentworth. ».

IL me tendit une main cordiale et je fus tellement soulagée que je LA serrai machinalement. J’eus l’impression déroutante que notre poignée de main durait légèrement plus longtemps que nécessaire, ce qui ne fut pas pour me déplaire. Je savourai pour la deuxième fois de la journée, le contact chaud et rassurant de cette paume masculine. Au bout d’un moment, pourtant, il fallut bien LA lâcher et je LA quittai bien à regret, laissant retomber mon bras inerte le long de mon corps. IL attendait, une lueur interrogative dans les yeux. Ne comprenant pas bien ce qu’IL espérait, je crus bon de répondre avec un sourire niais:

« Je sais. Je veux dire, tout le monde ici sait qui vous êtes ! ».

« Ah !Ah !Ah! ».

Cette fois, IL se mit à rire franchement, à gorge déployée, rejetant la tête en arrière. L’éclat d’un rayon de lune frappa SES dents blanches, parfaitement alignées, les faisant étinceler et, me rappelant ma propre dentition bien imparfaite. Je restais idiote devant LUI, incrédule de LE voir s’esclaffer de la sorte.

Puis, mon esprit s’emplit d’une avalanche de notes de musique. Elles s’enchaînaient et s’entremêlaient dans un enchevêtrement artistique complexe et pourtant évident pour finalement aboutir à cette mélodie parfaite que j’avais fredonnée tant de fois et qui à ce moment précis résonnait à l’unisson de SON rire quasi hypnotique. SON beau visage épanoui resplendissait sous l’éclat pâle et froid de l’astre lunaire et je songeai aux paroles de cette chanson qui semblaient avoir été écrites pour LUI. He will be called Moonskin, and he will have the beauty of the marble…

Se reprenant enfin, IL prononça joyeusement :

« Vous êtes charmante ! Je suis flatté de savoir que vous connaissez mon nom. Mais, ce n’est pas vraiment la réponse que j’attendais de vous. Voyez vous, d’ordinaire lorsqu’une personne vous dit son nom, la politesse veut qu’on lui donne le sien en retour ».

IL avait parlé en soulignant la fin de SA phrase d’un mouvement de la main gracieux et circulaire en ma direction. SES yeux pétillaient d’amusement et je fus confuse de ma bêtise. Ca me ressemblait bien ça !

Je répliquai alors en rougissant comme une gamine :

« Oui, bien sûr. Vous avez raison, je ne sais pas où j’avais la tête. Je m’appelle Jeanne. ».

Petit silence. IL semblait assimiler mon prénom, comme s’IL tentait de l’associer à mon visage qu’IL détaillait justement avec attention, me mettant très mal à l’aise. IL finit pas esquisser un sourire ravageur et planta le clou en ajoutant :

« Je suis ravi de faire votre connaissance, Jean. ».


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"You missed the sundown. What a shame.”

“That’s such a pure and fascinating moment. The kind of moment when you feel like you may touch the essence of all things, and be close to the Truth. Don’t you think?”

“I always feel very small in front of all the beautiful things that dwell on our planet. I understand and share your fascination.”

“I see that you’ve taken your shoes off. I assume that you felt more at ease into the other ones, didn’t you ?”

“I terribly suffer into my own shoes, believe me”

“I’d like to thank you for your help, on the red carpet, you know…”

“Oh, that ?” “I must confess something. When I turned around and saw you, I thought I’d seen an angel fallen from the sky. You’re the one who saved me from these demanding photographers. And, God, that dress of yours …Who wouldn’t have flown and rescued you ?”

“That’s kind of weird but as soon as I landed here, I got the feeling that something was waiting for me. I mean, something special, more than just a reward for my career. And then, I keep on seeing you. Even here, on this beach, where I thought I would be alone…”

“I’m sorry, I didn’t expect that you were here.”

“I…I didn’t mean to disturb you, do not believe that I’m spying on you ! Back into the hall, I didn’t mean to hear your conversation either. That’s true, I swear !”

“By the way, my name is Wentworth”

“I know, I mean, everyone here knows who you are”

“You’re charming ! I am glad that you know my name. But, that’s not quite the answer I was expecting from you. You know, usually when you introduce yourself to someone else, the idea is that the other one introduces himself back.”

“Oh yes, of course. You’re right, I don’t know what I was thinking about. My name is Jeanne”

“I’m pleased to meet you, Jean.”

vendredi, décembre 01, 2006

Chapitre 10 : Miroir, miroir ...

Le maître de cérémonie, un charmant acteur frenchy aux yeux bleus et à la tignasse échevelée, était monté sur scène en mimant quelques cabrioles qui avaient déclenchées l’hilarité du public. Il avait joyeusement entamé son discours de bienvenu et présenté le programme alléchant de la soirée en distillant sans parcimonie son humour très british. Son air taquin et sa voix quelque peu maniérée, bien connus des abonnés de Canal +, avaient très vite captés l’attention de son auditoire. Le public avait applaudi à tout rompre lorsque le comédien français avait invité le président du Jury, Clint Eastwood et son confrère Woody Allen, à venir le rejoindre derrière son pupitre de verre.

Non pas que je ne sois pas respectueuse ou admirative du talent de ces deux réalisateurs, mais les récents événements de la journée et le peu de sommeil que j’avais emmagasiné la veille, ajoutés aux émotions fortes que je venais juste d’expérimenter m’avaient littéralement éreintée. Le monologue certainement passionnant du Blondin, me parut interminable et je luttai pour rester éveillée.

De plus, je devais fournir un effort inhumain pour me retenir de zieuter en permanence vers le siège vide qu’IL avait occupé à l’autre bout de la rangée. SON absence était un spectre omniprésent invisible à l’œil nu, mais que je ressentais bizarrement et aussi intensément que si SES yeux étaient encore posés sur moi.

Où était-IL ? La cérémonie commençait à peine et toute personne sensée et raisonnable serait restée sagement assise à sa place. Je songeai même que parmi la foule de gens amassée dans cette salle, il devait probablement y en avoir un paquet qui aurait tué si on leur avait demandé de quitter leur place qu’ils avaient probablement achetée à prix d’or ou acquise par quelque cinématesque relation bien placée, un peu comme moi. Finalement, si on écrémait un peu le public de cette salle, très peu de personnes directement liées au cinéma américain méritait vraiment d’être là. Par contre, LUI le méritait amplement. Alors pourquoi justement, c’était LUI qui avait quitté la salle et pas tous ces gens sans intérêt autour de moi ?

Pour ne rien arranger, les regards assassins et les « chut » agacés de nos voisins indignés avaient obligés Lola à abandonner l’interrogatoire en règle auquel elle me soumettait et auquel je répondais du bout des lèvres. Elle avait fait la moue et levé les yeux au ciel en se frottant plusieurs fois le bord de la mâchoire avec le dessus de ses phalanges, exprimant le fond de sa pensée sur ces « raseurs » rabat-joie. J’avais lu sur ses lèvres silencieuses un « On en reparlera plus tard », avant qu’elle ne s’enfonce dans son fauteuil. En me faisant un clin d’œil, elle avait tiré la langue à nos désagréables voisins qui heureusement pour elle n’avaient pas de vue directe sur son joli appendice tout rose.

N’osant plus tourner la tête en direction d’un certain siège vacant et totalement imperméable aux flatteries que s’échangeaient les trois hommes sur scène, j’avais tenté vaillamment de combattre le marchand de sable qui s’était acharné sur mes paupières en y déversant des sacs entiers de sable. Mais au bout du compte, j’avais capitulé lamentablement et sombré dans un très profond sommeil peuplé d’étranges créatures à l’apparence de dragons bizarrement affublés de pompons roses ridicules. Etait-ce du à l’ambiance du festival ? Allez savoir.

En tous les cas, et quelle qu’en soit la raison, si tant est qu’un rêve puisse être raisonnable, je m’étais réveillée en sursaut sur une dernière vision traumatisante d’un Thierry Ardisson en armure argentée combattant à l’épée l’une des ces bêtes belliqueuses aux naseaux fumants. A mes côtés, Lola me bourrait de coup de coudes en grommelant que je n’arrêtais pas de ronfler. Théo s’était penché vers moi et m’avait proposé je ne sais quelle cure de désengorgement nasal avec un sourire ironique qui m’avait donné envie de le frapper, pour changer. Quant à nos voisins, encore eux, ils ne s’étaient pas privés pour me montrer leur mécontentement et critiquer ouvertement mon comportement indigne de ce lieu sacré.

Légèrement énervée et semi comateuse, je m’étais redressée sur mon siège. J’avais été un instant tentée de leur faire partager le fond de ma pensée qui n’était pas beau à voir. Mais par respect pour les personnes qui m’entouraient, et qui ne m’avaient fait aucun reproche, elles, je m’étais contentée de leur offrir à tous un sourire forcé et m’étais excusée platement tout en croisant deux doigts en signe de rébellion. Je songeai qu’il faudrait que je parle de ce rêve débile à l’une de mes vieilles connaissances psy dès je rentrerais à Paris. J’avais besoin d’être rassurée sur ma santé mentale. Thierry Ardisson, franchement ?!

Lorsque le calme eut réinvesti notre rangée, je réalisai enfin que la salle était dans le noir complet et que des images géantes défilaient sur l’écran devant moi. Le filet lumineux du projecteur traversait la pièce au dessus de nos têtes, laissant dans son sillage une constellation de grains de poussière en suspension, et éclairant faiblement les visage pâles des spectateurs concentrés. Zut ! J’avais non seulement raté l’élocution des deux réalisateurs mais aussi le début du film en compétition. Je soupirai et décidai qu’il valait peut-être mieux que je sorte prendre l’air si je ne voulais pas risquer de m’endormir à nouveau et de replonger dans l’univers onirique où sévissait cet animateur télé sarcastique dont tout le monde parle.

Quand je fis signe à Lola que j’allais m’éclipser, elle ne me retint pas, à l’évidence trop fascinée par…la main de Théo posée sur sa cuisse. M’armant de toute la discrétion qu’il me restait, et ignorant volontairement les grognements râleurs de mes charmants voisins, je crapahutai tant bien que mal hors de ma rangée non sans écraser quelques orteils au passage. Je ne résistai pas à l’envie de jeter un œil vers SON siège, et malgré l’obscurité ambiante, je notai SA place toujours aussi vacante au côté des Potter.

Résignée et déçue, je remontai l’allée, tournant le dos à l’œuvre cinématographique qui captivait tout le monde, sauf moi ce soir là et pourtant j’aimais le cinéma, et où j’avais eu le temps de reconnaître la nouvelle égérie italienne du cinéaste américain aux lunettes démodées. Je vacillai quelque peu sur mes hauts talons que j’avais momentanément oublié mais auxquels je ne m’étais décidément toujours pas habituée. Une fois passées les portes de l’auditorium Michel d’Ornano, je me crus enfin libérée. Malheureusement, je fus prise d’un léger vertige. Je m’appuyai un moment contre le mur du hall pour laisser passer cet étourdissement probablement dû à mon estomac vide. Je pris une longue inspiration et m’apprêtai à partir à la recherche des toilettes pour me rafraîchir le visage quand un murmure diffus attira mon attention. C’était plus un monologue chuchoté et incompréhensible qu’une véritable conversation mais le grand hall à présent désert amplifiait la voix qui semblait s’élever jusqu’au dôme de verre. Mon incurable curiosité et une certaine intuition féminine me firent tendre l’oreille et je me décalai de quelques pas pour repérer la source de ce son inattendu.

IL était là, me tournant le dos, derrière une colonne de marbre. Je ne voyais que SON coude replié et SA nuque rasée que j’aurais reconnu entre mille. Je fus un instant intriguée par cette attitude plutôt étrange qui donnait l’impression qu’IL essayait de se cacher. Mais je compris rapidement en me décalant encore un peu qu’IL était tout bonnement entrain de téléphoner. SA main pressait un portable contre son oreille et IL avait la tête penchée. Bien sûr, de là où IL était, IL n’avait pas pu me voir sortir, et j’en profitai honteusement pour me repaître de SA haute silhouette, SON large dos et la courbe ronde et régulière de SON crâne. Je détaillai la forme de SA main fine et allongée, SES doigts effilés, recroquevillés autour du téléphone, si longs qu’ils masquaient totalement le minuscule combiné qu’IL tenait au creux de SA paume. SA paume…

Je sentis un léger sourire fleurir sur mes lèvres. Cette fois, c’était moi qui l’épiais et qui avais l’avantage sur LUI. Je repensai au regard intense que nous avions échangé et un agréable frisson me parcourut l’échine. J’aurais voulu à cet instant qu’IL se retourne et qu’IL me voit. Que nous partagions de nouveau cette complicité. Mais IL resta de dos et mon fragile sourire disparut, emportant avec lui tout espoir illusoire, quand SA voix vint me frapper en plein cœur et que je discernai ce mot qu’IL prononça un peu plus fort.

« Sarah …»

La foudre tombant à mes pieds ne m’aurait pas fait plus d’effet que ce prénom prononcé par cet homme là. Je sentis les poils de mes bras se hérisser et des picotements fuser à la base de mon crâne. Ce prénom, je le connaissais trop bien. Il était porté par l’héroïne de la série, celle qui faisait battre le cœur du héros. Mais surtout, il était porté par l’actrice de chair et de sang qui interprétait le rôle.

Combien de fois avais-je frémis en entendant John s’adresser à celle qu’il aimait et prononcer son nom d’une voix brisée ou suppliante ? J’avais en mémoire une autre conversation téléphonique, cathodique celle-ci. Une scène monumentale, terriblement émouvante qui m’avait tiré les larmes aux yeux et dont j’étais restée bouleversée pendant de longs jours. Lola et moi avions passé et repassé cette scène un million de fois au point d’en connaître par cœur chaque partie de dialogue et chaque intonation. Nous avions fini par conclure que le son déchirant du « Sara », ça ne pardonne pas.

Pourtant, ici et aujourd’hui, dans ce hall, c’était tout autre chose. C’était bien réel. C’était LUI et non son personnage. IL parlait à voix basse, chuchotant, se croyant à l’abri des oreilles indiscrètes. Mais en l’occurrence, pas des miennes. Si le son de SA voix était clairement reconnaissable, le sens de SES paroles m’était par contre complètement inaccessible. IL parlait trop bas. Je me concentrai sur SON intonation et j’eu presque l’impression qu’IL suppliait ou qu’IL implorait la personne à l’autre bout du fil.

Qui était-ce ? Cette actrice ? Qui d’autre ? Mais, elle était mariée ! Je l’avais lu dans un magasine. Moi qui étais fièrement réfractaire à toute publication people, je devais avouer qu’il m’était parfois arrivé de me documenter sur LUI par le biais de ces revues mensongères. Mensongères, oui ! Néanmoins, cette actrice était bel et bien mariée, ça j’en étais sûre. Bien sûr, comme toutes les fans, j’étais au courant des nombreuses rumeurs qui courait sur elle et LUI. Rumeurs selon lesquelles ils auraient une liaison secrète. Ils s’entendaient très bien, trop bien même. Et leur complicité crevait l’écran aussi bien dans la série que lors de leurs interviews filmées. A partir de là, il était facile pour les médias d’extrapoler et de faire naître des ragots vite repris et largement diffusés par les fans.

Pourtant, se pouvait-il que ce soit vraiment elle qu’IL appelle en ce moment même avec cette voix d’amoureux transi ? Comme ça, juste après notre…notre…quoi ? Qu’est-ce que j’avais espéré ?

Je fus prise d’un brusque tremblement et je cherchai des yeux un endroit de repli. Je devais fuir aussi vite que possible. Je devais me mettre hors de portée avant qu’IL ne prenne conscience de ma présence. Il aurait été catastrophique et déshonorant pour LUI comme pour moi, qu’IL me repère entrain de l’espionner alors qu’IL passait un coup de fil on ne peut plus privé, à SA maîtresse de surcroît. Enfin, pouvait-on vraiment parler de maîtresse alors qu’IL n’était pas marié ? Elle oui, par contre.

J’aperçus non loin de moi, l’enseigne alambiquée et sophistiquée qui indiquait les toilettes. Ce mot banal et sans noblesse resplendit pourtant à mes yeux tel un néon clignotant au dessus d’une oasis en plein cœur du désert. Je m’élançai sans hésiter et faillis me ramasser une fois de plus grâce à mes talons aussi féminins qu’handicapants. Retenant le chapelet de jurons qui se bousculait sur le bout de ma langue, je réussis vaille que vaille à atteindre et à pousser la porte de mon oasis de fortune. J’allais me réfugier sans un regard en arrière dans ce lieu uniquement réservé à la gente féminine, où je ne risquais pas d’être suivie ni découverte par cet homme qui m’obnubilait. Mais c’était sans compter sur mes yeux qui me trahirent au dernier moment en se jetant sans autorisation préalable du côté de la colonne en marbre et de l’acteur qui s’y trouvait.
Avant de laisser la porte se refermer, je vis avec horreur que ma discrétion légendaire m’avait encore fait faux bond et qu’IL m’avait repéré. Je croisai furtivement SON regard étonné et notai SES lèvres figées au beau milieu de SA conversation.

Le battant de la porte claqua sans préavis, manquant d’un cheveu d’écraser mon petit doigt. Surprise et bouleversée, je fis un bond en arrière en serrant mes bras contre ma poitrine. Les poings serrés sous mon menton, je reculai vers le fond de la pièce, les yeux rivés sur la porte close. Je ne pouvais maîtriser mon corps secoué de tremblements irrépressibles. Pourquoi ? Pourquoi rien ne se passait-il jamais comme je l’aurais voulu ? IL m’avait vu et maintenant IL devait penser que je l’avais suivis et que j’avais écouté SA conversation téléphonique comme l’aurait fait une vulgaire fan irrespectueuse. Je voulais être tellement plus que cela pour LUI.

Reniflant sans élégance, je secouai la tête, désabusée, et m’approchai à petits pas du grand miroir mural qui surplombait les vasques de faïence et le marbre moucheté. Le miroir légèrement teinté adoucissait l’éclat des spots du plafonnier donnant à mon visage un aspect plus lisse et bronzé que ce que m’aurait renvoyé la glace de ma propre salle de bain. Je vis mes joues roses de confusion et mes yeux immenses qui me donnaient l’air effaré d’une fillette perdue dans une forêt hantée. Pire, lorsque j’avais entamé ma sieste improvisée devant Edouard, Clint et Woody, ma tête avait dû frotter contre le dossier de mon fauteuil emmêlant joyeusement les mèches de mes cheveux sur l’arrière de mon crâne. M’avait-IL vu dans cet état ? Oh, non, pitié !

Je continuai l’inspection de mon visage et mon regard glissa vers ma bouche sur laquelle le rouge à lèvres nacré, spontanément prêté par Lola, commençait déjà à s’estomper. Cendrillon redevenait une souillon. Quelle heure était-il ? Il ne manquait plus que les douze coups de minuit et j’allais sûrement retrouver mon carrosse transformé en citrouille sur le perron du palais. Si seulement le carrosse avait pu être la Maserati de Théo, au moins j’y aurai trouvé quelque réconfort. Il aurait du mal à draguer les filles et à tromper Lola, juché sur un potiron orange. L’image ne me fit même pas sourire. Au contraire, j’étouffai un sanglot de déception et de frustration. Ma vue se brouilla. Je posai mon front contre le miroir dont la fraîcheur apaisa momentanément le feu qui brûlait sous ma peau et le magma d’émotions contradictoires qui palpitait dans mes veines.

Je me retrouvai à quelques centimètres du reflet de ma propre bouche comme sur le point de m’embrasser moi-même. Le miroir se couvrait de buée par intermittence au rythme de ma respiration rapide et saccadée. Il redevenait limpide et clair entre chacune des mes expirations, inlassablement. Je fixai le fin trait de maquillage rosé qui soulignait mes lèvres et qui en modifiait la forme réelle et la véritable couleur.

L’image nette et précise de SA bouche à LUI fusa alors dans mon esprit. Je visualisai sans peine SES lèvres en forme de cœur, pleines et charnues. J’imaginai ma bouche se lier à la SIENNE et mordre sans retenue dans la chair voluptueuse. J’en devinai la texture pulpeuse et humide et le goût sucré. Mon souffle qui se déversait sur le miroir devenait SON souffle contre mes lèvres. Je fermai les yeux sous l’effet presque violent que cette sensation imaginaire provoqua chez moi.
Brusquement, je ne pus retenir l’envie qui me saisit de me débarrasser du rouge à lèvres dont Lola m’avait badigeonné et qui me donnait à présent l’impression d’étouffer. Je frottai rageusement ma bouche avec le dessus de ma main, tentant d’effacer la moindre trace que cet artifice aurait pu y laisser et que je ne pouvais plus supporter. J’avais l’impression que seule SA bouche aurait pu me soulager et m’insuffler l’apaisement auquel j’aspirais.

Mon geste irréfléchi eu pour résultat logique et pitoyable d’étaler le maquillage sur mes joues, mêlant fond de teint et rouge à lèvres en un barbouillis rosâtre monstrueux. J’étais belle, tiens !

C’est à ce moment que j’entendis la chasse d’eau dans mon dos. Je me redressai comme une enfant prise en faute, gênée. Sans tourner la tête, je regardai dans le miroir devant moi et je la vis sortir des toilettes. Comme si de rien n’était, elle vint se placer à mes côté et passa ses mains sous l’eau, les lavant longuement et soigneusement. Subjuguée par cette beauté en fourreau noir, je l’observai se sécher avec une serviette en papier qu’elle tira du dérouleur en fer blanc puis qu’elle jeta négligemment. Elle se tint un moment immobile, le dos bien droit, inspectant son reflet parfait dans la glace. Elle faisait comme si je n’existais pas et fouilla dans son minuscule sac en satin noir. Elle ressortit sa main d’albâtre au fin poignet cerclé d’un éclatant bracelet de diamant, un tube de rouge à lèvres entre les doigts. Elle se pencha légèrement en avant pour approcher son visage du miroir, dévoilant l’orée de son décolleté aux charmes cachés sublimement mis en valeur par une riviera de gouttes de diamant. Elle possédait cette grâce et cette classe que beaucoup de femmes lui enviait, moi y compris. D’un mouvement sec, elle dévissa le capuchon du bâton de rouge, à la teinte plutôt marron glacé, et fit glisser d’une main précise le pinceau sur les lèvres de son immense et célèbre bouche.

Quand elle eut terminé, elle pinça ses lèvres l’une contre l’autre et replaça l’une de ses boucles flamboyantes derrière son oreille aux lobes ornés de diamant. Elle sembla contempler son oeuvre un moment. J’avalai ma salive, incapable de sortir un seul mot, c’est elle qui parla :

« If you really love this guy, Sweetheart, you’d better go and tell him right now. Otherwise, it means that he doesn’t deserve that you ruin your pretty face like this, does he?”

Elle daigna enfin regarder mon reflet dans le miroir et m’offrit un sourire que seules les femmes savent s’échanger entre elles. Puis, elle posa une main amicale sur mon avant bras et le pressa gentiment. Elle ajouta un « I got to go » très américain. Avant de sortir, elle déposa devant moi son tube de rouge à lèvre et m’offrit un clin d’œil qui faillit me faire pleurer.

Julia Roberts en personne venait de m’offrir un conseil en or, et son tube de rouge à lèvres en prime. Saurais-je l’utiliser à bon escient ? Le conseil pas le rouge à lèvres, quoi que…. En me voyant, elle avait facilement compris mon désarroi et la raison de mon état, mais elle ignorait toute l’histoire, quelle histoire ? Elle ne connaissait pas l’identité de ce « guy » qu’elle avait très judicieusement évoqué. Les choses n’étaient pas aussi simples que de juste « go and tell him right now ». Pas aussi simples, vraiment ?

Je me sentis horriblement faible et tombai à genoux sur le carrelage glacé. Je ne pus m’empêcher de fondre en larmes sans savoir si c’était de soulagement, d’épuisement ou de désespoir.

vendredi, novembre 17, 2006

Chapitre 9 : Stars à gogo

Dans une sorte d’état second, j’avais suivi la messagère improvisée dépêchée par mon prince charmant. J’avais finalement et victorieusement pénétré le Palais des Festivals par la grand porte, devant une flopée de caméramans en folie et coiffant Woody au poteau. Le célèbre couple Allen était tellement sollicité, qu’ils ne pouvait faire deux pas sur le tapis rouge sans être arrêtés par un présentateur télé ou interpellés par les photographes. Décidément, pas facile la vie de stars.

Mon hôtesse, très professionnelle, avait profité de ce délai pour me faire passer les portes discrètement sans que ma présence ne gâche l’arrivée en direct des vraies stars. Elle connaissait son métier, respectueuse mais intraitable. L’illustre inconnue que j’étais à ses yeux n’intéressait pas le grand public et elle devait me faire disparaître du champ des caméras au plus vite. Sans pour autant me vexer. Elle m’avait tout de même vu arriver en compagnie du célibataire le plus en vogue du festival et elle ne devait pas être bien sûre de mon identité et des liens qui m’unissaient à cet acteur à la carrière prometteuse. Après tout, IL lui avait demandé de s’occuper de moi, ce qui signifiait quelque part que je n’étais pas une vulgaire groupie. J’osais à peine le croire moi-même …

De fait, le professionnalisme sans faille de la jeune femme lui composait un masque totalement neutre. Si elle avait eu un quelconque doute ou des interrogations à mon sujet, elle n’en laissait absolument rien paraître. Elle m’avait offert un sourire à la sincérité plus qu’artificielle et m’avait poussée gentiment mais fermement à l’intérieur du bâtiment.

Honnêtement, quitter le devant de la scène et échapper au regard de la foule me convenait parfaitement. Je n’étais pas venue là pour me faire voir, mais pour LE voir.

Pourtant, si j’avais espéré me dérober à l’ambiance folle qui régnait sur le tapis rouge en me réfugiant à l’intérieur, je m’étais lourdement trompée. Le magnifique hall d’entrée éclairé de mille feux fourmillait de monde et un brouhaha de conversations animées emplissait le lieu. D’instinct, je levai les yeux et fus prise d’un léger vertige en découvrant la splendide coupole de verre qui surplombait les colonnades et les gigantesques escaliers de marbre. La lumière diffuse de cette fin de journée perçait la verrière pour venir déposer des éclats d’ombre et de lumière sur tout ce qui se trouvait au dessous d’elle, hommes et choses confondus. Elle faisait rutiler le plexiglas transparent et les dorures des balustrades et miroiter le sol de marbre vert et blanc.

Etait-il seulement possible que je me trouve réellement dans ce décor féerique alors que le matin même j’observais tristement les toits de Paris au travers des vitres sales de mon appartement ? Tant de choses s’étaient déroulées depuis ce matin que j’en avais le tournis. Je me sentis soudain perdue dans cet univers qui n’était pas le mien. Après tout c’était leur fête à eux, leur grand messe. Un spectacle à ne pas manquer pour ces hommes et ces femmes qui vivaient du paraître et de l’image. Mais moi, je ne reconnaissais rien, ni personne. Où était donc passée Lola ? Où était-IL quand j’avais plus que jamais besoin de réconfort ?

Le souvenir si récent de la chaleur de SA paume contre la mienne ne me quittait plus et l’envie dévorante qui me tenaillait de retrouver cette douceur enivrante ne fit que croître en repensant au regard pénétrant que j’avais croisé quand il avait posé les yeux sur moi quelques instants plus tôt. Quelques siècles plus tôt, une éternité plus tôt. J’avais l’impression que chaque secondes passées loin de LUI était une vie entière de perdue.

Prise d’un nouvel accès de panique incontrôlée, je tournai la tête en tous sens quêtant deux prunelles faussement bleutées. Partout, je ne voyais que des inconnus qui bavassaient sans me prêter la moindre attention. IL n’était nulle part et je sentis un froid angoissant se diffuser dans mes veines tel un venin mortel dont seule SA présence aurait pu annihiler les effets dévastateurs.

Inconsciente de l’état d’anéantissement absolu dans lequel j’étais sur le point de sombrer, l’hôtesse m’indiqua un imposant escalier qui descendait dans les profondeurs du Palais. Je compris vaguement qu’elle me parlait d’un auditorium et d’un certain Michel d’Ornano. Je ne cherchai même pas à savoir qui était cet aristocrate à la noble particule et la laissai me guider sans broncher. Tandis que nous progressions, je balayai la pièce d’un regard vide et désabusé. Comment aurais-je pu profiter de la beauté d’un tel lieu alors que j’étais seule et misérable sans personne avec qui partager ce moment ? Lola, tu ne perds rien pour attendre, lâcheuse !

Nous atteignions les portes de l’auditorium quand justement :

« Jeanne ! »

Je me retournai pour voir Lola’s back’n kicking qui dévalait les escaliers et fonçait vers moi au pas de charge. Elle me tomba dessus tel un nuage de mouches affamées sur un morceau de viande fraîche. Reprenant son souffle, elle débita d’une traite :

« Ma vieille !! Te voilà enfin ! C’est quoi ce délire ?! Tu vas m’expliquer ! Je te laisse seule deux minutes et quand je me retourne, je te retrouve dans les bras du mec le plus sexy du festival. En te voyant avec LUI, j’ai ha-llu-ci-né ! »

Et moi donc !

Elle m’avait agrippé le bras avec ferveur et j’admirais l’effort surhumain qu’elle fournissait pour s’empêcher de me hurler dans les oreilles. Ce n’était quand même pas le lieu pour ce genre d’effusion. Elle se contentait donc d’enfoncer ses ongles profondément dans ma chair pour compenser son envie de donner libre cours à son potentiel vocal.

« Aïe ! » fis-je, pourtant terriblement soulagée de sentir une chaleur rassurante réinvestir mon corps sous la douleur involontairement infligée par les ongles manucurés de mon amie. J’étais trop heureuse qu’elle soit près de moi pour lui faire le moindre reproche. Sa présence me rassurait et sa voix calmement surexcitée et si familière me rappelait que j’étais toujours sur la planète Terre, dans le monde des humains. Ma petite bouée de sauvetage hystérique ignora bien sûr ma plainte et me gratifia d’un regard implorant qui réclamait une explication immédiate.

Comment aurais-je pu lui expliquer ce que moi-même je ne comprenais toujours pas ??

Depuis l’envoi de son premier SMS, j’avais vraiment l’impression de voler haut et loin par dessus les nuages. Je me contentais de rire en desserrant ses doigts toujours plantés dans mon avant bras.

L’arrivée toute en douceur de Lola avait fait fuir mon guide en tailleur noir. Elle avait aimablement pris congé de nous avant d’aller réintégrer son poste de vigie à l’entrée principale, non sans avoir jeté un coup d’oeil désapprobateur sur la robe définitivement transparente de mon amie.

J’avais eu l’envie stupide de la retenir pour lui demander de me répéter en détails le message qu’IL lui avait transmis à mon attention. Mais ma fierté m’en avait empêché, car pour le coup je serais vraiment passée pour une groupie. IL lui avait déclaré qu’il me retrouverait au cocktail. Mais quel cocktail ? Où ça ? D’ailleurs mon multi-pass me donnait-il accès à ce cocktail ?

« Lola ? Est-ce que tu sais si… ? »

« Comment se fait-il que tu ne sois plus avec LUI d’abord ? IL est où ? »

Bonne question, merci de l’avoir posée.

Elle lança un regard circulaire des plus discrets autour de nous. Levant le menton et se dressant sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir le fond du hall. Mais au lieu de notre héros favoris, c’est une autre vision de rêve qui descendit l’escalier majestueux et se matérialisa à quelques pas de nous en la personne d’Antonio Banderas, himself, accessoirement accompagné de Mélanie Griffith, herself aussi. Malgré le choc de cette apparition inattendue, je ne vacillai pas d’un iota. A mon grand soulagement, les ordres envoyés par mon cerveau furent parfaitement respectés par le reste de mon organisme et je réussi fièrement à empêcher mes yeux ébahis de sortir de leurs orbites, tout en interdisant formellement à ma bouche de s’arrondir en un « O » d’étonnement béa.

Néanmoins, je ne lâchai pas Lola qui s’agrippait furieusement à mon bras. Ce qui devait nous donner l’apparence saugrenue de deux petites vieilles tétanisées, craignant une mauvaise chute ou une agression quelconque. Le bel hidalgo aux yeux noirs ravageurs nous salua poliment dans un anglais mâtiné d’un irrésistible accent espagnol. Il nous demandait tout bêtement son chemin. Ne voulant pas me ridiculiser une fois de plus devant l’un de mes acteurs préférés, je puisais dans mes dernières ressources pour lui répondre, quand une voix féminine grave aux sonorités très américaines me coupa dans mon élan :
« Antôôônio ! »

Une Pretty Woman sublime aux longs cheveux roux bouclés et à la bouche immense s’avançait vers le couple hispano-américano-terriblo-sexy, en faisant onduler sa somptueuse robe fourreau. J’hallucinais totalement !

Lola me fila un coup de coude bien inutile dans les côtes. J’avais beau savoir que je n’avais jamais fait partie de ces groupies déchaînées qui poursuivaient les stars de leurs assiduités, quémandant un autographe ou une photo, je devais bien avouer qu’à cet instant précis, j’avais beaucoup de mal à m’en convaincre. Il était difficile de rester insensible dans cet endroit truffé de célébrités.

Les trois stars s’embrassèrent avec une effusion plus ou moins sincère puis les deux femmes qui semblaient finalement savoir où elles allaient, se dirigèrent vers le fond de la pièce sans se soucier de nous une seule seconde. Leur compagnon se tourna vers Lola et moi, toujours muettes et immobiles, on était très douées pour ça ces derniers temps, il nous offrit un clin d’oeil complice agrémenté d’un petit sourire tout en haussant les épaules avant de suivre ces dames.

Charmant ! Bien que ce ne soit pas LUI, Lola est moi convînmes que toute interaction, quelle qu’elle fut, avec un canon de cet acabit était toujours bonne à prendre. A présent, j’avais complètement retrouvé mon entrain et nous étions toutes les deux excitées comme des puces. Ce genre de rencontre incroyable n’avait de valeur que si sa meilleure amie était là aussi pour la partager. Nous nous retenions de glousser comme deux gamines alors qu’elle me poussait sans ménagement vers l’entrée de l’auditorium.

C’était là que devait se dérouler la cérémonie de présentation du film de la soirée. Probablement le film de Woody Allen d’ailleurs. La salle de style amphithéâtre était immense et très moderne avec une large estrade en contrebas devant un écran de projection totalement démesuré qui recouvrait le mur du sol au plafond. Je notai que les invités commençaient à affluer et rejoignaient leurs sièges en papotant. Des hôtesses semblables à celle qui m’avait introduite un peu plus tôt, circulaient dans les allées en aidant les gens à s’installer. Je scrutai chaque visage, LE cherchant désespérément.

L’ironie du hasard voulut que la première personne de ma connaissance sur qui je pose les yeux fut Théo, Roi des gâcheurs de rêves. Je ne retins pas une grimace de déception en reconnaissant au loin, la voix nasillarde de Fashion Schiffer qui discutait bruyamment avec l’un de ses compatriotes, un petit homme vêtu de noir dont les cheveux blancs noués d’un catogan et les larges lunettes noires ne laissaient aucun doute sur son identité de photographe-styliste très en vogue.

Alors que je suivais Lola sans grand entrain pour aller rejoindre le couple germanico-photografico-frimeur, je continuais à arborer une expression de dégoût flagrant à l’idée de passer la soirée en si mauvaise compagnie. Karl L. ne sembla pas prendre ombrage de mon air fermé quand Théo fit les présentations. Au contraire et à mon grand étonnement, le petit homme pâle nous gratifia d’un salut et d’un sourire plaisant avant de retourner à sa place. Je me faufilai sur mon siège me sentant légèrement honteuse de mon attitude malpolie, les photographes n’étaient pas tous aussi viles et détestables que Schiffer, la Terreur des bacs à sable. Ma grimace commençait tout juste à s’effacer quand je ressentis soudain l’étrange impression qu’on m’épiait. Je regardai autour de moi et Baboum ! Je LE vis à l’autre bout de la rangée.

Tranquillement assis dans un confortable fauteuil gris perle, IL était nonchalamment appuyé sur l’accoudoir, un long doigt posé sur ses lèvres qui esquissaient un étrange sourire. IL m’observait avec attention et je sentis mon cœur bondir dans ma poitrine tandis qu’une subite bouffée de chaleur m’envahissait de la pointe des pieds au sommet du crâne. Je me demandais depuis combien de temps IL me regardait ainsi à mon insu. Je détournai vivement la tête et ne pus empêcher le geste instinctif qui me fit remettre en place une mèche de mes cheveux et vérifier que la bretelle de ma robe n’avait pas glissée. Je mordis ma lèvre inférieure en maudissant ma bêtise et sentis mon visage virer au rouge écarlate alors que son sourire s’élargissait à la vue de mon geste de coquetterie toute féminine. IL continuait de me détailler avec amusement tandis que je m’asseyais ou plutôt, que je me laissais choir sans grâce aux côtés de Lola qui n’avait rien remarqué, occupée qu’elle était à minauder auprès de Théo.

Je sentais mes forces me quitter sous l’émoi grandissant qui m’envahissait et qui m’interdisait toute réflexion sensée. J’avais la sensation que mon corps était mou, sans consistance, vidé de son ossature et je bénis le ciel d’avoir été aussi proche d’un fauteuil sinon j’étais quasiment certaine que je serais tombée à même le sol.

Savoir qu’IL était entrain de me regarder, moi. Que SES yeux magnifiques étaient posés sur moi en ce moment même affolait au plus haut point les battements de mon cœur et me procurait une sensation extrêmement troublante à la limite du paradisiaque et de l’insupportable. Mes mains tremblaient et je les serrais fébrilement l’une contre l’autre sur mes genoux.

Me regardait-il encore ? Dans un ultime sursaut de courage, je redressai vaillamment la tête et fus immédiatement happée par une myriade de couleurs vertes, bleues et noisettes qui se mêlait aux lumières artificielles des néons agressifs de la salle. Je buvais des yeux à en perdre la tête les minuscules flammes étincelantes qui pétillaient dans SON regard et qui m’ensorcelaient littéralement, s’écoulant tel un fleuve de lave en fusion dans mes veines.

C’était trop. Je voulais lui rendre son regard. Plus que ça, j’avais besoin de lui offrir en retour autant et même plus que ce qu’IL m’offrait et lui faire comprendre à quel point IL me subjuguait. Alors, dans un effort de concentration extrême, je puisai au fin fond de moi-même. Je rassemblai avec ardeur les battements effrénés de mon cœur, les frissons délicieux sur ma peau, les tremblements irrépressibles de mes mains, la rapidité inhabituelle de mon souffle. Puis, sans masque, sans rien LUI cacher, je plongeai mes yeux dans les siens et projetai vers LUI tout ce bouquet d’émotions qui m’habitaient, dans un arc en ciel virtuel tapissé d’étoiles filantes qui fusaient droit sur lui, détentrices de mes vœux les plus secrets.

Mon message silencieux mais plus qu’éloquent atteint son but sans difficultés et l’impact sur le récepteur fut saisissant. Je vis SA main quitter subitement SA bouche entrouverte et notai avec délice l’imperceptible tressaillement de SES paupières comme sous l’effet d’une légère décharge électrique. IL se redressa sur son siège, puis se pencha en avant dans ma direction, indécis. IL semblait désarçonné par la communion étrange que nous venions de partager. Peut-être ne savait-il pas que beaucoup de choses passent parfois par un simple regard et que les mots ne sont pas toujours nécessaires.

J’adoucis l’intensité que j’avais mise dans mon regard et appréciant pour une fois d’avoir l’avantage sur lui, je lui souris, tout simplement. D’un sourire qui voulait dire : « Je sais. Ca me fait le même effet à moi aussi »

De l’autre côté de la rangée de sièges qui commençait à s’emplir de gens, IL me fixait, incrédule, surpris, incertain. Je voyais sa poitrine se soulever un peu plus rapidement qu’à l’accoutumée. LUI, d’ordinaire si calme en public, semblait à présent perturbé, troublé. IL cligna des paupières et j’eu l’impression qu’il voulait me parler. Ses lèvres esquissèrent un mot, souligné par l’expression interrogative qui s’étalait sur son beau visage.

Mais notre contact visuel fut coupé par un groupe de personne qui cherchait leurs places. Je me tordis le cou pour essayer de ne pas LE laisser m’échapper. Mais l’écran des corps obstruait totalement ma vue. Je refusai de me lever au risque de retomber dans le jeu de la groupie sans cervelle et de détruire le lien enchanteur et si particulier qui venait de naître entre nous.

C’est le moment que choisit Lola pour s’intéresser à nouveau à moi. Elle n’avait rien vu, rien capté du moment de grâce divine que je venais d’échanger avec cet homme qu’hier encore je n’avais vu que par écran de télé interposé. Elle eut donc l’air très surprise quand elle vit ma tête.

« Wow ! Ma vieille, t’es blanche comme un cachet d’aspirine. On dirait que t’as vu un revenant ! Ah, ah … tu penses à LUI, pas vrai ?! » Oui, mais pas pour les raisons que tu crois, Lola. « C’était bien joué le coup de la cheville tordue sur le tapis rouge, franchement, ma vieille, du grand art ! J’aurais pas fait mieux. Et maintenant, tu vas tout me raconter, ce qu’il a dit, ce qu’il a fait. Je veux tous les détails ... »

Je l’écoutais à peine. Le rideau d’étrangers s’était enfin dissipé entre mon fauteuil et le SIEN, me révélant un atroce spectacle. IL n’était plus assis à SA place. Mon sang se glaça une nouvelle fois dans mes veines. Je me figeai, les yeux rivés sur SON siège vacant. Seul le bourdonnement familier de Lola, la libello-mouche, dans mes oreilles me confirmait que j’étais toujours en vie et consciente malgré ce fauteuil vide à quelques pas de moi qui m’anéantissait. Il devenait de plus en plus évident que LUI seul comptait et que SA présence commençait à devenir terriblement indispensable à mon bien être. Qu’est ce que j’allais devenir ?

Le brouhaha des voix qui m’entouraient diminua et fut remplacé par un tonnerre d’applaudissements. La soirée débutait.

lundi, novembre 13, 2006

Chapitre 8 : Comme au cinéma

Tandis que nous remontions tranquillement l’allée, tranquillement, c’est ça oui, toujours sous le feu nourri des snipers-photographes, j’avais terriblement conscience de SA présence à mes côtés et surtout de sa main dans la mienne.

C’était plus qu’irréel, c’était comme au cinéma, et je n’arrivais vraiment pas à croire à ce qui se passait. Ma vision était toujours légèrement brouillée par les éclats des flashs et je n’entendais que les battements effrénés de mon cœur qui résonnaient comme un roulement de tambour infernal dans mes oreilles. De plus, j’avais la nette impression que ma poitrine se soulevait sur le même rythme endiablé et qu’elle risquait à tout moment de jaillir de mon décolleté. Ce qui serait définitivement un scoop pour les collègues de ce cher Théo. Non, franchement, j’allais certainement bientôt me réveiller car j’avais dû m’endormir dans mon canapé devant ma télévision une fois de plus. Je ne voyais pas d’autre explication.

Et pourtant, le rêve ne semblait pas vouloir s’achever. Nous avions fait à peine quelque pas en direction de l’entrée du Palais quand un micro et une caméra jaillirent de nulle part juste sous le nez de mon fantastique cavalier. Il s’arrêta sans paraître surpris ni même agacé et offrit un énième sourire charmeur à la journaliste sans gêne qui commençait déjà à l’assaillir de questions dans un anglais haché et quasi incompréhensible. Je reconnus la petite brune au yeux inexpressifs que j’avais déjà vu animer une émission sur le cinéma sur Arte ou sur Canal, je ne me souvenais plus trop. Elle feint de m’ignorer superbement en se concentrant uniquement sur l’acteur américain que j’accompagnais, oui, oui, je l’accompagnais.

Mais j’avais bien sûr reconnu le coup d’œil en coin typiquement féminin qu’elle m’avait jeté, jaugeant en une fraction de seconde ma silhouette, ma robe et mes chaussures forcément. Merci Lola. Je n’avais pas manqué non plus de noter l’écarquillement imperceptible de ses prunelles quand elle avait vu nos deux mains enlacées et je sentis mon cœur se gonfler un peu plus dans ma poitrine ce qui ne me rassura pas étant donné l’état déjà plutôt critique de mon décolleté.

Au milieu du tonnerre sourd qui tambourinait dans mes oreilles, j’entendis la voix fluette de la brunette dont l’accent plus que pitoyable n’aurait pas dépareillé parmi l’équipe de rigolos qui officiait chez Skyrock. Elle présenta rapidement à la caméra les raisons de la présence de l’acteur en France et plus précisément au Festival du film américain de Deauville ( elle était en direct la donzelle ! ) Elle lui posa la sempiternelle question sans originalité sur le faux tatouage qu’il portait dans la série. Puis elle le flatta sur son talent incroyable. Je me pris à la détester cordialement lorsqu’elle insista inutilement et copieusement sur le mot « unbelievable » avec un rire de gorge très mal venu. Il la remercia en riant et je laissais avec bonheur les tonalités chaudes et sensuelles de SA voix suave s’écouler tout prêt de mon oreille alors qu’il lui offrait la sempiternelle réponse sans originalité qu’il devait avoir débité des centaines de fois à des journalistes encore plus gourdes qu’elle.

Puis, là, sans crier gare, il lâcha ma main.

Je crus que tout l’univers s’écroulait autour de moi et je réalisais brusquement que l’état d’euphorie dans lequel j’étais quelques minutes plus tôt ne tenait finalement qu’à cette main, au contact de sa peau contre la mienne. Je vis en un instant les couleurs du monde se ternir sous mes yeux et les battements de mon cœur, l’instant d’avant si rapides et incontrôlables, se mirent à diminuer lentement, inexorablement. Bientôt, j’en étais sûre, ils s’arrêteraient complètement et je m’éteindrais comme une bougie sans oxygène pour se consumer.

Pour essayer d’oublier le vide atroce que je sentais se cristalliser sur ma paume délaissée, je focalisai toute mon attention sur ses mains qu’il faisait gesticuler devant lui pour souligner ses propos. Ses doigts légers et aériens virevoltaient tandis qu’il ponctuait chacune de ses phrases d’un gracieux mouvement circulaire que je connaissais par cœur pour l’avoir vu et revu lors de nombreuses interviews télévisées. C’était sa façon à lui de s’exprimer et cela m’avait toujours fait craquer à l’écran. Alors le voir pour de vrai agiter ses longs doigts juste sous mes yeux me bouleversa plus que de raison et je manquai presque défaillir. A l’évidence, IL faisait le même effet sur l’apprentie Claire Chazal au brushing impeccable qui buvait littéralement ses paroles, sans trop de discrétion d’ailleurs.

Nous étions trop proches l’un de l’autre pour que je puisse lever la tête vers LUI et le regarder sans que cela paraisse étrange. IL était tellement grand que j’arrivais à peine au niveau de son épaule, je ne pouvais d’ailleurs pas m’empêcher de songer combien il devait être divin de reposer sa tête dans le creux de cette épaule accueillante et de se laisser bercer par la respiration calme et apaisante de cet homme fascinant.

Malgré cette présence masculine à mes côtés, si désirée et désirable, je remarquai que mon cerveau récupérait peu à peu ses sensations et sa lucidité. Et quand la jeune femme en quête de scoop débita sa nouvelle question d’un ton badin et l’œil pétillant, je saisis sans trop de difficulté ce qu’elle demandait à l’homme qui ferait un jour mon bonheur.

« And who’s that …young lady here beside you ? »

Elle n’avait pas pu s’empêcher, hein ? La curiosité est un vilain défaut, Madame. Mais alors qu’il penchait son visage de mon côté s’apprêtant à répondre, le gorille de Sécuritas surgit derrière nous, deux doigts posés sur son oreillette invisible. Il glissa quelques mots rapide mais efficace :

« No more time. You need to move on, please … »

« Oh ! All right… »

J’eus l’impression que mon partenaire de rêve avait été légèrement désorienté par l’interruption inattendue du Man in Black. IL offrit néanmoins un sourire désolé à la journaliste dont l’expression déçue en disait long, puis arquant un sourcil interrogateur, IL chercha des yeux son ami Alan Potter. Ce dernier se trouvait non loin, lui aussi interviewé par une chaîne de télé dont je ne reconnus pas le logo qui s’étalait en gros sur le micro du présentateur. J’étais dégoûtée de cette opportunité ratée. IL n’avait pas eu l’occasion de me présenter à la brunette, de toutes façons qu’aurait-il bien pu lui dire ? IL ignorait mon nom que je sache. Mais justement, à moins de m’appeler « Miss aux échasses » ou « Miss Jane Doe », IL aurait bien été obligé de me demander mon prénom et là …

Mister Gorilla nous poussa gentiment dans le dos et un rapide coup d’œil derrière moi me confirma qu’il fallait effectivement laisser notre place. Il y avait de plus en plus de monde autour de nous. Les robes de couturiers froufroutaient et les smokings taillés sur mesure étincelaient sous la clarté du jour qui s’amenuisait. Les stars plus belles et magnifiquement parées les unes que les autres se pavanaient en souriant à pleine dents sur le tapis rouge. Qui s’enlaçant par la taille, qui par les épaules dans des poses faussement naturelles devant les murs d’appareils photos.

Avec toute cette aventure rocambolesque, j’en avais presque oublié où je me trouvais. Je redressais la tête et aperçus alors à quelques pas de moi avec stupeur, Woody Allen en personne accompagné de sa jeune épouse au teint olivâtre et aux yeux joliment bridés. Ils souriaient eux aussi aux caméras, se déplaçant lentement sans aucune pression apparente. Pas d’italienne hystérique sur les talons.
Cette vision extraordinaire me fit rebasculer totalement dans la réalité. Cet événement deauvillais international attirait les chaînes de télé du monde entier et, je remarquais enfin la file de journalistes armés de micros et de caméras qui se tenaient en rang d’oignon prêts à quémander le moindre petit moment avec la première star qui passerait à leur portée.

Sans m’en rendre compte, nous avions rejoint Alan Potter et son épouse, guidés par l’homme de la sécurité qui semblait obéir sans discuter aux ordres de la voix qui logeait dans le fond de son oreille. On aurait pu le croire hypnotisé tellement on le sentait concentré sur son travail. Je frissonnais à l’idée que peut être on lui avait annoncé qu’un tireur embusqué menaçait d’abattre froidement l’un d’entre nous et qu’il était de son devoir de faire rempart de son corps pendant qu’il nous menait à couvert. Hum, je me repris en songeant que j’avais trop souvent maté Kevin Costner dans Body Guard. Dommage pour nous, notre garde du corps actuel ressemblait moins à l’acteur hollywoodien qu’à Jean-marie Bigard mais bon…Finalement quelque chose me dit que son but était juste de désengorger l’allée qui commençait vraiment à grouiller de monde.

Alors que nous atteignions l’entrée du Palais des Festivals, un monsieur à l’air coincé accueillit les trois américains avec condescendance, leur serrant vigoureusement la main et leur offrant les traditionnelles phrases de bienvenue. Ce ‘pince sans rire’ collé monté devait sûrement faire partie de l’équipe organisatrice du festival, celle dont on ne parle jamais dans les médias, qui n’a pas de visage mais qui est à la base de tout et sans qui rien ne serait possible. Il m’ignora réellement à la différence de la présentatrice de tout à l’heure, il ne daigna même pas regarder mes jolies chaussures à talons, objets de tortures que j’endurais avec un courage exemplaire selon moi et qui valait quand même bien un remerciement ou une reconnaissance quelconque. Mais non, rien, pas un regard. Tant d’effort pour rien ? Etais-je aussi insignifiante ?

Tout s’était passé si vite depuis ma simili-chute sur le tapis rouge que je n’avais même pas eu le temps d’échanger un seul mot avec la seule personne ici présente qui m’intéressait vraiment, et je sentais avec effroi que je risquais fort de me retrouver bientôt séparée de LUI si je n’agissais pas très vite.

Pourtant, IL se tenait là, plus prêt de moi qu’il ne l’avait jamais été et qu’il ne le serait peut être jamais. Pourtant, IL m’avait tenu la main, nous avions échangé des regards inoubliables. Pourtant, IL m’avait souri avec gentillesse et m’avait proposé de l’accompagner. Pourtant, IL ne s’était pas contenté de me relever juste pour jouer les chevaliers servants devant les dizaines de photographes et les centaines de fans agglutinés derrière les barrières. Pourtant, IL s’en allait. IL entrait sans se retourner à l’intérieur du bâtiment à la suite du monsieur guindé. Pourtant, IL me laissait seule à la porte, face à une hôtesse d’accueil vêtue de noir et cravatée de rouge qui me demandait d’une voix inflexible mon laissez-passer. Je tenais toujours à la main le précieux document et je lui tendis sans la regarder, les yeux toujours fixés sur la haute silhouette qui disparaissait derrière les grandes portes vitrée. Pourtant, IL allait forcément se retourner quand il se rendrait compte que je n’étais plus avec lui…forcément se retourner…

« Votre accès est limité à l’entrée des invités …Mademoiselle ? … Vous ne pouvez pas passer par cette entrée, elle est réservée aux … »

Aux stars, oui, je venais justement de voir mon étoile à moi me quitter, me plongeant dans les ténèbres de mon désespoir.

« Mais je suis avec … »

Qu’est ce que j’essayais de lui dire ? Est-ce que j’avais vraiment cru que j’étais avec LUI ? Ma pauvre fille. Lola elle-même me rirait au nez ! D’ailleurs où était-elle celle là quand on avait besoin d’elle ? Je sentais une vague de larmes sur le point de me submerger. Non, je ne pleurerais pas devant tout le monde et puis quoi encore ?

Je me forçai à sourire et demandai poliment :

« Oui bien sûr, par où dois-je passer ? »

Elle me rendit un sourire tout aussi forcé, mais elle au moins, elle était payée pour ça et n’avait pas un gigantesque tsunami lacrymal qui cognait à l’orée de ses cils. Elle m’indiqua une autre entrée sur la gauche nettement moins tape-à-l’œil que celle qu’emprunteraient toutes les célébrités pendant la soirée. Redressant fièrement le menton, je m’engageais vers cette porte de service sans éclat qui m’éloignait irrémédiablement de SON regard transparent et de son épaule que j’avais vu de si prêt mais dont il y avait bien peu de chance que je teste un jour l’agréable douceur.

Mais avant de passer la porte, une impulsion me fit me retourner pour tenter d’apercevoir une dernière fois SA séduisante silhouette avant qu’elle ne soit définitivement happée par la foule de ses semblables.

Et là, miracle, je LE vis à l’intérieur, de l’autre côté des portes vitrées. IL était revenu sur ses pas et discutait avec l’une des hôtesses au chignon rigide et sans défaut qui l’écoutait en secouant la tête négativement. Puis IL leva les yeux comme s’il cherchait quelque chose, ou quelqu’un, et mon cœur s’arrêta de battre pour de bon lorsque je croisai son regard. Le temps stoppa sa course folle un bref instant et tout se figea. IL me vit et son visage s’illumina d’un sourire absolument irrésistible qui me fit dangereusement vaciller sur mes hauts talons peu propices aux effets secondaires de ce genre de vision aussi féerique que dévastatrice. Sans me quitter des yeux, je vis qu’il bougeait les lèvres en s’adressant à l’hôtesse. Celle-ci regarda dans ma direction l’air plutôt surpris puis elle sortit précipitamment pour rejoindre sa copine hôtesse qui m’avait injustement refusée l’entrée principale. Elles palabrèrent à peine deux secondes qui semblèrent pour moi une éternité vu toutes les questions qui se bousculaient dans ma tête.

Lui, là bas, derrière ce mur de verre qui nous séparait, me souriait toujours, m’offrant un visage confiant et rassurant. Puis, IL me fit un petit signe de tête et à mon grand désarroi, tourna le dos, et sortit définitivement de mon champ de vision. Une panique sans nom, fulgurante et totalement déraisonnable m’envahit. Je faillis crier :

« Non ! »

D’ailleurs, j’avais du crier sans m’en rendre compte car l’hôtesse qui m’avait rejointe posa une main manucurée sur mon avant-bras et me dit :

« Calmez-vous Mademoiselle. Monsieur Miller m’a demandé de vous dire qu’il vous retrouvera lors du cocktail. Mais si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre, je vais vous mener à l’intérieur. »

Je la fixai bêtement détaillant l’ovale parfait de son visage bronzé, le carmin de ses lèvres, ses boucles d’oreilles en or. Elle était belle et sophistiquée, tout ce que je n’étais pas. Mais je l’aurais embrassée comme un rien pour ce qu’elle venait de m’annoncer.

Je la suivis. Mon rêve continuait.

vendredi, novembre 10, 2006

Chapitre 7 : Tapis Rouge

Lola avait pris en mains les opérations avec une efficacité redoutable. Il ne nous restait que très peu de temps avant le début des hostilités, enfin de la soirée, et Théo ne s’était pas privé pour nous faire remarquer avec sa délicatesse toute masculine qu’il n’allait pas attendre sagement après nous qu’on ait fini de se pomponner et de se maquiller.
Moi-même je ne me voyais pas me changer dans la même pièce que ce pervers et j’avais été diablement soulagée lorsqu’au bout de quelques minutes, il avait marmonné une phrase indistincte sur une prétendue obligation professionnelle qu’il ne pouvait manquer.
Il était sorti de la chambre dans une envolée de chemise froissée après nous avoir donné rendez-vous dans le hall, nous laissant entre filles face au moment crucial du « Que vais-je porter ce soir ? »

En effet, le choix de nos tenues d’apparat était Cornélien étant donné la situation exceptionnelle qui nous attendait. Nous allions côtoyer des stars internationales et Lola elle-même n’avait jamais assisté à pareil événement. Il y avait de quoi être excitée, ce qu’elle était à un point quasi surréaliste.

Personnellement, je me moquais un peu de rencontrer Clint Eastwood ou Julia Roberts, mais je ne pouvais m’empêcher de penser avec une délicieuse appréhension à un certain sourire ravageur que j’avais une envie dévorante de revoir.
J’avais essayé de m’imaginer l’intérieur du Palais des Festivals, et le déroulement de la soirée en me demandant à quel moment j’aurais une chance de l’apercevoir et si l’occasion miraculeuse se présenterait d’échanger quelques mots avec LUI.
Pendant que je tirais des plans sur la comète, Lola avait prouvé tout aussi efficacement que moi le matin même, que des fringues de filles étaient bien plus à leur place dispersées sur un couvre lit que tristement suspendues dans une penderie. Elle avait sorti quasiment tout ce qu’elle avait emporté de plus habillé dans ses valises.

Actuellement, elle était entrain d’admirer à bout de bras une petite robe noire dont la transparence vertigineuse me donnait presque le tournis et qui aurait fait rougir tout un régiment d’infanterie. J’espérais qu’elle n’avait pas l’intention de me faire porter cette tenue de meneuse de revue mais sa voix légère et coquine me rassura tout en me faisant encore plus douter des sentiments sincères de Schiffer à son égard.

« Elle est géniale non ? C’est une Versace ! Elle doit coûter une véritable fortune. C’est Théo qui me l’a offerte cet après midi. Il ne m’avait jamais fait un aussi beau cadeau ! »

Ben voyons, j’omis de lui faire remarquer qu’il manquait une doublure à son chiffon, ce qui finalement ne m’étonnait pas vu que c’était Théo qui l’avait choisie. Mais le pire, c’est que je me sentis étrangement jalouse à l’idée que Lola et Théo aient fait les boutiques ensemble pendant que je me morfondais solitaire et affamée sur les planches de Deauville.

Affamée, pour ça oui, d’ailleurs mon estomac marqua son propre avis sur la question en lâchant subitement un borborygme significatif qui souligna clairement ma pensée. Je rougis légèrement mais Lola n’y prêta pas attention et déposa sur le lit son minuscule bout de tissu à 1 000 € le centimètre carré puis elle fouilla parmi la pile de vêtements et s’empara d’une boule de soie chiffonnée.

Sous mes yeux incrédules, elle se tourna vers moi et agitant le chiffon devant elle, elle s’exclama ravie :

« La voilà !! Je savais bien que je l’avais emportée. »

« Hein ? C’est quoi cette loque ? Je croyais qu’on avait dit que tu allais me prêter ta petite robe à fine bretelles ? »

« Ouais mais non, finalement je suis certaine que celle-ci t’ira mille fois mieux. Regarde. »

D’un geste théâtrale, elle déplia la robe pour me la faire admirer et je sentis un sourire fleurir sur mes lèvres quand je découvris la petite merveille.
La soie était effectivement froissée mais c’est ce qui faisait tout le charme du vêtement. Bien sûr la couleur rose cendrée aurait dû me faire fuir ou me donner l’envie de la plonger dans un bain de teinture noire et pourtant, sans que je puisse me l’expliquer cette teinte délicieusement rosée qui me ressemblait si peu, me plaisait. Je tendis la main pour toucher l’étoffe délicate, et fus agréablement surprise de sentir sous mes doigts la finesse de cette matière à laquelle j’étais si peu habituée. Lola observait toutes mes réactions avec un grand sourire satisfait. Décidément, elle me connaissait trop bien.

« Je ne t’ai jamais vu porter cette robe ? Elle vient d’où ? »

« T’occupes ma vieille, je la gardais pour une occasion particulière mais franchement ça me fait plaisir que tu la portes ce soir. Essaie-la pendant que je passe la mienne, on va finir par être à la bourre et Théo va nous faire la gueule. »

Si je n’avais pas été moi même terriblement impatiente de me rendre à cette soirée, j’aurais sauté sur l’occasion pour provoquer la « gueule » de ce cher Théo. Mais ce n’était pas le soir pour jouer à ce petit jeu et finalement, en deux temps, trois mouvements nous avions revêtus nos habits de lumière et nous finissions de nous aider mutuellement à remonter nos fermetures éclairs lorsque Théo fit irruption dans la pièce en grommelant. Il s’arrêta net en nous voyant ainsi affublées et pour une fois je dus admettre que j’appréciais le regard admiratif qu’il posa sur Lola puis sur moi. Un sifflement s’échappa de ses lèvres alors qu’il s’approchait de sa dernière conquête en date et l’enlaçait possessivement par la taille.

« Je vais faire des envieux ce soir. On dirait que je ne me suis pas trompé en choisissant cette robe, chaton. »

Il embrassa Lola dans le cou, la faisant glousser. Puis relevant les yeux et me fixant de ses yeux couleur acier inoxydable :

« Toi aussi Jeanne, t’es pas mal du tout. Le vilain petit canard prend enfin son envol !! Ah !Ah ! »

Je l’aurais étranglé de bon cœur. Comment avais-je pu croire qu’il était capable de compliments sincères ? Je le maudis intérieurement jusqu’à la dix-huitième génération, ce qui était de toutes façons bien inutile étant donné qu’il n’aurait jamais d’enfant vu la petite taille de sa … Maserati spéciale célibataire endurci.

« Tu nous laisses encore deux minutes, Bébé ? On doit se maquiller et se passer un coup de peigne. Parce que deux épouvantails même parés de beaux atours feront toujours peur aux oiseaux ! »

Lola faisait dans la métaphore à présent ? Je haussais les épaules et me dirigeais vers la salle de bain, ignorant ostensiblement le ricanement de Théo et le bruit de succion écœurant qui suivit.

Je ne m’étais pas encore regardé dans une glace et ce que je vis dans l’immense miroir mural qui recouvrait tout un pan de la pièce me laissa sans voix. Ca ne pouvait pas être moi, cette jeune fille qui me dévisageait. Pendant la séance d’essayage, j’avais détaché mes cheveux et ils cascadaient sur mes épaules, pour une fois exempts d’épis malvenus et indisciplinés. Le noir intense, merci L’Oréal Perfection, de mes mèches bouclés s’harmonisait parfaitement avec le rose poudrée de la petite robe vaporeuse et très, très courte que je portais.
Elle s’arrêtait au dessus du genoux, enfin juste en dessous des cuisses si tant est qu’on puisse définir le début d’une cuisse. Mais je constatais avec soulagement qu’elle n’était pas transparente grâce aux multiples couches de soie froissée superposées et taillées en dégradé, légèrement plus longue vers l’arrière. Ca m’arrangeait d’ailleurs car finalement je n’avais pas super envie de montrer ma culotte à tout le monde. La robe n’était pas cintrée à la taille mais un large bandeau de dentelle ajourée soulignait la poitrine et les épaules étaient à demi cachées par d’adorables manches bouffantes de style très victorien.
Si mes cuisses n’avaient pas été aussi potentiellement visibles et mon décolleté aussi audacieusement indécent, je me serais presque sentie dans la peau d’une héroïne de Jane Austen. Mais à bien y réfléchir, j’avais du mal à imaginer Lizzie ou Emma aussi courte vêtues et les cuisses à l’air.
Quoiqu’il en soit, robe courte ou pas, j’étais assurément prête à rencontrer Mister Darcy.

Lola me rejoignit alors que je passais un rapide coup de blush sur mes joues. Elle m’apporta son aide experte à l’application de rimmel et autre eye-liner. Elle retoucha d’une main adroite son propre maquillage qui n’en avait absolument pas besoin étant donné qu’elle était toujours impeccablement fardée en tous lieux et toutes occasions. Je me demandais d’ailleurs souvent à quelle heure elle se levait le matin pour appliquer fards et fond de teint. Pour ma part, je n’aimais pas trop me cacher derrière ses faux semblants, ni abîmer ma peau avec des produits certainement testés sur des animaux. Et puis, j’osais croire que je n’avais pas besoin de tout ça. Je pensais vaguement à Günter et au regard qu’il m’avait lancé avant de m’offrir un verre, pas plus tard que tout à l’heure. Il ne m’avait pas prise pour un vilain petit canard lui !

Subitement Lola lâcha crayons et bâtons de rouge et s’exclama d’une voix enjouée qu’elle avait failli oublier la touche finale de ma tenue. Elle repassa dans la chambre, se tortillant d’une démarche chaloupée grâce à sa Schiffer-robe taillée dans un tissu aussi moulant qu’invisible. Elle farfouilla à nouveau dans une de ses valises et extirpa fièrement une paire de chaussures ultra féminines à talons hauts.

« Pour toi ma vieille ! J’attends depuis trop longtemps de te voir enfin porter de vraies chaussures de filles ! »

« … »

Que dire ? Elle avait indiscutablement raison et je n’y avais pas pensé jusque là mais pour une fois, je ne me voyais pas vraiment en robe du soir, chaussée de vieilles Docs usées.

Alors que je glissais mes pieds entre les fines lanières de cuir pailletées, je sentis mes orteils rechigner à s’installer dans ce nouveau lieu de villégiature. J’avais déjà mal et j’allais pourtant devoir marcher avec ça durant toute la soirée. J’eu soudain un immense respect pour ses mannequins haut perchées sur leurs talons aiguilles qui défilaient sur les podiums comme si de rien n’était.

Finalement, à notre grande fierté nous avions été exceptionnellement rapide pour nous préparer et après nous être cordialement félicitée l’une l’autre, nous avions rejoint Théo. Il était redescendu nous attendre au bar de l’hôtel et sirotait des Martini Dry en compagnie de spécimens de la gente féminine qui me rappelèrent des abeilles autour d’un pot de miel. Lola les expédia prestement en se pendant au bras du photographe et en leur exhibant sans vergogne son plantureux décolleté et ses formes avantageusement moulées. Je me retins d’éclater de rire devant leur mines dépitées, elles avaient peut être espéré qu’il inviterait l’une d’elles à fouler avec lui le tapis rouge du Palais des Festivals. Mais non, Mesdemoiselles, ce soir c’est nous qui aurions cette grande faveur. Enfin, moi je ne faisais qu’accompagner le couple, hein ! Je n’avais aucun lien avec Théo, et je priais tous les saints de ma connaissance pour ne pas me retrouver en photo avec eux dans un quelconque magazine.

Quelques minutes plus tard, le temps de traverser la rue et nous y étions. Il y avait encore plus de monde qui se pressait le long des barrières de sécurité. De là où j’étais, je voyais les flashs crépiter autour d’une haute silhouette distinguée qui me parut vaguement familière, un acteur célèbre sûrement, il y en aurait des tas ce soir.
Toute cette effervescence m’étourdit brusquement et j’eu comme un mouvement de recul. Mais Théo avait déjà été reconnu par certains de ses collègues photographes qui moins chanceux que lui n’avaient pas gagné le pass special guest et qui se retrouvaient à couvrir l’événement plutôt qu’à le vivre. Peu rancuniers en apparence, ils étaient tous entrain de canarder le couple formé par un Théo au sourire suffisant et une Lola sublime mais à la cambrure légèrement aguicheuse. Refusant absolument d’être associée à ce tableau insupportable, je tentai de me faufiler discrètement sans me faire remarquer mais un garde de la sécurité me barra le passage. J’agitais gentiment mon pass, en frimant quand même un tout petit peu je dois l’avouer, devant son visage fermé et sérieux et il me fit un bref signe de tête pour m’indiquer que je pouvais passer. Ma frimousse notablement inconnue n’attira pas la moindre attention de la part de la foule aussi anonyme que moi et je m’en réjouis tandis que je crapahutais tant bien que mal vers l’entrée du Palais.

Je réalisai trop tard que toutes les attentions étaient justement tournées là où je me rendais, vers trois personnes arrêtées dans l’allée et qui me bloquaient le passage. Parmi elles se trouvait la haute silhouette que j’avais remarqué précédemment. Là aussi les flashs se multipliaient en éclats de lumière incessants qui m’éblouissaient, s’incrustant obstinément sur ma rétine.
Je clignai des yeux plusieurs fois sans réussir à les faire disparaître. Je me sentais terriblement mal à l’aise et envahie d’une désagréable sensation de déjà vu. Puis j’entendis l’un des photographes appeler un nom et enfin je compris qui se trouvait juste devant moi sur le fameux tapis rouge des stars.
IL me tournait le dos, bien sûr, encadré par son ami réalisateur, Alan Potter et sa femme d’un côté et par son attaché de presse de l’autre. Je réalisai une seconde trop tard pourquoi cette dernière s’était éloignée. Pour ne pas polluer le champ des photographes. Ce que j’étais en ce moment même, bêtement et totalement involontairement entrain de faire. Je vis les photographes me montrer du doigt et me lancer des regards menaçants. Je pouvais deviner ce qu’ils pensaient sans trop de problème « C’est qui celle là ? Elle va virer du champ ou quoi ? » Par chance leurs objectifs n’étaient pas surmontés de canons de fusils car quelque chose me disait que ces snipers de photos n’auraient pas hésité à me cribler de balles. Ce qui aurait fait sensation dans tout le festival mais un peu tâche sur le tapis tout de même.

Un homme de la sécurité se précipita vers moi, en portant la main à son oreillette. Je me demandai si lui était armé par contre. Je voulus lui faciliter le travail en virevoltant sur moi même pour aller me cacher dans le premier trou de souris venu. Mais j’avais oublié que j’étais montée sur échasses et alors que Monsieur Sécuritas m’attrapait le bras sans ménagement, je me tordis théâtralement la cheville et je tombai à la renverse et sans trop de grâce à mon avis, dans ses bras musclés mais très peu accueillants. Aïe !
Ma petite cascade improvisée attira tous les regards et fit se retourner le couple Potter et leur fabuleux compagnon. Tout le monde me fixait avec surprise ou agacement. Mais, moi, dans le lot de tous ces regards incisifs, je ne voyais que SES yeux qui m’observaient avec, je l’aurais juré, une pointe d’inquiétude non feinte. Ils étaient encore plus magnifiques que lorsque je les admirais derrière mon écran de télé et définitivement ‘pas bleus’. Malgré ma situation plutôt scabreuse, je pris le temps de noter les touches de vert et de noisette qui se mêlaient harmonieusement dans ce regard translucide à l’intensité bouleversante.
Puis, alors que le grand protecteur de la sécurité dans le monde me repoussait loin de lui comme une pestiférée, je vis avec incrédulité une longue main fine se tendre vers moi avec une irrésistible galanterie pour me proposer de l’aide. Prends-en de la graine Monsieur le gorille insensible de chez Sécuritas !

Le temps sembla s’arrêter un bref instant. Je percevais les bruits comme lointain et étouffés. Les images de cette scène irréelle défilaient au ralenti, le tout entrecoupé du crépitement assourdi des flashs. Ce genre de choses n’arrivait que dans les films, j’en étais sûre. J’hésitais pourtant une infime seconde avant de prendre la main qui m’était si spontanément offerte.

SA paume était bien réelle, chaude et douce contre la mienne et je le sentis avec délice resserrer légèrement ses doigts autour des miens alors qu’il m’aidait à me redresser. J’avais l’impression d’avoir été propulsée comme par magie à l’intérieur de mon poste de télévision et d’être devenue l’héroïne de cette série que j’adorais. Lui et moi, contre nos ennemis imaginaires, face au monde et aux millions de téléspectateurs qui nous regardaient chaque lundi soir.

Certes, néanmoins, en cet instant magique, je me retrouvais dangereusement en équilibre sur mes deux échelles miniatures et je tanguais légèrement comme un marin sur le pont de son navire. Oups ! Comme s’IL avait deviné mon désarroi, IL m’offrit un sourire bienveillant et un son délicieux s’échappa de ses lèvres tel un papillon caressant ma joue :

« Are you OK, Mademoiselle ? »

« Hein ?! » Il me parlait à moi, au milieu de tous ses gens, sous le feu des caméras et des appareils photos, en plein milieu de ce tapis écarlate qui ne devait pas être loin d’avoir la couleur de mon visage actuellement.

« Ou…oui, …Yes. I’m… OK … »

Je me demandai si on remarquerait lorsque je me pincerais violemment pour me réveiller. Car forcément ce ne pouvait être qu’un rêve. Je vis mon sauveur se tourner vers ses amis et leur dire quelques mots puis s’adressant à moi, il m’offrit un large sourire qui manqua de m’achever totalement :

« Shall we go ? »

IL m’indiquait poliment l’allée devant lui et la porte du palais des congrès ou plusieurs personnes semblaient attendre après nous, enfin après eux du moins. Sans trop réfléchir et sans vraiment avoir le choix vu qu’il n’avait pas lâché ma main, je le suivis. Si ce n’avait été mes horribles chaussures inconfortables au possible, je me serrais cru entrain de marcher sur un nuage.

Un éclair de lucidité me fit jeter un œil en arrière et j’aperçus non loin, les yeux ronds et étonnés de Lola qui me fixaient avec une stupeur indescriptible. Je lui fis un pauvre petit sourire en haussant timidement les épaules puis poursuivis mon chemin à petits pas. Mon cerveau toujours complètement déconnecté de la réalité.

Chapitre 6 : Un papillon et une mouche

Il avait dit « Comme c’est dommage ».

Les mots résonnaient en boucle dans ma tête comme un disque rayé. Le souvenir de sa voix chaude et suave virevoltait comme un papillon à mes oreilles. Et je n’avais aucune envie que ce charmant petit insecte volant me quitte.

Pourquoi cette petite bestiole s’en irait-elle d’ailleurs puisque là sous mes yeux s’étendait juste pour elle un immense champ de fleurs à butiner. Une palette de tâches multicolores qui scintillaient et se reflétaient dans ma rétine tel un somptueux écrin arc en ciel au creux duquel reposaient deux opalines translucides. SES yeux.

J’avais croisé son regard dévastateur l’espace d’un fugace instant et je m’étais soudain sentie toute petite et idiote face à lui.

Idiote d’avoir gobée le mensonge éhonté de mon écran de télévision qui m’avait fait croire pendant des mois que ses yeux étaient bleux ce qui n’était pas la réalité. Et toute petite parce qu’il était tout bonnement plus grand que moi !

Décidément ses yeux avaient une fâcheuse tendance à me bouleverser, et à causer chez moi une incurable addiction qui s’amplifiait de façon phénoménale avec le temps. Sur l’échelle de Richter, spécialité fine-eyes, j’avais atteint un niveau critique de dépendance qu’il allait finir par se muer en un besoin quasi maladif de les contempler quotidiennement. Il était clair qu’ils devenaient un danger potentiel pour ma santé mentale.

Le doux battement d’aile du papillon disparaissait progressivement pour être remplacé par le bourdonnement désagréable et insistant d’une grosse mouche. C’était la voix de Lola qui tentait de se frayer un chemin jusqu’à mon cerveau déboussolé. Elle me parlait tout en me tirant par le bras pour me relever car j’étais toujours assise par terre dans l’ascenseur, les genoux repliés sous le menton. Je finis par me redresser avec un léger soupir et je laissais s’échapper à regret le joli papillon et l’image du champ de fleurs se volatilisa.

« Comment ça va ma vieille ? Tu m’as fait peur, j’ai cru que t’étais tombée dans les vapes ! Tu me diras, je te comprends ! Ca m’a fait un choc à moi aussi. Punaise, quand Potter à ouvert la bouche, j’étais trop surprise pour sortir une phrase correcte. Ils ont du me prendre pour une demeurée incapable de parler deux mots d’anglais. Ca fait pas professionnel tout ça … »

Et moi alors ? Je n’osais même pas penser au spectacle pathétique que j’avais dû leur offrir, et à l’expression ébahie qui avait du s’étaler sur mon visage. J’imaginais un petit smiley bavant aux yeux exorbités, vautré sur le sol et je fermai les yeux en secouant la tête pour chasser cette image déplaisante. Pourtant au fond de moi, je me sentais toute légère et une étrange sensation de bien-être se diffusait dans tout mon être lorsque je repensais au dernier regard qu’il m’avait lancé. Avais-je imaginé le sourire qu’il m’avait adressé, à moi, au moment où les portes se refermaient ? Si je l’avais rêvé, alors je ne voulais pas me réveiller …

Finalement, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent au deuxième étage, sur un couloir complètement désert cette fois. Bzzz, Lola, la mouche agaçante, continuait son monologue en me poussant devant elle sans ménagement.

« C’est dingue ça, il a fallu qu’on tombe sur lui justement au moment où j’allais t’annoncer ma super nouvelle ! »

« Hein ?! »

« Mais ouais !! Ca va vraiment pas toi, on dirait !! »
Elle s’arrêta et me fit pivoter pour me mettre face à elle. Elle claqua des doigts plusieurs fois sous mon nez prenant un air soucieux et concerné, façon John Carter avec un patient.
« Suis mon doigt. Oxo, la Terre ?! Eh, Oh !! Wakie-wakie. T’es où là ? Je te sens pas très réceptive. »

« Si, si, je t’écoute »
Je lui offris un sourire que je voulais rassurant mais elle ne défronça pas les sourcils. J’espérais qu’elle n’allait me faire passer un scan crâne avec bilan complet et radio du thorax. Mais, finalement, elle fit la moue et se détendit, elle n’aurait pas à demander un avis chir’. Ouf !

« Mouais, t’as pas vraiment l’air bien. Faut que tu te reprennes, ma vieille parce que là, c’était rien !! Ce que j’allais te dire justement, c’est qu’on va pouvoir assister à la soirée au Palais des Festivals. Et il y a de très fortes chances qu’on tombe encore sur lui. Et sur plein d’autres stars au passage. »

Elle était toute excitée. Je la connaissais par coeur et je savais que pour elle, cette soirée, en plus d’être un moyen de croiser à nouveau son idole, était surtout une super opportunité pour son travail. J’avais tendance à oublier qu’elle était à Deauville pour le boulot quand même.

« ON va pouvoir assister ? Moi, je ne suis ni photographe, ni journaliste, ni rien du tout. Comment veux-tu que je rentre là bas ? »

Il fallait bien qu’une de nous deux soient un peu réaliste dans cette histoire.

« Oh, là, là, Madame rabat joie. Théo Schiffer, tu connais ? »

Arrghh !! J’aurais du m’en douter. Je devrais mon bonheur à ce crétin. Quel ironie !

Néanmoins, je ne pus m’empêcher de sourire tandis que la délicieuse perspective de LE revoir le soir même commençait à se concrétiser. Je sentais comme un infime battement d’aile de papillon sur ma joue. Il n’était pas loin.

« Théo ne prendra pas de photos ce soir, il est special guest et il m’a proposé d’être sa partner. C’est la première fois qu’on sera en public ensemble. » Elle était rose de plaisir. « Et je te raconte pas comment ça va booster ma carrière en plus ! »

Je ne doutais pas qu’être prise en photo en compagnie du plus grand coureur de jupons de Munich la rendrait tristement célèbre. Les pages des revues People regorgeaient de ces jeunes femmes inconnues accrochées au bras d’hommes comme lui qui leur promettaient monts et merveilles. En général l’édition suivante du magazine nous offrait la photo d’une fille différente tout aussi anonyme vouée à disparaître encore plus rapidement. Je ne voulais vraiment pas que cela arrive à mon amie.

« Lola, est ce que tu es certaine de toi ? Je veux dire avec Théo, tu sais … ? »

Nous avions repris notre progression dans le couloir et je savais que nous aurions bientôt atteint la chambre de Théo, je devais faire vite.

« Il t’a déjà fait souffrir par le passé. T’as pas oublié quand même ? Je ne voudrais pas qu’il recommence. Je m’inquiète pour toi tu sais.»

Lola m’offrit un large sourire et me passa un bras autour des épaules.

« Jeanne, t’es mon ange gardien, je t’adore. Mais je sais ce que je fais, crois moi. J’ai pas oublié, je t’assure mais je m’amuse trop depuis que je suis avec lui. Si tu le connaissais aussi bien que moi ... »

Non, non, sans façon franchement. Plutôt mourir ! Les quelques moments que j’avais partagé avec eux depuis mon arrivée à Deauville ne m’avaient vraiment pas donné l’impression qu’il avait changé. Mais Lola était grande et je ne voyais pas ce que je pouvais faire à part la mettre en garde contre ce bourreau des cœurs.

« J’espère vraiment que tu as raison, ma belle. Je n’ai pas envie de te ramasser à la petite cuillère quand tout ça sera fini »

« Pas de danger, ça n’arrivera pas ! »

Elle me colla un baiser retentissant sur la joue juste au moment où nous atteignions la chambre du photographe. Un brouhaha sonore émanait des murs et à peine Lola eut-elle poussé la porte qu’une musique assourdissante nous submergea. Encore une chose que j’avais oublié chez Théo, il adorait la techno.

« Ahhh, vous voilà enfin toutes les deux !!! Je commençais à croire que j’allais aller à cette soirée tout seul. »

Il raccrocha son téléphone portable et le jeta sans façon sur le lit d’un mouvement qui m’énerva sans raison particulière, juste parce que c’était lui et qu’il portait une chemise blanche informe, au tissu étrangement luisant et froissé sur un pantalon de toile à fines rayures noires et blanches maintenu par une paire de bretelles incongrues, très fashion. Il s’était mis sur son 31 et je l’aurais bien vu défiler sur un podium au milieu d’autres mannequins à la tenue tout aussi loufoque. Si je n’avais pas été déjà persuadée qu’il s’apprêtait à faire son show lors de la soirée, j’en étais maintenant convaincue.

Lola se jeta dans les bras de son amant et ils s’embrassèrent goulûment. Je me retins de faire la grimace et détournais les yeux. Je laissais tomber sur le sol mes deux sacs que j’avais trimballé toute l’après midi et qui me sciaient horriblement l’épaule. Me massant le cou, je m’approchais discrètement de la fenêtre qui, j’aurais du m’en douter, donnait directement sur le front de mer en face du Centre de Thalassothérapie. Il avait vraiment une sacré veine le Théo, les meilleures chambres, les plus belles femmes, une veine de cocu en fait. Cette pensée me fit ricaner. Puis mon oeil fut attiré par une foule de personne qui grouillait à la droite de l’hôtel. Je reconnus l’imposant Palais des Congrès. Il avait été paré aux couleurs du festival et orné de drapeaux et de grandes affiches. Les mêmes que j’avais vu un peu partout durant mes errances solitaires dans Deauville.

Pourtant lorsque j’avais rejoint l’hôtel quelques minutes plus tôt je n’avais pas remarqué toute cette effervescence, je devais être dans ma bulle pour ne pas changer. En tous les cas, à présent, je voyais très bien la multitude de photographes amassés devant les portes du palais et les badauds qui se pressaient derrière les barrières. De toute évidence, la soirée débuterait bientôt et ils ne voulaient rien rater du spectacle. J’avais encore du mal à croire que j’allais moi aussi assister à cet événement. Ce n’était pas la soirée de clôture mais quand même, il y aurait de beau monde. Et il y aurait LUI, surtout.

Je laissai mon esprit divaguer en songeant qu’il était vraiment très séduisant en smoking noir, rien à voir avec l’autre gravure de mode dégénérée. Je sentis les ailes du papillon souffleter contre mon oreille. « Comme c’est do … »

J’ouvris grand la bouche et laissai échapper un cri qui aurait facilement pu concurrencer ceux de Lola si un jury avait était présent pour nous départager.

Je me retournai paniquée vers Théo et Lola qui se décollèrent d’un seul coup en me regardant étonnés. D’ordinaire c’était le rôle de Lola de hurler comme ça mais …

« C’est impossible, je ne peux pas vous accompagner à cette soirée. Je …j’ai rien à me mettre !! »

Lola éclata de rire tandis que Théo soupirait bruyamment en faisant ‘non’ de la tête.

« T’inquiètes ma vieille, tu te souviens de la petite robe à fines bretelles que tu me conseillais de porter ? Elle t’ira à ravir. Mais je t’avertis, je garde la veste Dolce & Gabbana ! »

La grosse mouche était finalement une gentille libellule et heureusement pour moi, elle était ma meilleure amie.

Chapitre 5 : « Comme c’est dommage »

Théo nous avait rejointes alors que j’étais encore sous le choc de cette rencontre, enfin presque-rencontre, enfin non-rencontre finalement.

Ce mufle allemand nous avait gratifié Lola et moi d’un immense sourire narquois qu’il avait accompagné d’un petit discours ironique.

« Ben alors les filles ?! Pas de hurlements hystériques ? Pas d’évanouissement ? Pas de pamoison ? Vous me décevez là. Ah ! Ah ! »

L’envie m’avait horriblement démangée de lui décocher un royal uppercut dans la mâchoire et la vision du photographe s’écroulant sur le sol en se tordant de douleur avait subitement surgit devant mes yeux. Quelque part, je regrettais sincèrement que la formule magique Adava Kedavra ne soit efficace que dans l’univers imaginaire de J.K. Rowling car à ce moment précis, je l’aurais utilisé avec un plaisir jubilatoire.

La mine désolée de Lola m’avait légèrement réconforté, je savais qu’elle me comprenait et qu’elle aussi avait été hypnotisée par SON apparition inattendue. Elle m’avait pourtant prévenu qu’il logeait dans cet hôtel mais je ne m’étais absolument pas préparée à le croiser de façon aussi rapide et impromptue. En fait de le croiser, je l’avais surtout aperçu de loin mais au moins, j’avais eu la confirmation visuelle qu’il existait réellement. Qu’il était une personne de chair et de sang et non juste ce petit être de fiction qui habitait dans mon écran de télévision et qui me chamboulait les sens chaque lundi soir.

Retenant vaillamment mes pulsions meurtrières, j’avais finalement suivi Théo et Lola dans le dédale de couloirs qui devait nous mener jusqu’à la chambre de Schiffer, l’homme qui valait une Maserati coupé sport. En chemin, j’avais eu la confirmation, à mon grand agacement, que la réputation du photographe allemand n’était plus à faire. Théo avait été salué, interpellé et, embrassé par une bonne vingtaine de personnes liées de prêt ou de loin au monde du show biz et qui lui avait offert des « Hello » et des « How are you ? » excessifs et proprement insupportables. Je m’étais soudain rendue compte que l’hôtel grouillait de ses confrères et consoeurs journalistes et photographes venus couvrir ce Festival international deauvillais. Ils allaient et venaient un peu partout l’air très, très occupés et terriblement sûrs d’eux.

J’imaginais que derrière les portes closes que nous longions se tenaient tout un tas d’interviews et de séances photos. Tout en suivant notre célébrissime guide, grossièrement collé à Lola qui irradiait de plaisir, je n’avais pas cessé d’épier dès qu’une porte s’entrebâillait, essayant de repérer un visage connu ou même juste le timbre d’une voix familière.

Mais le mauvais sort s’était acharné contre moi et je n’avais fait qu’entrapercevoir en coup de vent à travers une superbe baie vitrée, le décor d’un plateau de télé reconstitué sur les bords de la piscine de l’hôtel. J’avais néanmoins eu la chance de reconnaître le monstre sacré du cinéma américain qui se pliait de bonne grâce aux questions de deux journalistes entrain de gesticuler sous les feux de trois énormes projecteurs et devant l’objectif d’une caméra relativement passive. Je me rappelais vaguement avoir lu dans le Nouvel Observateur que cet acteur et réalisateur mondialement connu et Impitoyable devait présider cette année le Festival en question.

J’avais eu l’impression de flotter dans un rêve éveillé jusqu’à ce qu’on arrive dans l’antre du briseur de cœur germanique. Là, Théo avait retrouvé l’un de ses assistants, en plus il avait des assistants, occupé à préparer son matériel de photo et ils s’étaient mis à palabrer en allemand sans plus se soucier ni de Lola, ni de moi. Nous avions finis par comprendre que sa majesté és photo avait été nominé dans la catégorie « Meilleur léchage de bottes » puisqu’il avait réussi à obtenir une séance de shooting exclusive avec une actrice italienne révélée par le dernier Woody Allen et que tout le monde s’arrachait depuis son arrivée en ville. La star capricieuse avait refusé toutes photos jusqu’à ce qu’elle apprenne que le Grand Schiffer était à Deauville, et elle avait exigé qu’il s’occupe d’elle en personne. Mais qu’est-ce qu’elles avaient toutes avec ce type ?! Bien entendu, Lola avait pitoyablement supplié qu’il la laisse assister à cette séance qui devait avoir lieu dans l’après midi et j’avais eu vraiment honte pour elle en la voyant se mettre littéralement à genoux devant lui. Ahem …

Je les avais laissé régler leur petite affaire tous les deux et j’avais gentiment mais fermement repoussé l’offre de Günter, assistant-esclave attitré de l’ami Théo, qui m’avait proposé d’aller boire un verre en attendant la fin des négociations entre son maître et ma meilleure amie. Sa proposition était on ne peut plus galante et le jeune homme fort agréable au demeurant, mais il ressemblait un peu trop à mon ex, Justin, dont le souvenir encore douloureux me serrait le cœur lorsque je rencontrais un chevelu brun aux yeux verts et à l’apparence très ‘leader de groupe de Métal’, ce qui était le cas de Günter ici présent, dommage pour lui.

Lola avait été ma bouée de sauvetage durant ce catastrophique épisode de ma vie amoureuse. Elle avait courageusement supporté mes crise de larmes à répétition et participé activement au pogrom amélioré que j’avais improvisé au milieu de ma chambre et où j’avais détruit toutes mes photos et tous mes albums du groupe de Justin. Je crois que depuis ce moment là, je n’avais plus jamais voulu écouter une seule note de sa musique que j’adorais pourtant à l’époque. De cette relation passionnée qui avait duré plusieurs années, j’avais conservé des influences et des goûts musicaux que Lola ne partageait pas et une tendance très poussée à m’habiller en noir. Je devais fréquemment rappeler à mon amie que l’univers du Métal n’était pas plus dangereux à côtoyer que celui de la photo, et pour cause. Mais cela ne l’empêchait pas d’être très inquiète lorsque j’allais à un de ces concerts démoniaques où elle était persuadée que les musiciens se prêtaient sur scène à toutes sortes de rituels sacrificiels. Pour rien au monde elle n’aurait accepté de m’y accompagner, même si elle m’aimait beaucoup, elle avait ses limites.

J’avais aussi les miennes, c’est pourquoi j’avais catégoriquement refusé de jouer comme elle les petits chiens derrière Théo toute la journée et après qu’elle m’eut indiqué l’adresse de son hôtel, nous nous nous étions séparées et données rendez vous là bas vers 18h00.

18h15. J’attendais devant L’Espérance, c’était bon signe, rue Victor Hugo, et bien entendu, je n’avais toujours reçu aucun appel, ni SMS sur mon portable.

Mais bizarrement, cela ne m’étonnait pas vraiment. Après avoir poireauté quelques temps dans le hall de l’hôtel Royal sous l’œil inquisiteur du portier, sans aucune nouvelle de Lola, j’avais fini par quitter les lieux la mort dans l’âme sans avoir eu la moindre prunelle bleutée à me mettre sous la dent. J’avais passé le reste de l’après midi à flâner ou plutôt à errer comme une âme en peine dans les rues de Deauville au milieu de la foule des touristes de tous horizons venus dans cette belle région de Normandie dans l’espoir d’y croiser une vedette de son célèbre festival annuel plus qu’avec l’envie d’en apprécier son cidre fermier.

18h20. Mon estomac grondait furieusement pour me rappeler qu’hormis un petit sandwich acheté ce midi dans le train, je n’avais rien mangé de consistant depuis des heures. Je mourrais de faim. Dans la crainte de rater Lola, j’hésitais à bouger de mon poste d’observation stratégique pour trouver une boulangerie. Le réceptionniste de son hôtel n’avait pas voulu me laisser monter dans sa chambre tant que ‘Mademoiselle Lola’ n’était pas arrivée en personne. Merci, la confiance règne !

18h25. Je commençais à maudire Lola et à me dire que finalement elle méritait bien le gigolo qui lui tenait lieu de petit copain.

18h30. Un sentiment d’abandon et de déprime totale m’anéantissait peu à peu et je me sentais seule comme jamais.

18h35. La sonnerie de mon téléphone portable me prit presque par surprise tellement mon esprit s’était détaché de mon corps terrestre m’emportant dans les limbes du désespoir.

18h36. Un hurlement caractéristique me confirma que l’organe vocal de Lola était en parfait état de fonctionnement.

« Désolée ma vieille !! Ramène tes fesses au Royal. Changement de programme, pas le temps de t’expliquer par téléphone. Aboule !!! »

Et voilà, elle avait raccroché, plus vite que l’éclair, je me demandais si je la haïssais ou si je l’adorais. Bref, je décidais de lui laisser encore une chance et je me dirigeais d’un pas lourd et fatigué vers le Boulevard Cornuché, tout de même titillé par une pointe de curiosité.
Elle me sauta dessus à peine les portes du palace franchies.

« Grouille-toi, Théo nous attend dans sa chambre !!! » Elle me propulsa littéralement vers les portes de l’ascenseur.

« J’ai passé une très bonne après midi, merci Lola. Et toi, ton actrice italienne ? »

« Hein ? … Oh, elle ? Une vraie conne ! Affreuse sans maquillage en plus ! Mais on s’en fout, j’ai une super nouvelle ! »

Encore une ?! C’était quoi cette fois ? Théo lui avait permis de nettoyer l’objectif de son appareil photo ou de porter son sac pendant qu’il en draguait une autre ? Nous étions seules dans l’ascenseur et je me dis que c’était peut être le bon moment pour lui parler de cœur brisé à cœur brisé. J’avais une mémoire moins sélective que la sienne et je devais lui en faire profiter.

« Lola … »

« Jeanne, faut que … »

Pas le temps, la cage d’ascenseur venait de faire escale au premier étage pour embarquer une nouvelle cargaison de passagers et les portes s’ouvrirent en sonnant sur un tableau plutôt stupéfiant. Ding ! Comme par un effet de baguette magique, un couple en tenue de soirée, et robe à paillette se tenait devant nous. Bababoum ! Je ne voyais que la haute silhouette de l’homme élégant et distingué qui les accompagnait et que je reconnus aussitôt. Deux yeux couleur opaline, pas vraiment bleu vu d’ici, illuminaient son beau visage aux traits gracieux. IL portait avec classe un smoking noir orné d’une pochette de satin et d’un nœud papillon. Sa veste entrouverte laissée deviner une ceinture bandeau qui lui ceignait la taille. Je l’avais rarement vu aussi beau, ni d’aussi prêt d’ailleurs.

Les trois passagers potentiels de notre navette ascensionnelle interrompirent leur conversation en nous apercevant et le deuxième homme qui n’était autre que le réalisateur Alan Potter, nous demanda avec un sourire charmant :

« Down ? »

Lola et moi devions avoir l’air de deux parfaites idiotes complètement bouchées, l’une comme l’autre incapable de répondre.

Comme dans un rêve, mon héros cathodique vola à notre secours et avec un sourire magnifique prononça dans un français à l’accent absolument délicieux :

« Descendez-vous ? »

« No. Up ! » Fit Lola en pointant bêtement son index vers le plafond.

« Comme c’est dommage. »

Ces quelques mots énoncés d’une voix au timbre chaud et sensuel, il faut bien l’avouer, trouvèrent sans effort le chemin de mon cœur et s’y logèrent avec une douceur telle, qu’elle laissa dans son sillage une agréable sensation d’apaisement.

Il recula d’un pas et tendit une main aux longs doigts effilés pour appuyer sur le bouton d’appel de l’ascenseur voisin. Les portes de notre cage d’acier entamèrent leur processus de fermeture automatique et je ne sais dire ce qui me retint de me jeter entre elles pour stopper leur progression. Je ne voulais pas être séparée de lui, de son regard, de sa présence tout simplement. Mais mes pieds semblaient rivés au sol et mes cordes vocales avaient fait leurs valises pour Mars ou ailleurs mais en tous les cas très loin de moi. J’étais muette et paralysée.

Juste avant que les portes ne se referment pour nous couper définitivement de lui et de ses amis, je le vis jeter un coup d’œil rapide sur mes Docs usées. Il arqua un sourcil et son sourire s’élargit largement, accentuant les fossettes de ses joues. Incrédule, je croisais son regard fabuleux un très court instant sans arriver à déchiffrer ce que j’y lisais. Puis, le métal reluisant de la porte fermée me renvoya mon propre sourire figé.

Au moins, je lui avais rendu son sourire pensais-je encore éblouie tandis que toutes forces m’abandonnaient et que je me laissais glisser sur le sol, le dos contre le mur de l’ascenseur qui reprenait sa banale ascension.

Chapitre 4 : Ralph, Jean-Paul, Coco et les autres

Lola m’attendait au bout du quai vêtue d’un jean taille basse ultra chic et chaussée d’étranges chaussures mi baskets, mi escarpins, dont l’ergonomie fit instinctivement recroqueviller mes orteils en imaginant l’état des siens coincés par l’étroitesse du soulier. Elle avait judicieusement agrémenté sa tenue très sport wear, d’un léger débardeur à l’effigie de Ralph Lauren et négligemment jetée sur ses épaules un polo marine rayé bleu et blanc. J’avançais vers elle, fendant la foule des passagers qui se pressait pour rejoindre le hall de gare, et je songeais qu’elle faisait très couleur locale habillée de cette façon. Je notai que toutes les femmes autour de moi portaient au moins un vêtement de style marin. Je me félicitai une fois de plus de m’être habiller tout en noir, au moins, je ne me fondrais pas dans la masse, moi. Toutes ces femmes croyaient-elles vraiment qu’on allait les prendre pour des autochtones juste parce qu’elles s’étaient déguisées en modèle de chez Jean Paul Gaultier ?

Il ne manquait plus à Lola qu’une épuisette et un saut pour parfaire le tableau. Néanmoins, si elle voulait vraiment aller ramasser des crevettes sur la plage, je lui conseillerais vivement de changer de chaussures. Je pouffai en l’imaginant affublée d’une paire de bottes en caoutchouc jaune vif et d’un ciré du même coloris. Comme j’approchai, elle m’aperçut enfin et me fit un grand geste de la main manquant d’éborgner un imprudent monsieur qui passait prêt d’elle et qu’elle ignora royalement.

« Jeanne ! Jeanne ! »
Elle gesticulait frénétiquement en criant inutilement mon nom étant donné qu’elle avait bien vu que je l’avais repérée, mais quelque chose me disait qu’elle le faisait un peu exprès afin d’attirer les regards sur elle. Sacrée Lola, elle ne changerait jamais ! Lorsque je l’eu rejointe, elle ôta ses énormes lunettes de soleil qui lui donnaient l’air d’une mouche géante et je notais les deux C entrelacés qui ornaient les branches piquetées de faux brillants. Je commençais déjà à en avoir marre de tout cet étalage de marques de luxe, mais je me doutais que ce n’était que le début.

« Te voilà enfin !! Je suis trop contente que tu sois là, ma vieille !! Tu m’as manqué, si tu savais !! J’ai un milliard de choses à te raconter. »

Elle me gratifia sur chaque joue de grosses bises retentissantes et me passa un bras amical autour des épaules. Je lui souris, trop heureuse moi aussi de la retrouver. Je devais bien avouer qu’elle m’avait terriblement manqué.

« Théo nous attend, il est garé devant l’entrée. » En me voyant froncer les sourcils, elle ajouta précipitamment. « C’est lui qui a proposé de m’accompagner, il a changé tu sais ! »

Je revoyais encore mon amie en larmes, lamentablement vautrée sur mon canapé entrain de s’empiffrer de crème glacée quelques mois plus tôt alors que Théo Schiffer, le photographe à la mode que le tout Paris s’arrachait, venait de la plaquer pour s’envoler vers Munich, avec dans ses valises, un mannequin suédois probablement mineure par dessus le marché. Il était de mon devoir de protéger mon amie et je décidais de lui parler dès que j’en aurais l’occasion. Pour le moment, nous nous dirigions vers la sortie, bras dessus, bras dessous.

« J’ai réussi à baratiner le réceptionniste de mon hôtel pour qu’il accepte que tu partages ma chambre. Avec le festival, il n ’y a plus une seule chambre de libre dans tous les hôtels à des kilomètres à la ronde. A part dormir chez l’habitant, tu aurais été bien embêtée ce soir ! ah !ah ! De toutes façons, j’ai deux lits simples dans ma chambre et puis, pour tout te dire, je n’y dors pas souvent ces derniers temps. »

Elle me décocha un clin d’œil coquin. Mince, les choses semblaient plus avancées que je ne le pensais avec Théo, et il faudrait que je fasse vite si je voulais arriver à rattraper le truc.

« Mais je ne t’ai pas dit le plus beau ?! J’ai découvert qu’IL loge dans le même hôtel que Théo. Je te jure, même que tout à l’heure on a bu un verre au bar à deux tables de la sienne. Punaise, j’ai rien pu avaler tellement j’étais perturbée. Il est TROP beau en vrai !!! Je ne pouvais pas m’empêcher de le regarder, mais discrètement, tu me connais hein ?! »

Ouais, je la connaissais même très bien et je doutais que le mot discret soit très représentatif de son comportement en général, mais je me gardai bien de lui dire et me contentai de boire ses paroles avidement.

« Je te raconte ça tant que Théo n’est pas dans le coin parce qu’il a piqué une de ces crises de jalousie après ça. Il paraît que j’arrêtais pas de LE mater et que s’en était gênant. Moi, je suis certaine qu’IL ne m’a même pas remarquée. M’enfin… »

Malheureusement, je n’imaginais que trop bien la scène et je ne doutais pas que tout le monde dans le bar avait remarqué son petit manège. Déjà lorsqu’elle se tenait correctement, ce qui dans le cas de Lola était aussi improbable que de se comporter discrètement, elle passait difficilement inaperçue auprès de la gente masculine, son physique avantageux déchaînant le plus souvent une rafale de regards assassins de la part des épouses. Mais en plus, si pour arranger les choses, elle avait passé son temps à espionner la table d’à côté…Je levais les yeux au ciel.

Par contre, à l’idée de Théo lui faisant une scène, je me sentis fulminer. Il était rudement gonflé l’animal quand même.

« Mais je te rassure tout de suite, IL était juste accompagné de son copain réal’ et de sa femme mais pas de girlfriend. Il est venu à Deauville seul, j’en suis sûre !!! »

Elle m’offrit un sourire de connivence tandis qu’on sortait de la salle des pas perdus. Bizarrement, j’étais soulagée par cette nouvelle mais quand même légèrement jalouse à l’idée qu’elle avait eu la chance de LE voir de prêt.

Théo nous attendait au volant d’une Maserati coupé sport décapotable outrageusement rouge, et garée non moins outrageusement en double file. Grand frimeur devant l’éternel, le photographe avait rabattu la capote et arborait fièrement une paire de lunettes de soleil dont je préférais ignorer la marque, ça commençait sérieusement à me saouler. En me voyant, il m’offrit un sourire éclatant qui aurait sans problème rivaliser avec celui d’un certain présentateur has been qui sévissait à la télé française dans les années 80. Je me forçais à lui rendre son sourire mais sans desserrer les dents.

« Salut Jeanne ! Tu vas bien depuis le temps ? »

Oh, ça allait très bien jusqu’à ce que j’entende ton nom prononcé par ma meilleure amie à qui tu as brisé le cœur en mille morceaux, l’abandonnant sans un remord. Salaud !

« Ouais, ça va super Théo ! Et toi ? » Je maudissais ma lâcheté mais je devais épargner Lola avant tout. Elle aimait ce trou du cul.

Il se pencha côté passager sans bouger les fesses de son siège et tira sur la poignée pour ouvrir la portière. Quelle galanterie ! Je remarquais alors que son magnifique coupé sport en plus d’être mal garé et certainement incroyablement cher ne comportait que deux places à l’avant et une banquette riquiqui à l’arrière. Et ouais, c’est pour ça que ça s’appelle un coupé.

« Euh…je m’assois où ? »

Théo sourit de plus belle :
« C’est l’inconvénient avec ces petits joujoux. Absolument superbe mais pas fait pour les familles nombreuses. Mais j’ai pas pu résister à l’acheter ! De toutes façons je ne pense pas fonder une famille dans les jours qui viennent. Ah ! ah ! Quoi que … »

Son regard lubrique détaillant les formes de Lola me donna soudain la nausée et je me souvenais à présent combien je détestais son léger accent allemand. C’est pourtant ce qui avait séduit Lola à l’époque ainsi qu’une bonne centaine d’autres nanas avant elle, et certainement après et surtout pendant.

« Allez ! Jump on board, girl ! On va pas bien loin, tu peux bien arriver à te trouver une petite place à l’arrière. »

Je me glissai à contre cœur dans l’espace étriqué et réussi je ne sais comment à caser mes deux sacs et mes deux jambes entre le dossier et la banquette en cuir beige du bolide. Je songeai avec amertume au fauteuil de seconde classe dans le train que je venais de quitter. Il faisait figure de canapé Everstyle à côté de cette boite à sardines italienne. Lola se coula langoureusement sur le siège passager et Théo lui sauta presque dessus, lui passant une main derrière le cou pour l’attirer contre lui. Il lui roula ce qu’on appelle communément et vulgairement, je l’accorde, un « méchant patin », en ayant prit soin de vérifier que je ne ratais rien du spectacle. J’étais persuadée que s’il n’avait pas de spectateur, ou -trice, ce connard ne devait pas réussir à prendre son pied.

Quand tu auras fini d’essayer d’avaler la langue de ma copine, je pourrais peut être éteindre la chandelle et on pourrait y aller.

« Ah, l’Amour ! » Dis-je en le regardant droit dans les yeux.

Heureusement pour mes pauvres genoux, le voyage jusqu’à l’hôtel fut relativement court si on considère que la gare se trouvait à quelques minutes à peine du front de mer et que nous aurions été aussi vite à pieds vu la circulation. Il se gara devant l’entrée en faisant crisser ses pneus. J’en conclu avec désespoir que son show était loin d’être terminé. Il sauta hors du véhicule sans prendre la peine d’ouvrir sa portière. Ca ne devait sûrement pas être tendance. Puis je le vis avec horreur siffler un portier et lui lancer les clés de son jouet à roulettes. Il glissa un billet dans la poche de son uniforme en lui tapant sur l’épaule d’un geste paternaliste. J’avais envie de vomir et tout en m’extirpant du coupé sport pour célibataire, je me demandais comment j’allais supporter ce mec même si ce n’était que pour deux jours. Lola quant à elle le dévorait des yeux ce qui n’arrangeait pas mon aversion.

Théo était un crétin fini, mais il était évident qu’il savait choisir ses hôtels. Celui-ci était le plus huppé de Deauville, l’Hôtel Royal, très prisé par les stars qui séjournaient en ville. Il était situé prêt du front de mer, non loin du Casino et du centre de thalassothérapie et il suffisait de traverser la rue pour rejoindre le Palais des festivals.

Tout de même un peu intimidée, j’avais pas l’habitude moi, j’entrai dans le hall à la suite du couple princier, j’ai nommé Théo et Lola. Je fus aussitôt écrasée par la splendeur des lieux, les tentures rouges et or, les colonnades, le marbre qui recouvrait le sol et le magnifique piano à queue qui trônait au centre de cet endroit irréel. Je n’osais plus faire un pas, ne me sentant absolument pas à ma place et mal à l’aise dans mes Docs noirs craquées aux encornures avec mon vieux sac Adidas à bout de bras. Théo et Lola avaient filé à la réception et un groom en livrée s’approcha de moi pour me demander avec un sourire contrit si je souhaitais qu’il me débarrasse de mon paquetage. Le ton de sa voix me donna l’impression qu’il avait employé le mot ‘débarrasser’ au sens propre du terme. Avant de m’enfuir en courant, je tentais de bafouiller que je ne faisais qu’accompagner deux amis dans ce lieu féerique et que je n’avais pas la moindre intention d’y séjourner. Non pas que je n’en ai pas envie, mais quelque chose me disait que mon banquier ne serait pas particulièrement enclin à m’octroyer un prêt juste pour régler ma note d’hôtel.

A mon grand soulagement, Lola vola à mon secours pour expliquer au jeune homme qui lorgnait toujours sur mon sac que j’étais son amie et que nous étions là avec Monsieur Schiffer. L’évocation de ce nom béni associé au sourire, et surtout au petit débardeur griffé et au décolleté plongeant de Lola, eut pour effet de décrisper le cerbère en costume qui nous proposa subitement d’une voix mielleuse de déposer nos ‘effets’ au vestiaire durant notre visite dans son établissement. Ce que je refusais d’une voix toute aussi mielleuse, mon sac étant très bien avec moi. L’employé zélé finit par nous abandonner à notre triste sort non sans avoir jeté un dernier coup d’œil méprisant sur ma tenue peu orthodoxe.

« Tiens ma vieille, tant que j’y pense, voilà ton pass pour la conf de demain. Tu sais, Théo et moi, on a du taf ici et je ne sais pas si j’aurais beaucoup de temps à t’accorder alors … essaie de profiter des lieux pendant ce temps là. L’hôtel a une super piscine. »

« J’ai pas de maillot. »

« Ah ? Ben c’est pas grave, il y a plein de boutiques en ville, si tu veux aller faire du shopping. »
Mais elle délirait là ou quoi, je n’avais pas était écrasée et, tripotée dans les transports en communs, puis de nouveau écrasée dans la caisse de son amant « m’as-tu vu » pour venir jouer les touristes à Deauville. J’allais lui dire le fond de ma pensée quand un brouhaha de voix me fit tourner la tête.

Une nuée de personnes plutôt bruyantes venait de déboucher dans le hall d’accueil. Et IL était là parmi eux. Visiblement, ils sortaient tout juste d’un salons privés de l’hôtel. Deux nanas très sophistiquées griffonnaient sur les bloc notes qu’elles tenaient à la main. Une autre au visage très sérieux, avait plaqué un téléphone portable contre son oreille et ne quittait pas l’acteur des yeux. Un homme sapé comme un représentant de commerce faisait de grands gestes en parlant fort. Et lui, au milieu de tout ça, écoutait, la tête penchée, attentif et poli, acquiesçant par moment. Je voyais son profil parfait, son nez gracieux et ses pommettes arrondies. Je notais que ses cheveux étaient plus longs que dans la série ce qui lui allait plutôt bien. Il se balançait légèrement d’avant en arrière, les mains dans les poches, mais sans que cela dénote un quelconque malaise. Au contraire, je le sentais parfaitement à l’aise et très calme. Son interlocuteur lui dit quelque chose qui l’amusa et il redressa la tête en riant. Je me sentis fondre au son de ce rire si familier. Cette fois, je l’entendais pour de vrai, sans filtres artificiels. Pas d’écran de télé, ni de hauts parleurs entre son rire et mes tympans. Malgré la distance qui nous séparait, je vis nettement les coins de sa bouche se relever et une ridule se dessiner sur sa joue alors qu’il riait. Par photos interposées, je connaissais tellement par cœur tous ses petits détails qu’une envie dévorante m’envahit d’un coup et je me mis à désirer ardemment qu’il tourne la tête juste un instant pour que je puisse voir ses yeux.

Au lieu de ça, la nana au portable raccrocha et lui glissa quelques mots à l’oreille, il hocha la tête et interrompit le flot de paroles du gars en costard. J’entendis et reconnu comme dans un rêve sa voix rauque et posée sans saisir ce qu’il disait. Mais je compris qu’il prenait congé du simili VRP en lui serrant chaleureusement la main. Les autres nanas se mirent soudain à papillonner autour de lui et finalement la fille au portable remporta le gros lot en lui agrippant le bras, elle prononça le mot « hurry » avec un fort accent américain. Il salua son entourage une dernière fois et sans un regard en arrière, suivit dans le couloir la femme qui devait être son attaché de presse.

« … ma vieille ? … »

Lola me tirait par le bras mais je n’arrivais pas à réagir.

Alors c’était tout ? Mais c’était pire que tout justement. Le voir, mais être en dehors de son univers, en dehors du cercle. Je me tenais là à quelques pas de lui mais il ne m’avait pas vue, il ne m’avait pas cherchée des yeux. D’ailleurs, pourquoi l’aurait-il fait ? Je n’étais personne pour lui. Ce n’était pas de l’indifférence de sa part. C’était juste la réalité. Et je venais de réaliser avec un désespoir terrifiant que sa réalité n’était pas la mienne. Et qu’elle ne le serait probablement jamais.

Chapitre 3 : On the road again …

J’étais restée catatonique devant le SMS de Lola pendant plusieurs minutes puis je m’étais mise à voler littéralement dans mon appartement, tourbillonnant d’une pièce à l’autre comme un Taz en furie. J’avais extirpé de dessus mon armoire, mon sac de voyage couvert de poussière, mais au moins pas de Curly dans ce coin là, le contraire m’aurait passablement inquiété. J’avais sélectionné à l’arrache quelques fringues parmi le fatras sans forme toujours étalé un peu partout dans ma chambre.

Sélectionner était un bien grand mot si l’on considérait que je piochais au hasard dans la pile de vêtement sans vraiment réfléchir. Le fait est que je n’avais pas vraiment le temps de m’attarder sur le choix existentiel de ma garde robe. Ce qui m’aurait d’ordinaire pris deux bonnes heures d’indécision et de crises de désespoir devait être aujourd’hui réglé en 30 minutes montre en main. Car je devais prendre le train de 11h30 qui partait de la gare St Lazare et il était déjà 10h00 bien sonnées. J’habitais Montmartre, dans le 18e et n’avais heureusement pas tout Paris à traverser en métro mais me connaissant, avec mon sens inné de l’orientation, il ne valait mieux pas que je traîne et je devais encore acheter mon billet. Autant dire que mon planning était serré, et je devais au plus tard avoir atteint le guichet de la gare pour 11h00 tout en tenant compte de la marge d’imprévus prévisibles qui tombaient irrémédiablement sur moi dans ces moments là.

Je fourrai donc au hasard dans mon sac, des sous vêtements de rechange, un petit pull col V au cas où le climat normand déciderait subitement de précipiter l’arrivée de l’automne en mon honneur, un jean usé que j’avais porté un ou deux jours durant la semaine mais qui ferait bien l’affaire, un vieux T-Shirt tout déformé, dernier vestige de mes années Bon Jovi et sur lequel on devinait encore le décalco délavé représentant le groupe à son heure de gloire, tout de cuir vêtus, cheveux longs et crêpés. C’était pour dormir de toutes façons.
Je fis un saut dans la salle de bain où j’enfournai machinalement toute une batterie de produits de beauté dans ma trousse de toilette qui s’avéra forcément trop petite pour contenir autant de flacons et tubes pourtant indispensables à mon voyage. Ne pouvant fermer complètement la fermeture éclair, je calai la trousse telle quel dans le fond de mon barda et, je croisai les doigts pour qu’elle ne déverse pas tout son contenu parfumé mais néanmoins collant dans mon sac pendant le voyage.
J’étais atterrée de voir que le strict minimum vital que j’avais pourtant rigoureusement sélectionné, débordait déjà de mon petit sac. Devant ce spectacle déprimant, j’hésitai à ajouter une serviette de toilette qui a coup sûr empêcherait la fermeture de la glissière. Un rapide coup d’œil aux aiguilles en forme de zig zag qui sautillaient sous le cadran de ma montre Kickers me confirma que je n’avais plus le temps de tout ressortir et de chercher un sac plus grand. Tant pis, dans un geste résigné, je rejetai l’épaisse serviette violette brodée à mes initiales, idée cadeau fort originale que j’avais reçu à mon dernier Noël et, je me rabattis sur ma paire de collants résilles préférée, ça pouvait toujours être utile et au moins ça ne prenait pas trop de place.

Je glissai mes pieds nus dans une paire de chaussettes noires et enfilais par habitude mes vieilles Docs au cuir élimé. Malgré les remarques incessantes et désagréables de Lola concernant ces chaussures, je refusais catégoriquement de m’en séparer, j’étais bien trop à l’aise dedans et puis je ne sais pas, elles me rappelaient une certaine époque et j’y tenais. Dans un élan de lucidité, je pensais à éteindre mon PC, à prendre mon chargeur de portable et, mon lecteur MP3 en priant pour que les piles fonctionnent suffisamment longtemps pour que je puisse l’utiliser dans le train. Un rapide et dernier tour d’horizon avant de partir puis j’enroulai un immense chèche autour de mon cou, j’étais facilement sujette aux angines. D’une main déterminée, je passai la sangle du sac sur mon épaule et sorti sur le palier. Au moment de tourner la clé dans la serrure, je me frappai le front avec la paume de ma main et rouvrit la porte. Je marmonnai dans ma moustache en attrapant rageusement mon sac à main que j’avais consciencieusement oublié et qui trônait sagement sur la commode dans l’entrée. J’étais irrécupérable !

Miraculeusement, j’avais attrapé le premier métro sans avoir besoin de courir, j’étais sortie à la bonne station et je n’avais même pas attendu plus de 15 minutes au guichet de la gare pour acheter mon billet. Le regard glacial que j’avais lancé à la vieille dame qui m’avait poliment demandé si je pouvais lui laisser ma place dans la file d’attente m’avait certainement beaucoup aidé mais je préférais ne pas m’attarder sur ce point. A la guerre comme à la guerre ! Je n’avais pas le temps d’être aimable et mon train était déjà à quai prêt à partir.

A présent, j’étais confortablement installée dans le train corail Paris-Deauville, à côté d’une grosse dame au mutisme spectaculaire qui faisait comme si je n’existais pas, m’enfonçant son coude dans les côtes et, face à un adolescent dégingandé, gigantesque, aux oreilles décollées dont les jambes interminables m’obligeaient à me tenir de travers pour éviter que nos genoux ne se touchent sans arrêt. Il me souriait d’un air niais sans s’excuser à chaque fois que sa jambe frôlait la mienne et je soupçonnais, légèrement dégoûtée qu’il le faisait exprès. Le wagon était bondé et je ne voulais pas chercher une autre place au risque finalement de me retrouver debout pendant les deux heures de trajet. Mais qu’est ce que tous ces gens allaient faire à Deauville, nom d’une pipe ?

Agacée, je feignis donc ostensiblement de ne rien remarquer et décidai d’ignorer dignement mes voisins de route. Je fouillai dans mon sac besace en croûte de cuir et trouvai finalement les oreillettes de mon lecteur MP3 coincées entre mon portefeuille Naf-Naf et mes Rayban. J’enfonçai soigneusement les petites pastilles de plastiques dans mes oreilles et pressai le bouton « ON ».
Alors que les tamtams entamaient leur mélodie chaude et rythmée, je laissai la musique couler comme une rivière sonore dans ma tête en ébullition. J’attendis impatiemment le premier riff de guitare et l’arrivée de la voix grave et si familière du chanteur. Cet improbable mélange musical agit sur moi instantanément, m’apportant paradoxalement un calme et une plénitude que contredisait bruyamment le tempo de la chanson. Il n’empêche, je me sentais bien, et prête à affronter ce qui m’attendait à Deauville. Je sortis mon téléphone portable pour envoyer un SMS à Lola, lui annonçant que j’avais bien embarqué à bord du Deauville Express et qu’elle avait intérêt à m’attendre à mon arrivée. Je cliquai sur « envoi » et les petites notes caractéristiques du téléphone portable brouillèrent quelques secondes les ondes de mon MP3.
« Message bien envoyé ».

Je m’enfonçai dans mon fauteuil et autorisai enfin mon cerveau à réfléchir, ce que je lui avais interdit depuis la lecture du dernier SMS de Lola. J’avais foncé directement à la gare sans me poser de questions et je ne pouvais plus faire marche arrière. Dans 2h00 j’allais débarquer sur les quais de la gare de Deauville et je n’osais me laisser aller à penser que j’allais peut être LE rencontrer là bas.

Je connaissais un peu Deauville pour y avoir travaillé un été pendant mon adolescence et même si ce n’était pas un petit village où tout le monde se connaissait, les gens qui participaient au Festival s’agglutinaient le plus souvent dans les palaces sur le front de mer et il suffisait de se balader dans les parages pour avoir la chance de croiser certaines stars du petit et du grand écran. Je fis la moue, ce n’était pas mon univers et mon expérience deauvillaise ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable, j’avais eu du mal à me sentir à ma place dans ce milieu de riches insouciants qui dilapidaient leur argent dans les casinos et les spas en se racontant leurs dernières vacances à Ibiza ou Palm Beach. M’enfin, je ne voulais pas me stresser d’avantage et je fermais les yeux pour savourer ce moment. Je calai mon chèche comme un oreiller sous ma joue collée contre la vitre et en quelques secondes je sombrai dans un semi sommeil bercé par le roulement régulier du train.

Deux prunelles bleus dansaient devant moi, au dessus d’une rangée de dents scintillantes impeccablement alignées. Une voix profonde résonna étrangement et un rire enthousiaste m’arracha un sourire irrépressible. Il se tenait sur une scène au milieu d’autres acteurs avec lesquels il jouait dans la série. Il souriait et se tournait volontiers à l’appel de son nom clignant des paupières sous les rafales de flashs incessants, tandis qu’une armada de photographes les canardait avec des appareils aux zooms démesurés.
Sérieux, je m’étais toujours demandé si c’était un concours entre eux, les photographes, à celui qui aurait le plus gros, le plus long, enfin … je sais pas, ça m’avait toujours fait marrer.
Subitement, je reconnus ma propre voix qui appelait son prénom, bêtement, comme tous les autres amassés au pied de la scène. Et pourtant, étrangement, il sembla percevoir ma voix perdue au milieu du brouhaha. Il tourna la tête dans ma direction, ses yeux scrutant la foule. Je m’étais tu, le cœur battant, bloquant ma respiration. Au moment où ses yeux accrochèrent les miens, je reçu comme une décharge électrique en plein cœur. Il me fixait intensément, sourd à présent aux appels des photographes qui s’impatientaient et criaient son nom de plus belle. Il ne souriait plus, les yeux rivés sur moi. Je contemplais son visage concentré et j’eu la certitude que c’était lui, l’homme de ma vie. Je ne pouvais pas me tromper. Un des acteurs près de lui, attira son attention en posant une main sur son bras et il se détourna juste assez longtemps pour que je m’esquive en me faufilant entre les silhouettes sans visage qui m’entouraient. Je ne me retournais pas pour voir s’il m’avait vu partir. J’essayais de me mettre à courir, je sentais que je devais fuir, m’échapper le plus loin possible de cet endroit mais quelqu’un me retenait par le bras, et me secouait. Je tentais de le repousser, demandant qu’on me laisse tranquille mais la pression s’accentua sur mon épaule et je sentais qu’on me secouait de plus belle.

Je repris brusquement pied dans la réalité, pour découvrir qu’un des écouteurs avait glissé de mon oreille pendant mon sommeil et que mon opulente voisine me secouait comme un prunier pour me réveiller. Je compris très vite malgré ses bougonnements inintelligibles mâtinés d’un fort accent du Nord, qu’elle était indisposée par le bourdonnement continu qui émanait de mon lecteur MP3. J’estimais pour ma part que c’était une faveur que je lui offrais en lui faisant découvrir ce groupe helvète fabuleux aux sonorités électro surprenantes. Mais elle ne semblait décidemment pas de mon avis et n’accepta de se renfermer dans son mutisme que lorsque j’eu enfin éteint mon appareil au son démoniaque.

Le géant aux feuilles de choux quant à lui, profita honteusement de l’incident pour étaler un peu plus ses jambes sous mon siège et pensant sûrement que c’était le moment de saisir sa chance, il se pencha vers moi pour me demander d’un air complice ce que j’écoutais. Je faillis exploser de rire en entendant sa voix haut perchée d’adolescent entrain de muer, qui jurait complètement avec son physique. Pourtant, je me retins en imaginant combien il devait souffrir de cette période de croissance ingrate qu’il subissait sans pouvoir rien y faire. Malheureusement pour lui, son genou qui se rapprochait dangereusement du mien me fit frissonner de dégoût et refroidit la minuscule parcelle de pitié que j’avais ressenti pour lui.

« Pourriez vous, s’il vous plait, ôter vos jambes de mon espace personnel. Je ne voudrais pas être obligée d’appeler un contrôleur. Merci. »
Sous entendu « Espèce de porc, tu peux virer tes sales pattes et arrêter de te frotter à moi sinon je crie au viol ! Vicieux ! »

L’adolescent me lança un regard ahuri et s’empressa de replier ses jambes sous son siège ce qui lui donnait un air encore plus crétin. Je hochai la tête satisfaite mais énervée, il m’avait gâché mon rêve cet imbécile.

Je laissai mon regard se perdre dans le paysage insaisissable qui défilait de l’autre côté de la vitre et je songeai tristement que de toutes façons ce n’était qu’un rêve. Un de plus. Pourquoi étais je venue à Deauville ? A quoi bon ? Franchement, il fallait que je fasse quelque chose contre mon moral en dent de scie qui avait pris la fichue habitude de n’en faire qu’à sa tête.

Je voulais juste être heureuse moi, je ne demandais pas grand-chose.



Chapitre 2 : Paris St Lazare 11h30

J’avais eu un mal fou à m’endormir hier soir et autant de mal à me lever ce matin, vu le peu d’heures de sommeil que j’avais engrangé. S’endormir à 4h00 pour se lever à 6h30, je ne le conseille vraiment à personne. Heureusement, je travaillais chez moi et je n’avais pas besoin d’être opérationnelle trop tôt. Du fait, j’avais un peu traînassé au lit et laissé la nouvelle déballée par Lola la veille lentement infuser dans mon cerveau.

La nuit dernière, sur le coup je n’avais pas vraiment réalisé la portée de ce qu’elle m’avait annoncé. J’étais encore sous le charme de l’épisode que je venais de regarder, j’étais fatiguée et Lola me hurlait dans les oreilles, ce qui n’avait rien arrangé. Mais ce matin, la lucidité légendaire qui me caractérisait, m’avait rattrapée pour ne plus me lâcher. Elle m’avait suivi jusque dans ma salle de bain et quand je m’étais regardée dans la glace, j’étais resté sans voix devant le portrait ahurissant que me renvoyait mon miroir. J’avais offert une jolie grimace à mon reflet alors que je tentais vainement d’assagir mes épis rebelles. J’avais l’impression d’avoir endossé le rôle de Bridget Jones, mon héroïne favorite, l’alcool et la cigarette en moins. Mais je refusais catégoriquement de monter sur ma balance, j’avais ma dignité quand même et ce n’était pas le jour. Réprimant l’envie irrésistible que j’avais de retourner me coucher, j’essayais d’oublier mon marasme sous une bonne douche réparatrice, non sans avoir vérifié que je n’avais pas de message de Lola sur mon téléphone portable.

L’incursion dans ma penderie ne m’avait pas plutôt rendu le moral. Après avoir sorti quasiment la totalité de mes fringues qui gisaient à présent étalées sur le sol et en travers de mon lit défait, il était flagrant que je n’avais rien à me mettre. Je choisie sans entrain de passer un jupon en dentelles qu’une vendeuse des Galeries Lafayette m’avaient vendue presque de force en me balançant l’éternelle ritournelle de tous les vendeurs et vendeuses de France et de Navarre « C’est très tendance ». Oui, merci, je sais, j’en ai déjà assez avec ma sonnerie de portable. Bref, j’avais finalement opté pour le modèle en noir au grand désespoir de la vendeuse qui voulait me refourguer un de ses coloris vert amande ou jaune poussin bien plus tendance qui irait parfaitement avec mon teint de lait d’après elle. Trop heureuse de lui clouer le bec, je n’avais pas démordu de mon choix en lui disant que le noir était indémodable et que ça allait avec tout. Elle avait finalement tourné le nez se désintéressant totalement de mon cas désespéré et j’étais passé à la caisse pour régler d’un air triomphant mon jupon noir au milieu de toutes ses clientes très tendance qui achetaient des débardeurs colorés. Contre toute attente, j’avais été très satisfaite de mon achat que j’avais porté durant tout l’été.

Ce matin, j’ajoutai à ma tenue un petit T-Shirt noir moulant. En ce début septembre, les températures étaient encore assez douces pour que je n’ai pas besoin d’enfiler un pull par-dessus A défaut de me sentir belle, au moins, je me sentirais à l’aise, et puis le noir était ma couleur préférée et aujourd’hui, elle était de circonstance.

A présent, j’étais assise devant mon écran d’ordinateur, écoutant distraitement la voix suave de Kate Bush qui susurrait doucement dans les hauts parleurs du PC. Je rêvassais en regardant deux pigeons grisâtres et moches se chamailler un quignon de pain rassis sur le bord de ma fenêtre. L’un deux avait un moignon à la place d’une patte et me faisait pitié, c’est pourtant lui qui réussit à sortir victorieux de se combat de rue, enfin ce combat d’appui de fenêtre en l’occurrence. Je ne sais pas pourquoi mais j’étais contente pour lui et je ressentis un regain d’entrain pour me mettre enfin à travailler.
Je me frottai les mains l’une contre l’autre, chassant toutes images de prunelles bleu de mon esprit et m’apprêtais à taper sur les touches de mon clavier quand trois petites notes de musique résonnèrent dans mon appartement. Un SMS venait d’arriver sur mon portable. Je me propulsai telle une fusée de mon fauteuil à roulettes, faisant s’envoler les pigeons dans un claquement d’ailes affolées. Je me jetai presque sur le téléphone que j’avais laissé sur ma table basse. Sur l’écran lumineux je vis avec ravissement une petite enveloppe qui m’indiquait un message en attente. Sans prendre le temps de m’asseoir je pressais la touche et lu avidement ce qui suit : « IL vient arrivé. sorti taxi devant moi. peux pas apelé. biz »

Je ne pouvais détacher mes yeux de ces quelques mots à l’orthographe douteuse qui venaient bêtement de me replonger dans la déprime. Elle l’avait vu, il était là bas quelque part entrain de respirer le même air que moi. A vol d’oiseau, il était à quoi ? Deux ou trois heures ? Ca met combien de temps un pigeon pour faire Paris-Deauville ? Je m’affalai sur le canapé et posai mes pieds nus sur le bord de la table, mon téléphone toujours en main. Une sensation étrange m’envahit comme si je connaissais cet acteur personnellement et que j’avais un besoin urgent de le voir, là tout de suite maintenant. Comme si j’étais cette jeune femme de la série et que j’avais envie qu’il me dise ce qu’il lui avait dit à elle hier soir, ici même dans mon salon. Je secouais la tête, voilà que je me mettais à confondre l’acteur et son personnage maintenant, ça devenait grave.

Et pourtant, j’avais réellement l’impression de le connaître. Quand je fermais les yeux je pouvais parfaitement détailler le moindre détail de son visage, sa bouche charnue et voluptueuse, ses yeux bleu pâles qui semblaient toujours animés d’une étincelle d’énergie intarissable, son sourire éclatant et spontané dont il n’était pas avare et qu’il distribuait sans compter, son rire communicatif, ou ses larmes émouvantes. Je connaissais son visage par cœur mais lui je ne le connaissais pas. Cette réalité me frappa en plein cœur sans que je m’y attende et je me surpris à détester le monde entier, lui et moi inclus sans aucune raison apparente. Il fallait que je me reprenne, tout cela ne me mènerait à rien et je devenais vraiment ridicule.

Je n’étais décidemment pas du tout motivée par le roman à traduire qui m’attendait sagement sur mon bureau, et dont l’auteur, une américaine au nom imprononçable, prenait vraiment ses lecteurs pour des abrutis en leur offrant une héroïne sensée être un ange déchu, née d’une fée et d’un démon, et qui revenait sur Terre pour venger sa famille assassinée. Tout un programme !

Je choisi donc d’allumer la télé, les émissions à cette heure de la matinée m’abreuveraient d’images insipides qui me calmeraient plus sûrement que n’importe quel cachet. Je tombai sur une rediffusion de la dernière émission de télé réalité du moment.
Djamel, clone parfait de Faudel, était entrain de chanter, faux et de danser, mal devant un groupe d’adultes qui le regardait d’un œil morne et critique. Après cette pitoyable prestation le jeune homme visiblement très intimidé resta planté dans l’attente du verdict. Celui-ci fut cinglant et impitoyable et la caméra suivit en gros plan la malheureuse victime qui sortait en larmes de ce tribunal d’inquisition revisité. Je soupirais, à la fois dégoûtée pour lui et légèrement satisfaite d’avoir assistée, ainsi que quelques millions de téléspectateurs français, à une humiliation en règle qui à mon grand soulagement n’était pas la mienne. En voyant arriver la candidate suivante, une certaine Mélinda, poupée Barbie formatée au possible, je n’eu que le temps d’attraper la télécommande avant qu’elle n’ouvre la bouche sur une note qui semblait encore plus fausse que celle proposée par son infortuné prédécesseur. Néanmoins, j’avais eu le temps de remarquer sa tenue colorée, très tendance et près du corps et je pensais ironiquement qu’elle ferait sûrement plus d’effet au jury que notre ami Faudel bis.

La zappette ne m’avait pas demandé mon avis et m’avait traîtreusement redirigée vers la chaîne que j’avais regardé la nuit dernière. J’avais bien choisi mon moment, et une annonce de la chaîne explosa mes tympans. Elle montrait des images du prochain épisode de la série, délayant des extraits musicaux aux tonalités variées par dessus lesquels une voix affreusement monocorde vantait les exploits de John, héros aussi étonnant qu’intelligent et terriblement mignon.

Pour une raison inconnue, cette banale remarque émanant de cette voix-off sans âme me révolta. Que connaissaient-ils de ce personnage ? En bonne fan de la première heure, j’avais la prétention de croire que j’étais la seule à connaître John et ses mystères, la seule à savoir le comprendre et l’apprécier. Néanmoins je n’arrivais pas à détacher mon regard de l’écran, je m’enivrais des images pourtant déjà tant de fois visionnées. Il marchait nonchalamment les mains dans les poches, un grillage le séparait de la belle jeune femme en blouse blanche avec laquelle il discutait. Il courrait dans un couloir, les traits du visage défaits et du sang sur les mains. Les plans suivants montraient d’autres acteurs, d’autres lieux. Puis, une publicité pour une marque de détergent ultra puissant me ramena à la réalité, il était parti. Je fixais le vide un moment, sourde aux éclats sonores distillés par mon poste de télévision. Les annonceurs publicitaires faisaient encore plus fort que les concepteurs de génériques dans le style "destruction auditive". Je finis par appuyer inconsciemment sur le bouton « arrêt » et lâchais bêtement l’appareil par terre. Le clapet s’ouvrit lorsqu’il toucha le sol et les piles s’échappèrent du compartiment en roulant sous le canapé. « Et Merde ! »

Je m’apprêtais à m’agenouiller pour tenter de récupérer les petites fugueuses qui devaient se cacher dans le repaire des moutons et des Curly desséchés qui avaient élus domicile sous mon sofa quand la petite musique horripilante de mon portable se remit à sonner. Cette fois c’était un appel, j’abandonnai sans regret les piles au milieu de leur nid de poussière, et je décrochai le cœur battant pour entendre la voix aigu de Lola qui à ma connaissance n’avait jamais atteint un niveau de décibels aussi élevé. Elle ne me laissa même pas le temps de dire un mot et ne m’offrit pas le moindre bonjour mais faillit bien terminer l’œuvre des publicitaires destructeurs de tympans en beuglant comme un goret qu’on égorge à l’autre bout du fil.

« Ma vieille, c’est du délire !!! Je l’ai vu il y a pas 15 minutes, il était là devant moi et j’aurais pu tendre la main pour le toucher. Je ne sais pas comment c’est possible mais des fans savaient qu’il devait venir et dans quel hôtel il créchait. Ils étaient une vingtaine à l’attendre devant les portes et ça a été l’émeute quand il est sorti du taxi. Je te jure, j’ai halluciné. Heureusement j’avais ma carte de presse et mon appareil photo donc les vigiles ne m’ont pas expulsé avec les autres nanas mais, merde, il y en avait qui hurlaient comme des hystériques. Ah, ah, ah !!! Je t’ai envoyé le SMS dès que je suis rentrée dans le hall de l’hôtel et que j’ai pu reprendre mon souffle. Tu l’as reçu ? Mon SMS ? »

Elle fit enfin une pause et franchement je me sentais presque aussi excitée qu’elle. J’avais envie de rire et de sauter partout.

« Ouais je l’ai eu ton SMS. Mais là t’es où, tu fais quoi ? »

« Ben justement, je suis encore dans le hall de l’hôtel, je dois assister à une séance photo, Théo a réussi à me faire inscrire sur la liste des accréditations. Et mon boss a contacté une attachée de presse de je ne sais plus qui pour me donner une autorisation plus large. Il veut que je couvre la conférence de presse de demain matin et la soirée de ce soir !!! Je suis sur un nuage, c’est génial, en plus il fait méga beau. Tu verrais ça, il y a un monde fou sur les plages….Oh, non, MERDE !!! »

« Quoi ? Qu’est ce qu’il y a ? »

« Ben j’avais pas prévu pour la soirée et j’ai rien à me mettre ! »

J’éclatai de rire en repensant à la tonne de fringues que Lola avait enfourné dans sa petite valise avant de partir. Elle était une véritable Fashion Victim au sens obsessionnel du terme et sa silhouette parfaitement proportionnée lui permettait de porter pratiquement tout ce qu’elle voulait. Ce qui était loin d’être mon cas, d’ailleurs nos sorties shopping entre filles me le rappelaient bien trop souvent. En plus, son métier de photographe lui permettait d’être toujours au courant de la dernière tendance et je l’avais rarement vu porter deux hivers de suite le même manteau ou le même jean. Pour elle, tout se démodait à une vitesse folle.

« T’inquiète Lola, un rien t’habille. T’as qu’à porter la robe à fines bretelles que je t’ai vu glisser dans ta valise. Elle sera parfaite avec ta petite veste Dolce & Gabbanna. »

« Tu crois ? Ouais je n’y avais pas pensé, je vais voir. Mais j’irai quand même faire un tour en ville dans les boutiques où vont les stars quand elles viennent à Deauville. »

J’avais oublié qu’en plus d’avoir un super job et une taille mannequin, Lola était pleine aux as.

« Bon, c’est toi qui vois. En tous les cas, t’as intérêt à bien ouvrir les yeux et à tout me raconter en détail à ton retour. »

« Ouais ma vieille ! Merci, là, je dois te laisser, Théo vient d’arriver, il faut que j’y aille. Bisous »

Le bip, bip déprimant du portable indiquait qu’elle avait raccroché. Et je me retrouvai à nouveau seule dans mon appart’ debout au milieu du salon. Les deux pigeons étaient revenus sur mon appui de fenêtre et leurs petits yeux noirs et ronds semblaient me regarder d’un air désolé au travers de la vitre crasseuse me rappelant si nécessaire que je passais encore moins de temps à laver les carreaux de mes fenêtres qu’à passer un coup de balai sous mon canapé. Une soudaine impulsion me fit attraper une demi biscotte du petit déjeuner que j’avais oublié sur ma table, j’étais décidément désespérante dès qu’il s’agissait de faire le ménage ou de ranger quoi que ce soit, je ramassai grossièrement les miettes avec le plat de la main et j’ouvris lentement la fenêtre en prenant soin de ne pas effrayer les deux volatiles. Puis je leur offrit mon festin improvisé avec une sensation de plénitude et l’impression d’avoir fait ma BA de la journée. Alors qu’ils commençaient à picorer, je les pris à partie :

« Bon, à présent j’ai du boulot et il faut que je m’y mette si je veux pouvoir payer mes factures du mois !! »

Joignant le geste à la parole, je m’assis devant mon ordinateur dont les petites enceintes n’avaient pas cessé de diffuser la voix fluette de Kate. J’entonnai joyeusement avec elle : « It’s me Cathy, I’m coming home… » Je me sentais mieux, l’appel de Lola m’avait rasséréné sans vraiment que je comprenne pourquoi puisque je n’étais pas à sa place là-bas à Deauville mais au moins, elle, y était. Et elle, c’était un peu moi.

Je n’avais pas tapé deux mots sur mon clavier que trois nouveaux bips stoppèrent net mon élan d’inspiration. Cette fois, je restais figée devant le nouveau SMS de Lola :

« incroyable ! Théo a 3 pass pour conf presse. tu viens. prends train Paris St Lazare.11h30. t’attendré gare. Biz »

Chapitre 1 : Appel téléphonique nocturne

L’écran de télé devint noir quelques secondes puis le son et l’image réapparurent avec le défilement du générique devenu si familier à mes oreilles. Je sifflotais machinalement la mélodie en cliquant sur le bouton de ma télécommande pour baisser légèrement le volume du son. Je m’étais toujours demandé pourquoi les génériques de série télé étaient d’une intensité sonore plus élevée que l’épisode lui-même. Un mystère pour moi.

Bref, je regardais les images défiler attendant la dernière seconde pour éteindre. Même si je connaissais par cœur l’enchaînement rapide des courtes séquences du générique, je ne pouvais pas m’empêcher de le regarder à chaque fois comme si le fait de couper avant la fin avait été un sacrilège. Et puis, même sans cette fausse excuse, j’aimais la musique tout simplement et j’appréciais d’entendre ces trente secondes de douceur qui me permettait de décompresser un peu après l’épisode que je venais de voir.

D’ailleurs, aujourd’hui, c’était plutôt nécessaire car une fois de plus, les scénaristes n’avaient pas ménagé leurs efforts pour offrir aux téléspectateurs 42 minutes de suspens et d’euphorie intense. Je soupirai en fermant les yeux, rejouant mentalement les passages qui m’avaient le plus frappé. En éteignant enfin mon téléviseur, je me demandai comment j’allais pouvoir attendre une semaine pour voir la suite et maudissai intérieurement l’heure tardive de diffusion de ma série favorite. J’allais encore être naze demain matin.

Je baillai à m’en décrocher la mâchoire en me levant à regret du canapé. Je glissai mes pieds nus glacés dans mes pantoufles et jetai un œil songeur sur les vestiges de mon dîner solitaire encore éparpillés sur ma table de salon, oscillant entre l’envie de rejoindre ma chambre où m’attendait mon lit douillet et l’utilité de ramener assiettes, verres et détritus dans la cuisine. J’en étais là de mes interrogations nocturnes lorsque la sonnerie de mon téléphone portable me fit sursauter. Instinctivement, je regardai les chiffres bleu flashy qui s’affichaient sur la façade de mon lecteur DVD : 00h45.

« Merde, qui peut bien m’appeler à une heure pareille ?! » En quelques secondes, mon cerveau à moitié endormi s’imagina le pire et je sautai littéralement sur le petit objet dont le cadran s’était illuminé et qui continuait à déclamer à tue tête une série de bips insupportables sensés rappeler la mélodie d’une chanson non moins insupportable qui impliquait un oiseau, un enfant et une chèvre.

Je détestais cette sonnerie que m’avait installé le vendeur avec un grand sourire et sans me demander mon avis quand j’avais acheté mon portable. Il avait insisté en disant que c’était la chanson à la mode, très tendance et que j’allais adorer. Je l’avais regarder d’un air soupçonneux en le voyant pianoter à une vitesse fulgurante sur les touches. Mais ne voulant pas passer pour une fille qui n’y connaît rien ( même si c’était pourtant ce que j’étais ), je lui avais rendu son sourire et acquiescé à tout ce qu’il m’avait proposé. Depuis, je me tapais la honte dès que mon portable se mettait à sonner dans un lieu public car j’étais bien sûr incapable de modifier seule les paramètres pré enregistrés et que je n’osais pas demander à mes amis de peur de passer pour une idiote.

J’appuyai sur la petite touche verte et lâchai un « Allo » plutôt fébrile. Une voix aigué et surexcitée me répondit.

« Salut ma vieille, t’as vu ça ? J’ai pas pu résister à t’appeler, tu m’excuses hein ? pour l’heure ? Mais franchement, je pouvais pas aller me coucher sans avoir parlé avec toi de cet épisode de malade. Tu l’as regardé hein ?! J’y crois pas, comment je vais pouvoir attendre jusqu’à la semaine prochaine ? Nan mais t’as vu le passage où … »

Le débit était aussi rapide que le tempo de la batterie à un concert de Slayer et je souris malgré moi, soulagée que cet appel ne soit pas pour m’annoncer une mauvaise nouvelle et heureuse d’entendre la voix chantante de ma grande copine Lola. On avait l’habitude de se retrouver chaque lundi soir chez moi ou chez elle pour regarder ensemble notre série préférée en boulottant des chips ou des biscuits selon se qu’on trouvait dans le fond de nos placards. Mais notre petite routine hebdomadaire avait été modifié de façon impromptue par le boss de Lola qui l’avait envoyé couvrir un événement, je cite « mondial à ne pas manquer » qui se tenait à l’autre bout de la France.

En fait de bout de la France, cet événement se tenait à Deauville et n’était autre que le Festival du film américain. Mais pour Lola, parisienne jusqu’au bout des ongles et photographe professionnelle, la Normandie était géographiquement située aux portes de Brest, donc pas très loin de Bordeaux. Tout comme elle était persuadée que les glaces polaires touchaient quasiment les plages du Nord de la France, c’est pourquoi elle semblait toujours surprise quand elle me voyait fourrer un maillot de bain dans mes valises lorsque je retournais passer mes congés d’été dans ma famille à Dunkerque. Pour elle, tout ce qui dépassait le périphérique de Paris était en zone étrangère et c’est limite si elle ne m’avait pas demandé s’il fallait qu’elle prenne son passeport pour traverser le pont de Normandie. Quand je lui avais annoncé que Deauville était à moins de 3h00 de Paris par l’autoroute, elle m’avait regardé l’air incrédule avant de repousser ce détail insignifiant au fin fond de sa mémoire très sélective pour se focaliser sur le temps qu’il allait faire là bas et ce qu’elle allait emporter dans ses valises.

J’adorais Lola et son côté fofolle et je l’écoutai gentiment au téléphone me déballer toute l’excitation qu’elle avait ressenti lorsque le personnage central de la série avait enfin retrouvé celle pour qui son cœur battait depuis le premier épisode. Nous avions attendu ce moment avec impatience et elle était déçue de ne pas avoir pu assister à ces retrouvailles télévisées en ma compagnie.

« Rolalala, tu as vu son regard quand il l’a reconnu dans la rue ? Et quand il s’est approché d’elle en prononçant son nom tout bas ? Cette voix qu’il a, ça devrait être interdit d’avoir une aussi belle voix !! »

Elle s’est mise à rire et je l’ai imité, je m’étais rassise à genoux sur mon canapé, glissant mes pieds toujours aussi glacés sous mes fesses.

Le babillement continu de mon amie bourdonnait à mon oreille et je songeai qu’elle avait raison, et qu’il avait vraiment de beaux yeux cet acteur, il était même très mignon. Ce qui jouait beaucoup sur l’attrait que la série exerçait sur moi depuis sa première diffusion. Bien sûr, j’étais aussi fascinée par l’histoire elle-même mais il fallait bien admettre que cet acteur me subjuguait. Chacune de ses apparitions à l’écran allumait un petit feu au creux de mon estomac qui se consumait jusqu’à ce que j’éteigne la télé. D’ailleurs ce soir, le feu avait flambé de plus belle au moment où le héro, interprété par cet acteur aux yeux magnifiques, avait attrapé le bras de l’héroïne et avait posé sa main à elle sur son torse à lui, juste à l’endroit où son cœur battait sous sa chemise. Il avait déclamé avec ardeur son texte dans lequel il avouait à la jeune femme ses sentiments torturés.

J’avais senti mon propre cœur chavirer au son de sa voix empreinte de douceur et de chaleur où les sanglots contenus offraient un sublime écho à l’amour et à la culpabilité qui se lisaient dans ses yeux. La scène m’avait laissée tremblante et rêveuse et j’étais finalement contente d’avoir été seule pour pouvoir apprécier et savourer ce moment à sa juste valeur. Non pas que je n’aimais pas regarder la série avec Lola à mes côtés, mais elle était parfois ( enfin… toujours ) si exubérante que je devinais d’ici les hurlements passionnés qu’elle avait dû lancer en voyant la scène. D’ailleurs, elle gratifiait actuellement mon oreille gauche du même hurlement très reconnaissable qui m’indiquait qu’elle avait elle aussi particulièrement apprécié les trémolos dans la voix du héro.

Au bout d’un moment, sa conversation vira sur ses conditions de travail in-a-cce-ptabl-es et cet univers professionnel impitoyable dans lequel elle évoluait, où il n’y avait pas de collègues mais uniquement des concurrents. Heureusement qu’elle avait retrouvé son ex, Théo lors d’une séance de shooting. Lui aussi était photographe même si ça m’avait toujours semblé être plus une couverture pour draguer les filles qu’une réelle vocation chez lui. N’empêche, Lola m’expliquait qu’ils se marraient bien mais qu’aujourd’hui, elle l’avait renvoyé coucher à son hôtel pour profiter au mieux de l’épisode de ce soir. J’essayais de repousser l’idée que nous nous comportions vraiment comme deux gamines face à cette série et j’étais entrain de me dire qu’il fallait que j’arrive à raccrocher pour aller enfin me coucher quand elle lança un hurlement encore plus strident qui faillit me rendre sourde d’une oreille.

« Maaaaais je ne t’ai pas dit le plus beau ? Devine, devine ? Allez … »

« Euh… ? »

« Tu devineras jamais !! »

« Ha bon… ? »

« Allez, je te le dis. Ils vont venir ici à Deauville !!!! » Nouvel hurlement assourdissant qui commençait à aggraver sérieusement mon état d’endormissement avancé.

« Ils ? »

« Mais oui euuu !!! Ils !! Le cast de la série. Enfin, LUI et le réal au moins. Je l’ai appris par Théo dans la soirée. IL vient présenter son projet de scénario et accompagne son copain le réalisateur, euh…Alan quelque chose, je ne me souviens plus de son nom. »

Bien sûr, Lola était plus photogénique avec les visages qu’avec les noms mais là bizarrement, son manque de précision commençait à m’agacer sérieusement.

« Alan Potter ? Le réalisateur de la série ? »

« Ouais c’est ça. Potter, comme le petit magicien binoclard dont on peut prononcer le nom !! » Elle rit de sa propre blague mais je ne l’écoutais plus. L’image d’un regard bleu presque transparent papillonnait devant moi.

« Il l’accompagne ? T’es sûre ? »

« Absolument ma vieille. Selon le planning de l’hôtel où on s’est renseigné avec Théo. Merci carte de presse, je t’adore ! Ils débarquent demain matin à la première heure et ils restent deux jours à Deauville pour leur promotion avant de s’envoler pour Berlin, ou Moscou, je sais plus trop enfin, dans le coin quoi !! »

J’étais devenue muette, la gorge complètement sèche. Je n’essayai même pas d’expliquer à Lola la distance qui séparait les deux capitales Allemande et Russe. J’étais tétanisée par sa nouvelle, et je n’arrivais pas à croire qu’IL allait venir en France et que je ne le verrais même pas. Que j’allais rester seule sur mon canapé à essayer de me réchauffer les pieds pendant que Lola le prendrait en photo et pourrait contempler à loisir son beau visage de jeune premier. La vie était injuste, j’adorais mon métier de traductrice en free-lance mais il ne me permettrait jamais d’approcher ce monde là, celui du show business. J’avais une envie terrible de pleurer et mon petit appartement me parut soudain minable. Je regardai d’un œil mauvais la vaisselle sale empilée sur ma table basse en pensant avec amertume à la splendeur des Palaces où logeaient les VIP de passage à Deauville.

Je réussis quand même à articuler, « OK, ben, c’est cool, tu as de la chance. »

Pour la première fois depuis le début de son appel, Lola ne dit plus rien. Un léger malaise téléphonique, si on peut dire, s’installa entre nous.

« Euh…ma vieille. Tu sais, si je pouvais t’avoir un pass… »

« Ouais, ouais je sais. T’inquiètes, de toutes façons, j’ai pas le temps en ce moment. Mon éditeur me taraude tous les jours pour que je lui rende ma dernière trad’ et il faut que j’avance. »

« Ah ouais, alors, je te rappelle demain pour te dire s’il est arrivé. OK ? Je te promets que je lui demanderais un autographe pour toi !! »

Je ne pus m’empêcher de sourire, Lola était toujours adorable avec moi. Elle avait beau être complètement à l’ouest parfois et m’avoir plus d’une fois embarqué dans des galères mémorables, elle était ma meilleur amie et je savais que je pouvais compter sur elle. Elle avait toujours été là pour moi et vice et versa. Bref, une amie comme elle, ça se gardait et ça se chouchoutait.

« Enjoy, ma belle et racontes moi tout surtout. »

« Ouais ! Compte sur moi Jeanne, je t’embrasse. Bonne nuit. »

Elle avait raccroché et je me dirigeais enfin vers la cuisine, les bras chargés de vaisselle sale.

MINI BREAK A DEAUVILLE

Qu’est ce que c’est ?

C’est le titre de ma toute première Fan Fiction très librement inspirée de la série Prison Break et de son acteur principal Wentworth Miller.

Mais ne vous attendez pas à retrouver les personnages de Sara et Michael, ni même à lire leurs noms associés à cette Fic. Michael devient John et le nom de l'acteur principal ne sera pas souvent pononcé.

Non, non, quand je dis librement inspiré, c’est à prendre au pied de la lettre.
Suite au MIPCOM de Cannes, à la folie comportementale de certaines fans de la série, et à de nombreuses discussions avec ma copine sunjin (Lollette !!), cette petite histoire a germé dans mon esprit et son héroïne Jeanne est née !!

Elle est jeune, jolie, célibataire et grande fan d'une certaine série télé américaine très en vogue en ce moment.

Alors, vous me direz ce que vous en pensez si vous voulez et je serais ravie de lire aussi vos critiques.

Un grand merci à sunjin pour son coup de pouce incitateur !