Chapitre 12 : Hystérie fanatique
Note : Les dialogues en anglais sont à la fin du texte. Merci à jndb et Sophie pour leurs conseils !
IL avait énoncé mon prénom à l’américaine, Jean, le prononçant avec un accent raffiné qui me plut énormément. En quelque sorte, IL s’appropriait mon nom, le modifiant selon l’image qu’IL se faisait de moi, pour mieux me le renvoyer et j’en étais flattée plus qu’il n’aurait été raisonnable de l’admettre.
J’aurais eu du mal à exprimer par de simples mots l’effet que produisait chez moi le son de SA voix. D’ailleurs, je devais bien avouer que toute SA personne exerçait sur moi un attrait puissant et indéfinissable que j’acceptais sans trop me poser de questions. Du moins, ne m’étais-je pas posée de questions tant qu’IL n’avait été qu’un nom sur un magazine, une image sur papier glacé ou un petit personnage haut comme trois pommes qui gesticulait à l’intérieur de mon écran d’ordinateur. Mais, à présent qu’IL était là, en chair et en os, et bien que je sache parfaitement que c’était la même personne qui se tenait en face de moi, j’avais l’étrange sensation qu’IL était différent, qu’IL n’était pas celui que je connaissais, ou plutôt que je croyais bêtement connaître, admiratrice idiote que j’étais. Je comprenais enfin qu’ici et maintenant, IL était LUI plus que jamais.
Je me demandais s’IL avait conscience de SON charme et si chacune de SES paroles n’étaient pas méticuleusement étudiées dans le but de séduire la gente féminine. Je songeais à ce coup de fil dont j’avais été témoin et qui attestait de SON attachement indéniable envers une autre femme. Cette actrice superbe qu’IL côtoyait quotidiennement dans SON univers auquel je n’appartenais pas. De toute évidence, IL avait de profonds sentiments pour elle, si j’en croyais les intonations qu’IL avait employées en lui parlant au téléphone. Je devais bien garder cela à l’esprit et ne pas me laisser envoûter par cet homme, dans ce décor tellement romantique.
Je tentais de reprendre le contrôle de mes sens et de la situation :
« Enchantée, Wentworth. »
Je lui offris un sourire maladroit qui sembla le ravir. Puis concentrant toute mon attention sur le col de SA chemise afin de contenir tant que possible l’envie qui me tiraillait de LE dévorer des yeux, et pas que des yeux, pour être honnête, je poursuivis :
« Vous n’êtes pas resté avec les autres pour regarder le film? »
IL rit et se débarrassa de SA veste qu’IL posa soigneusement sur la barrière derrière LUI. Puis écartant les bras, IL lança :
« Et bien, non, comme vous pouvez le constater, je suis là. Je n’ai pas pu résister à l’appel du grand air et je dois dire que l’atmosphère dans cette salle était assez…électrique. »
IL souligna ce dernier mot d’un regard lourd de sens qui me fit détourner la tête, gênée. Je me remémorai l’intimité du regard que nous avions échangé et me sentant rougir, je m’empressai d’ajouter :
« Oui, c’est vrai qu’il faisait plutôt chaud dans cette salle. C’est pour ça que je suis sortie moi aussi »
J’omis volontairement de lui parler de mes voisins et de mes ronflements disgracieux. IL répondit avec un air malicieux qui fit battre mon cœur un peu plus vite :
« Il faisait très chaud effectivement … »
Je voyais bien qu’IL tentait de m’entraîner vers une pente que je n’étais pas sûre de pouvoir remonter seule. Face à lui j’avais l’impression de perdre tous mes moyens et de ne sortir que des banalités affolantes. Si je ne faisais ou ne disais pas quelque chose d’intelligent très vite, IL allait se rendre compte de ma débilité profonde et finirait par me souhaiter une bonne fin de soirée en me plantant là sur les Planches.
Mais qu’attendait-IL de moi exactement ? Peut-être rien justement. Avant d’être acteur, IL était un étranger loin de chez LUI, peut-être juste en quête d’un moment agréable, dans un cadre plaisant, en compagnie d’une française. Dans une ultime tentative, bien entendu dénuée de toute originalité, je lui montrai l’étendue bleue-nuit dont les vaguelettes clapotaient dans l’obscurité.
« Vous aimez la mer ? Ici, c’est la Manche que vous voyez. »
« La Manche » répéta-t-IL en faisant chanter le mot de SA voix suave qui me faisait perdre la tête. Songeur, IL fixa SON magnifique regard sur l’immensité sombre et inquiétante qui se perdait dans les ténèbres bleutées. Ma remarque était banale et sans intérêt, franchement j’avais devant moi le héros qui hantait mes rêves depuis des mois et je lui sortais un cours de géographie française. Lola en aurait pleuré de désespoir ! Mais c’était sans compter sur la bonne éducation de mon compagnon qui me répondit poliment :
« Je n’ai pas eu l’occasion de venir l’admirer en pleine lumière et je le regrette. Mon emploi du temps a été très serré depuis mon arrivée. J’adorerais voir à quoi elle ressemble sous le soleil. »
J’ébauchai une moue dubitative, exprimant mon doute sur cette idée peu judicieuse :
« Je vous le déconseille. En journée, la plage est bondée de monde et vous n’auriez pas le temps de faire un pas sans être assailli par des hordes de fans, surtout en cette période de Festival. Ils sont tous aux aguets »
« Oh ?! » Souriant, IL ouvrit de grands yeux étonnés. « Je n’imaginais vraiment pas être aussi célèbre ici ! Mais, je veux bien vous croire. Justement, j’ai été suivi toute la journée par un groupe de jeunes filles plutôt…insistantes. J’ignore comment elles ont appris dans quel hôtel j’étais descendu mais elles m’attendaient lorsque je suis sorti du taxi et n’ont pas cessé de me suivre même après que je leur ai accordé les photos et autographes qu’elles réclamaient. Ca rend dingue, Pam, mon attachée de presse ! »
IL rit en secouant la tête avec complaisance. Je me rappelais que Lola m’avait décrit par téléphone le matin même cette fameuse scène de l’acteur débarquant à l’hôtel sous les cris hystériques de SES fans. Puis je songeai à cette femme, SON attachée de presse qui ne cessait de regarder sa montre la première fois où je L’avais entrevu dans le hall de l’hôtel Royal. Plus tard, je l’avais vaguement aperçu sur le tapis rouge. D’ailleurs, où était-elle passée ? Si ça tombe, elle était actuellement tapie dans l’obscurité entrain de nous épier pour s’assurer que son petit protégé ne risquait rien en ma compagnie, qu’IL respecterait l’horaire de SON agenda overbooké et ne rentrerait pas trop tard à la maison.
Je réalisai alors qu’IL avait certainement peu de temps à LUI quand IL participait à ce genre de festivals. IL ne venait pas pour faire trempette dans l’eau froide de la Manche, mais pour présenter SON travail. IL devait en permanence se conduire poliment et se rendre disponible pour les journalistes qui LE sollicitaient à longueur de temps, quémandant interviews, photos, ou déclarations en tout genre, sans se soucier vraiment de l’homme lui-même et sans rien donner en retour.
IL était acteur, très célèbre, et IL devait assumer. C’est LUI qui devait donner et les gens trouvaient parfaitement normal qu’IL soit ainsi exposé et qu’IL ne se plaigne jamais. Même lorsqu’IL avait évoqué les fans un peu collantes, c’était avec gentillesse et sans aucune méchanceté. Je l’admirai de plus en plus car je comprenais que ce moment que je partageais avec LUI était un cadeau inestimable de SA part, qui ne se reproduirait sans doute pas de si tôt. IL était venu s’isoler sur cette plage pour y trouver un peu du calme et de la solitude que SON statut de star LUI avait interdit toute la journée, et moi, avec mes gros sabots, je venais piétiner SON moment à LUI. J’eu honte et je restai muette quelques secondes incapable de LE regarder. Pourtant, je notais du coin de l’œil qu’IL m’observait à la dérobée.
« A quoi pensez-vous, Jean ? Vous semblez bien soucieuse. Quelle genre de soucis pourrait bien habiter une si jolie tête ? »
Baboum !! Mon cœur se mit à tambouriner comme un furieux dans ma poitrine, à une rythme qui aurait fait pâlir de jalousie Dave Lombardo derrière sa batterie, et je sentis la chair de poule se répandre sur ma peau telle une traînée de poudre s’enflammant. Jolie, moi ?
« Je…j’ai peur que vous m’associez à ces fans qui vous harcèlent. Je crains d’avoir gâché votre moment d’intimité…face au soleil couchant… »
IL stoppa ma phrase d’un doigt autoritaire mais prodigieusement délicat qu’IL posa sur mes lèvres, me prenant totalement par surprise et faisant exploser une myriade de sensations miraculeuses le long de ma colonne vertébrale.
« Chut ! Jean, vous n’avez rien gâché, bien au contraire. Vous avez rendu ce moment encore plus précieux. Je vous avouerais même que j’aurais souhaité le partager avec vous depuis le début. Vous ne gâcherez notre rencontre que si vous ajoutez un mot de plus. »
Tout en me parlant, IL avait rapproché SON visage du mien. SA voix était un murmure grave et sensuel qui s’infiltrait dans mes tympans et se diffusait dans tout mon être comme un alcool fort et enivrant. IL leva SON autre main et caressa une mèche de mes cheveux encore humide. IL sembla la contempler avec dans le regard une expression proche de l’admiration. Puis IL la glissa avec douceur derrière mon oreille, me faisant frissonner au contact de SA peau contre la mienne.
SON doigt était toujours là où IL l’avait posé et je ne saurais dire combien de temps nous restâmes ainsi à nous fixer les yeux dans les yeux. Je lisais de l’indécision dans les SIENS alors qu’IL devait probablement lire de la terreur dans les miens. Nos souffles s’étaient imperceptiblement accélérés, mais nous ne bougions pas, savourant cette limite, cette frontière que nous n’osions pas franchir. Il aurait été si facile pour moi de lâcher les chaussures que je tenais toujours à la main et d’appuyer mes deux paumes sur SON torse pour me hisser sur la pointe des pieds et l’embrasser. Dans le silence de cette nuit extraordinaire, IL aurait penché la tête pour accueillir mon baiser et le plus naturellement du monde nos lèvres se seraient unies. Je savais que ce genre de moment aussi intense qu’éphémère ne se vit qu’une fois. Quoi qu’il arrive par la suite, le premier baiser restait unique. Il ne fallait rien précipiter, mais au contraire retarder pour mieux savourer.
Je devinai au léger tremblement de SA main qu’IL avait la même pensée que moi. Nous hésitions à rompre le charme qui nous enveloppait, conscients que tout pouvait basculer. Je le vis accentuer l’intensité de SON regard comme s’IL sondait mon visage en quête d’une réponse, d’une confirmation de ma part. Pourtant, je restai inerte, incapable d’exprimer autre chose qu’une peur incontrôlable. Peur de tout gâcher, peur de m’abandonner, peur de souffrir…
SON doigt glissa comme à regret, libérant mes lèvres qui ne demandaient pourtant qu’à rester prisonnières de SON toucher. IL ne recula pas et je détaillai SA bouche à quelques centimètres de mon visage, ourlée et sensuelle, bien réelle, trop réelle, entrouverte sur un appel muet. J’avais l’impression de LA voir palpiter, impatiente, dans l’attente de baisers passionnés. Mes baisers ?
Mon cerveau bouillonnait de questions qui s’entrechoquaient en tous sens. Je ne connaissais pas cet homme, je ne l’avais jamais vu autrement que derrière un écran de télévision et aujourd’hui, j’étais à deux doigts de l’embrasser. Comment pouvais-je croire que quelque chose pouvait naître ce soir entre nous ? IL était une star internationale, je n’étais probablement rien qu’une conquête de plus dans SON escarcelle de séducteur. Mais non, je savais qu’IL n’était pas comme ça, pas comme Théo, ce n’était pas SON genre. Vraiment ? Qu’est-ce que j’en savais ? J’avais lu quelques interviews, d’accord des tas d’interviews, et je l’avais écouté s’exprimer à l’écran et avec ça, je prétendais le connaître ? SON cœur appartenait forcément déjà à une autre, bien qu’IL persiste à déclarer le contraire en public. IL préservait SA vie privée, IL préservait celle qu’IL aimait et qu’IL avait appelé tout à l’heure. Sarah.
Si je me laissais aller et s’IL m’embrassait, où cela allait-il nous mener, me mener ? Cela signifierait tellement pour moi, mais pour LUI ? La tête se mit à me tourner et je me sentis totalement incapable de raisonner logiquement plus longtemps. Mon esprit me hurlait de ne pas réfléchir, de tout oublier et de répondre sans délai à SON appel, d’assouvir ce désir qui me déchirait le ventre et d’embrasser voracement cette bouche offerte. Je vacillai légèrement et me laissai aller à poser une main timide contre SON torse. Aussitôt, je sentis vibrer sous mes doigts les pulsations de SON cœur et je m’émerveillai des ondulations régulières qui soulevaient SA poitrine au rythme de SA respiration un peu plus rapide que la normale. J’appréciai la texture soyeuse de SA chemise et testai avec délice la douce chaleur qui émanait de toute SA personne et qui s’insinuait sous ma paume largement ouverte.
Je sentis SES muscles se bander légèrement lorsque j’accentuai la pression de mes doigts et je vis frémir SES narines lorsque lentement je me dressai sur la pointe des pieds pour me rapprocher de LUI. Au moment précis où nos lèvres s’effleuraient, une petite mélodie au son robotique déchira le silence, nous faisant sursauter et relever la tête à l’unisson, totalement déboussolés.
A mon grand étonnement, je l’entendis jurer : « Damn it ! »
Malgré l’immense déception qui m’envahissait, je ne pus m’empêcher de songer que je ne L’aurais jamais imaginé utilisant ce type de vocabulaire plutôt vulgaire.
« C’est mon portable. Je suis désolé, je pensais l‘avoir éteint après … »
IL ne termina pas SA phrase et me jeta un regard gêné. IL s’éloigna pour piocher dans la poche intérieure de SA veste de smoking toujours posée sur la barrière où le nom d’Harrison Ford s’étalait en lettres peintes pour la postérité. Ignorant tristement Indiana, je regardai SES belles mains fouiller avec agacement et extraire le petit appareil qui continuait à émettre une mélodie que je ne reconnaissais pas mais qui détruisait sans aucune pitié l’atmosphère calme et romantique de ce lieu enchanteur. Le son de cette machine était aussi insupportable que celui de mon propre téléphone, si ce n’est encore plus horripilant, si l’on considérait qu’il avait choisi le moment le plus inapproprié pour se manifester à nos oreilles.
Désespérée, j’observai avec passion l’homme séduisant et terriblement attirant qui me tournait à présent le dos. J’aurais tout donné pour que ce téléphone n’ait jamais sonné. IL regardait avec hésitation le cadran lumineux qui affichait le nom de son correspondant et après une seconde de réflexion, je fus stupéfaite de le voir éteindre l’appareil sans le décrocher, stoppant ainsi les notes de musique artificielles.
« Ce n’est pas important »
Il enfourna l’appareil dans SA poche et se décida enfin à poser les yeux sur moi. Le charme était définitivement rompu et nous étions tous les deux mal à l’aise, indécis et, déçus. Je savais qu’il fallait absolument que je dise quelque chose pour empêcher qu’un silence affreux s’installe entre nous. Mais, je frissonnais incapable de dire un mot.
« Vous avez froid ? »
En parfait gentleman et avant que j’ai pu protester, IL avait déployé SA veste et je fermai les yeux lorsqu’IL m’enveloppa de SES bras immenses pour passer le vêtement dans mon dos. Un rêve, tout cela n’était qu’un rêve et j’allais bientôt me réveiller, en train de ronfler, j’en étais certaine ! Pourtant, je ne me réveillai pas et lorsque je rouvris les yeux, IL était toujours là, SA large stature me surplombant et me donnant une sensation de sécurité nouvelle et terriblement agréable que j’aurais voulu ne jamais quitter. Un éclair de lucidité me ramena soudain à la raison et comme IL finissait d’ajuster la veste sur mes épaules, je lançai :
« Je pense que je ferais mieux de retourner là bas, mon amie doit commencer à s’inquiéter de mon absence »
Ôtant doucement SES bras de mes épaules frissonnantes, IL acquiesça sans un mot et se mit aussitôt en marche. La mort dans l’âme mais sans un regard en arrière, je LUI emboîtai le pas et nous quittâmes les Planches, ce lieu magique où nous nous étions rencontrés, nous dirigeant vers le Palais des Festivals, ce lieu impersonnel où nous allions nous séparer. LUI, réintégrerait SON rôle d’acteur célèbre et moi celui de « rien du tout ».
Nous marchions côte à côte silencieusement. La tête basse et le cœur lourd, je fixai mes pieds toujours nus et couverts de sable. Je n’avais pas envie de remettre mes chaussures et d’ajouter une torture supplémentaire à mon corps déjà suffisamment abîmé pour la soirée. Les volants aériens de ma courte robe dépassaient à peine de la veste bien trop grande pour moi et qui pesait lourdement sur mes épaules. Elle était délicieusement imprégnée de SA chaleur, de SON odeur et j’avais un mal fou à me concentrer sur autre chose que sur son propriétaire près de moi. A quoi pensait-IL ? Regrettait-IL ? Je risquai un oeil dans sa direction. Comme moi, IL fixait le sol, les mains dans les poches. Perdu dans SES pensées, IL était à des milliers de lieux de moi et je ne l’avais jamais trouvé aussi sexy. La large ceinture-bandeau d’un noir satiné qui lui ceignait la taille contrastait avec le blanc immaculé de SA chemise, lui donnant une allure folle. Je dus me mordre la lèvre pour ne pas pleurer et me retenir de me jeter dans SES bras pour sentir encore SON corps contre le mien.
Les lumières de la ville commençaient à se faire de plus en plus présentes comme nous approchions du Palais, et des photographes qui avaient élus domicile au pied des barrières. Un hurlement strident nous fit brusquement lever la tête et je découvris avec effarement le groupe de fans que j’avais repéré en sortant du bâtiment et qui actuellement fonçait droit sur nous. Ou plutôt, droit sur LUI, à en juger par le « Wennnnt !!!! » hystérique que ces charmantes demoiselles hurlaient sans vergogne. L’une d’elle plus rapide que les autres déboula sur nous tel un Highlander chargeant à la bataille de Culloden. Mon compagnon se figea instantanément et je m’arrêtai derrière LUI, un peu effrayée, je dois dire. Je l’entendis me conseiller calmement de ne pas m’inquiéter et qu’IL allait régler ça sans esclandre. IL accueillit gentiment la première nana complètement allumée et leur échange me confirma qu’elle faisait partie des filles qui L’avaient poursuivi de leurs assiduités toute la journée. Poliment, IL lui demanda ce qu’elle faisait encore là aussi tard et la groupie surexcitée et qui sautillait littéralement sur place, baragouina dans un anglais minable qu’elle et ses amies passaient par hasard devant le Palais quand elles l’avaient aperçu de loin revenant du front de mer. Par hasard, mais oui, bien sûr … Je me demandai si elles LE prenaient vraiment pour un demeuré. Les autres filles rejoignirent la première et commencèrent à jacasser toutes en même temps sans vraiment LUI adresser la parole directement, ni même essayer d’engager une véritable conversation. Elle me jetèrent à peine un regard mais me bousculèrent généreusement et grossièrement dans leur tentative pour s’approcher le plus possible du jeune homme. Elles étaient trop occupées à le prendre en photo et à pouffer comme des greluches sans LE quitter des yeux pour songer à se tenir un tant soit peu décemment. Ce n’était que :
« C’est LUI, t’as vu ?! », « Oh, là, là, qu’est ce qu’IL est beau ! », « Oh, Went ! Un autographe, pliiiize ! »
L’acteur se plia sans rechigner à leurs exigences et se lança dans une série de signatures exécutées quasiment à la chaîne. Il leur fallait combien d’autographes à ces nanas ?! A ma grande inquiétude, le groupe semblait grossir à vue d’œil et les fans agglutinés commençaient à réclamer des photos chacun leur tour quand l’un des gorilles du Festival qui avait enfin repéré notre attroupement se détacha de son poste de surveillance et arriva vers nous, prestement, une main sur son oreillette, appelant sûrement du renfort.
« Mesdemoiselles, Mesdemoiselles !!! Reculez s’il vous plait !! »
Les jeunes filles s’éparpillèrent telle une nuée de mouche devant une tapette fendant l’air pour mieux revenir aussitôt s’agglutiner autour du pot de miel alléchant qu’elles n’étaient pas prêtes de lâcher si facilement. Au milieu de tout ça, l’objet de leur engouement semblait légèrement dépassé par les événements. Sans tergiverser plus longtemps, Securitman, à l’efficacité redoutable, attrapa fermement le bras de l’acteur pour l’aider à se libérer de ces femelles en transe.
Une seconde, je me vis abandonnée, laissée en arrière, oubliée au milieu de cet essaim d’insectes bourdonnants et incommodants. Mais juste avant que l’homme de la sécurité ne L’emmène, mon héros s’empara de ma main libre, l’autre tenait toujours mes superbes chaussures à talons hauts, et je fus propulsée à la suite des deux hommes, vers le tapis rouge et l’entrée du Palais, laissant sur le carreau le groupe de nanas hystériques que l’équipe d’hommes en noirs essayait vainement de repousser et qui continuait à hurler le nom de leur acteur fétiche. Ce dernier, toujours calme et posé et une fois en sécurité, leur offrit généreusement un dernier signe de la main.
« Mister Miller, je suis désolé, je ne vous avais pas vu sortir et je n’ai pas surveillé votre retour. J’aurais dû vous éviter ça. »
« Ce n’est rien, ça ira, merci. J’avais réussi à passer inaperçu en sortant, dommage que ce n’ait pas été le cas en revenant. »
L’homme taillé comme une armoire à glace s’éloigna, affichant l’air coupable de celui qui n’a pas fait son travail correctement et j’eu presque de la peine pour lui. Je jetai un regard vague et incertain vers la foule qui se pressait contre les barrières et qui semblait grossir de façon exponentielle. Est-ce que c’était toujours comme ça quand IL sortait dans la rue ? Je n’osais m’imaginer vivre une telle pression au quotidien et ne pas pouvoir circuler tranquillement sans être assaillie de la sorte. Je remarquai que les photographes n’avaient pas raté une miette du spectacle et je réalisai qu’ils avaient du me prendre en photo avec SA veste sur le dos. Il n’en faudrait pas plus pour confirmer la rumeur née cet après midi sur le tapis rouge. J’allais sûrement devenir la French Girlfriend du célibataire le plus convoité du Festival de Deauville. Et si Sarah tombait sur nos photos dans les magazines ?
Je sentis un bras entourer mes épaules et une voix rassurante me chuchoter au creux de l’oreille :
« Are you OK Jean ? J’ai eu peur que vous ayez été malmenée dans la cohue.”
Je tournai les yeux vers LUI et lus une inquiétude sincère teinter SES prunelles vert-noisette.
« Je vais bien, merci. Tout va bien…Wentworth. »
Les muscles de mon corps démentirent pourtant mes paroles et je me sentis flancher complétement alors que toutes mes forces me fuyaient. N'y tenant plus, je me blottis contre LUI, et je sentis SON étreinte, solide et rassurante se resserrer autour de moi, tout naturellement. Je plissai les yeux et LE laisser me guider vers l'intérieur du bâtiment, la tête posée sur cette épaule que je pensais avoir définitivement perdue. Mais avant de passer les portes vitrées, je captai l'image fugace mais détonante d'une Lola éberluée aux yeux écarquillés comme deux soucoupes et qui du hall illuminé nous regardait avancer dans sa direction. Ma Lola, si tu savais ...
_________________________
“You are not watching the movie with the others ?”
“As you can see I’m not. I’m here right now. I couldn’t resist to come and have a deep breath of fresh air. I must say that the atmosphere inside this building was quite … electrical”
“Yes, it was quite warm in there. That’s the reason why I chose to go out too”
“Quite warm indeed …”
“Do you like the sea ? This one is called La Manche”
“La Manche”
“I missed the opportunity to come and admire it in full light and I regret it. My agenda has been much tight since I arrived. I’d love to see what it looks like when the sun shines.”
“I wouldn’t advice you to do so. During the day, the beach is crowded with people and you wouldn’t have time to walk without a bunch of fan running after you. Particularly during the festival which catches everyone’s attention”
“Oh ?! I didn’t imagine that I was that famous here ! But, I’m willing to believe what you say, because actually I’ve been followed the all day long by some young ladies, quite … demanding. I don’t know how they knew my hotel but they were waiting for me when I stepped out of my taxi and they kept spying on me even after they got the pictures and autographs they were asking for. It drives crazy my press attaché, Pam.”
“A penny for your thoughts Jean. You look worried. What kind of problem can bother such a pretty face ?”
“I…I’m afraid that you think I am the same kind of disturbing fan that runs after you. I’m afraid I spoiled your intimacy…watching the sundown”
“Hush ! Jean, you didn’t spoil anything, on the contrary. You made this moment even more precious to me and I wish you were here since the very beginning.”
“That’s my cellular. I’m sorry, I thought I had turned it off after …”
“That’s not important”
“You’re cold ?”
“I think I’d better go back there, my friend is going to worry about me.”
“Mister Miller, I am sorry, I didn’t see you going out, neither coming back. I should have prevented such an incident.”
“It’s OK, it’s nothing. I managed to be invisible when I went out but unfortunately I couldn’t do the same while coming back.”
“Are you Ok Jean ? I got scared that you were hurt by the crowd.”
“I’m fine, thanks. Everything’s fine … Wentworth.”
